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Economie - Un échiniculteur en pays ostréicole
Eleveur d’oursins à La Flotte, Yvan Le Gall a misé il y a cinq ans sur cette production originale à forte valeur ajoutée. Et ça marche…
Yvan Le Gall est en passe de réussir une première mondiale : maîtriser le cycle d’élevage des oursins, de la reproduction à la commercialisation. Quatre ans après l’installation de six bassins aquacoles dans la zone ostréicole du Petit Préau (La Flotte), l’échiniculteur a écoulé en 2009 ses premières châtaignes de mer, qui auront mis trois ans à atteindre leur maturité. «Les premières années, je n’ai pas gagné d’argent. Là, je commence juste à faire des bénéfices.»
Le choix de ce créneau ne doit rien au hasard. Yvan est un habitué de la faune marine. Après des études de bio-marine à La Rochelle (Deug, Dut Gestion et diplôme de plongeur professionnel), il est embauché comme soigneur-plongeur à l’Aquarium de La Rochelle. «Il fallait tout mettre en place avant l’arrivée des visiteurs, nourrir les poissons, les soigner et les mettre en quarantaine le cas échéant.» Ses responsabilités sont faibles, tout comme les perspectives d’évolution de carrière. C’est décidé, le jeune homme va monter sa boîte. Il y a bien ce terrain familial disponible en bord de mer à La Flotte, mais qu’en faire ? Les huîtres, tout le monde en fait. Etude de marché à l’appui, le jeune homme se focalise dans un premier temps sur l’ormeau («oreille de mer»), gastéropode plat dont la chair est particulièrement réputée. «L’objectif était de trouver quelque chose d’original et à forte valeur ajoutée», confie l’aquaculteur.

Pouvoir d’achat «compatible»
Très vite, son choix se porte sur l’oursin, qui se négocie 3 à 5 euros pièce selon la taille. Il faut dire que son père, professeur de biologie-marine à l’université de Caen, connaît tous les secrets de la «châtaigne de mer», qu’il a étudiée durant des années dans son laboratoire de recherche. «En 1982, il a été le premier à mettre au point la technique d’élevage des oursins», explique Yvan, qui n’a plus qu’à appliquer la recette maison. Enfin presque. «Il a fallu patienter trois ans pour obtenir le permis de construire car nous sommes sur un site classé», rappelle Yvan Le Gall. Et ce n’est pas tout. Construction du bâtiment et des bassins (2005), pêche d’une cinquantaine de géniteurs sur l’île, début de la reproduction et entretien du naissain : les obstacles ne manquent pas. Après trois ans de patience, les premiers oursins sont prêts à régaler les papilles des amateurs, lesquels disposent sur l’île d’un pouvoir d’achat compatible avec ce type de produit, ainsi que d’un palais habitué à manger «iodé». Le marché local est d’autant plus important que l’animal a le «mal» des transports et doit être consommé rapidement, ce qui réduit les possibilités d’export. «C’est un marché très confidentiel, mais il y a une forte demande. Aujourd’hui, j’ai quelques clients à Paris et à l’étranger. Pour la plupart des grandes villes européennes, le colis arrive en 24 heures», confie l’échiniculteur.

Brassage génétique
Une chose est sûre : avec une production d’1,5 tonne en 2009, Yvan Le Gall, qui mise à court terme sur un volume de 6 tonnes, est loin de répondre à la demande. «Il pourrait y avoir une cinquantaine de fermes aquacoles comme la mienne en France, ça ne suffirait même pas à satisfaire tout le monde ! Si je le souhaitais, un seul client parisien suffirait à écouler toute ma production. Je refuse car je tiens à diversifier les débouchés», explique le jeune homme. Toujours avide d’innovations, Yvan utilise le brassage génétique afin de «colorer» la carapace de la petite bête. On en trouve des noires, des violettes, des vertes et même des blanches ! Pour cela, il est entré en contact avec des pêcheurs de Marseille afin de récupérer des géniteurs méditerranéens, aux couleurs plus variées. Il a réexpédié une partie du naissain issu de la reproduction en bassin afin de le réintroduire dans le milieu naturel. «Les dates de pêche vont en se rétrécissant, en gros trois mois avant et après Noël. A Marseille, ils gèrent très bien leur pêche. Ce ne sont pas des fous furieux qui pillent tout.» Autre nouveauté : l’échiniculteur vient de lancer une gamme de produits à base d’oursin, comme le corail d’oursin au naturel ou la mousse d’oursin au cognac. Un petit souvenir rétais qui, lui, ne craint pas les transports…

Paracentrotus lividus, une espèce protégée
Espèce en voie de disparition, et par conséquent protégée, l’oursin de nos littoraux est appelé Paracentrotus lividus. Il est important pour le monde scientifique car il sert d’indicateur biologique : il permet de mesurer la pollution d’une zone côtière, la larve d’oursin ne se développant que dans des milieux «propres». Son appareil génétique est par ailleurs étudié dans le cadre de la recherche contre le cancer.


L’Oursine de Ré
Zone ostréicole du Petit Préau
Tél. 05 46 66 54 08

 
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