Météo
 
Culture - «On dirait un bonbon tout sucré»
Récente lauréate du prix des Mouettes*, l’artiste flottaise Emilie Chauvet a su imposer un style «funky» très personnel, loin de la carte postale rétaise…
Comme tous les matins, Emilie Chauvet se balade sur le port de La Flotte, accompagnée de son fidèle labrador blanc. La jeune femme a suffisamment roulé sa bosse pour mesurer la chance qu’elle a de vivre ici, mais déjà trop pour ne pas parfois regretter l’appel des lumières urbaines. Etre artiste sur l’île de Ré, c’est à la fois jouir d’un certain confort de vie et subir l’isolement.  «On est cocooné ici. Il faut parfois se forcer à bouger car on se replie vite sur soi», reconnaît l’artiste. La création artistique lui permet ses allers-retours permanents, entre île et continent.
Bien qu’enracinée à La Flotte (sa grand-mère y possédait une boucherie), la jeune femme a grandi dans la région parisienne jusqu’à l’adolescence. Pas forcément passionnée par l’école, elle entame des études de dessinateur-maquettiste. «Mes parents n’étaient pas très chauds pour la peinture. Le graphisme-maquettisme, ça les rassurait en raison des débouchés.» Son destin en marche, Emilie va se laisser guider par un professeur d’histoire de l’art, qui l’encourage à poursuivre son cursus en Irlande. Une île, et une grande ville (Dublin), le compromis est parfait. «La moitié de mon cœur est resté là-bas, les gens sont si simples, avec un vrai savoir-vivre.»

Coloration et anticonformisme
De retour sur son île – l’autre moitié de son cœur –, il faut concrétiser sa passion en gagne-pain. Les touristes recherchant souvent la «carte postale», tout jeune artiste rétais doit satisfaire à cette demande pour vivre. «Au début, j’ai peint beaucoup de marines, et puis j’ai essayé d’additionner mes acquis en mixant peinture et infographie. Il a fallu monter les blancs en neige.»
Peu à peu, l’artiste s’émancipe des tons pastel du «cocon» pour adopter les couleurs vives. Et voilà comment on passe de la cabane du pêcheur à Rollergirl, modèle de coloration et d’anticonformisme. «J’ai choisi une icône gay que j’aimais bien, pour symboliser le Pacs qui fut une très belle avancée. C’est l’image de la nana hyper sexy qui n’enlève jamais ses rollers, même au lit.»  Qu’on se le dise, Emilie Chauvet est dans sa période funky… Bien loin de la Dame à la licorne, première expérience picturale en classe de maternelle et début de sa «relation d’amour avec l’art». Bien loin aussi du Narcisse du peintre italien Le Caravage, véritable révélation au niveau des ombres et de la lumière. Inutile de lui chercher une filiation factice avec ses autres modèles (Klimt, Picasso), il n’y en a pas. Sa peinture est un condensé de ses expériences de vie, de ses acquis techniques et de sa créativité. «ça sort de mes tripes, ça vient de moi. Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais.»

Le XXIe siècle sera hyper-figuratif ou ne sera pas
Largement influencée par la culture beatnik des années 70 – elle immortalise le combi «Van» Volkswagen ou la «deuche» ! –, Emilie ne revendique pourtant aucun message politique ou philosophique. «C’est l’esthétique que m’intéresse avant tout. Je veux chercher à toucher les gens à travers mes créations», explique l’artiste. Témoin de notre époque à travers ses nombreux portraits, l’artiste nous renvoie à la figure cette société ultra-médiatisée, où les réseaux sociaux du net réduisent parfois l’intimité à la portion congrue et où la télé-réalité mise sur l’exhibition pour gagner des parts de marché. «Je pense que les artistes à venir seront ultra-figuratifs. On a tellement d’images réelles sous les yeux et toute notre génération a été bercée par internet, les médias et la télé-réalité», estime Emilie Chauvet.
Parfois, les touristes en mal de «marines» sont un peu déconcertés par ces tableaux ultra-colorés. Mais la surprise laisse souvent place à la curiosité. Comme cette dame, croisée il y a quelques semaines dans son atelier de La Flotte : «Vous ne faites plus de marines ? Oh, mais c’est carrément bien ! On dirait un bonbon tout sucré !» Pour Emilie, c’est le plus beau des compliments…

* Prix d’encouragement à la création artistique pour le tableau Rollergirl et Funkytown.

 
Immobilier et partenaires