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Scot : les Amis de l’île de Ré pour un «développement qualitatif»
Membre du comité de pilotage* du Schéma de cohérence territoriale, Pierre Bot, président de l’influente Association des amis de l’île de Ré, évoque l’avenir de l’île. Entre préservation des espaces naturels et… aménagement d’un parcours de golf.
JdP – Pour l’association des Amis de l’île de Ré, quelle doit être l’orientation centrale du futur Schéma de cohérence territoriale, qui entrera en vigueur en 2012 ?
Pierre Bot – L’une des choses essentielles, c’est le 80-20, c’est-à-dire le respect des 80% d’espaces naturels et leur protection. Dans les 20% plus ou moins urbanisables, on souhaite une maîtrise des constructions et éviter une densification des centres-villes. Il faut conserver des jardins et des espaces verts. Il faut aussi mettre en place des règles de qualité pour les futurs PLU comme l’accessibilité, la conservation des jardins, la limitation de la hauteur des bâtiments et des surfaces construites. Enfin, il faut envisager un classement de toutes les communes en ZPPAUP. Lors d’une réunion, le préfet a parlé de développement qualitatif : je crois que c’est une excellente chose, car certains maires ont envie de construire un peu trop.

En matière environnementale, voyez-vous d’autres priorités ?
Sans hésiter, la défense des côtes, qui concerne essentiellement le canton-nord. Il faut faire un véritable constat des différentes solutions déjà mises en œuvres, comme les pieux, les rochers, le réensablement, et voir si ça a marché ou pas pour en tirer les conséquences. Il y a eu des choses stupides, des échecs couteux et répétés. Que dire du réensablement trois fois de suite de la plage du Peu-Ragot à La Couarde ! Il faut reproduire l’effet des écluses d’autrefois en installant des brises-lames (sous forme d’enrochements) qui casseront les vagues et la dérive littorale.

On parle beaucoup de réchauffement climatique et de montée des eaux. Tous les efforts de l’Homme pour lutter contre les forces de la nature ne sont-ils pas vain ?
Je veux être très clair sur ces questions que je connais bien : l’île de Ré ne risque pas la submersion. Un marégraphe installé à La Pallice nous dit qu’elle se soulève sous l’effet de la tectonique des plaques de 2,7 mm par an. Regardez Brouage, qui était un port sous Louis XIV, et même l’île de Ré composée de quatre îles qui ont fini par se réunir… Mais si la côte est mal défendue, les digues peuvent craquer. Autrefois, il y avait un entretien régulier et constant des digues. Le Conseil général a écrit un jour dans un rapport qu’il accepterait la dégradation des digues tant qu’il n’y aurait pas de danger pour les populations… Le budget pour la défense des côtes est actuellement de 1,2 million d’euros. Ce chiffre devrait être doublé.

Au niveau de la gestion des flux touristiques, allez-vous faire des propositions ?
Déjà, on va avoir un Schéma de mise en valeur de la mer. C’est la première fois que pour une île on va s’occuper de ce qu’il y a autour… Ensuite, il faut se pencher sur la question des mouillages sauvages, qui concernent environ 1 100 bateaux l’été. Il faut les aménager et faire payer une petite contribution aux utilisateurs.

Faut-il construire d’autres ports de plaisance ou agrandir ceux qui existent déjà ?
Pour les ports de plaisance, je suis très réservé. Il y aura déjà un port nouveau de 200 places à Rivedoux. Je crois qu’il faut surtout améliorer la rotation des bateaux «ventouses», qui ont un emplacement et n’en bougent jamais. Il faudrait les stocker à sec. Quant aux ports existants, on peut les aménager, mais en étant prudent. C’est un peu l’effet domino : chaque fois qu’on réfléchit à un quelconque aménagement, ça entraine plus de personnes, plus de voitures, plus de pollution et plus de consommation d’eau. L’île de Ré est un territoire fini. On est proche du plafond touristique. A certains moments, on arrive à saturation, il ne faut pas l’oublier…

Vous êtes pour la construction d’un golf. N’est-ce pas en contradiction avec ce risque d’effet domino que vous décrivez ainsi que votre souci de protéger l’environnement et les espaces naturels ?
Un golf est un aménagement naturel car c’est 60-70 hectares d’herbe mais aussi de sous-bois et d’espaces naturels qui sont certes aménagés, mais aussi entretenus. Et puis dans le canton sud, il y a 2 millions de m3 d’eau recyclée qui sont rejetés à la mer chaque année et qu’on pourra utiliser pour arroser. Pour ce parcours qui se trouvera probablement à La Flotte, nous avons une condition : qu’il n’y ait pas derrière cela une opération immobilière. Le golf permettrait de faire venir un tourisme haut de gamme et qui s’étalerait sur trois saisons car on peut  pratiquer le golf  tout au long de l’année. Ce sport se démocratise et ceux qui s’y opposent sont plus contre l’image du golf que contre sa réalité. C’est un projet structurant majeur qui pourrait voir le jour dans les cinq ans. A ce titre, il sera discuté dans le Scot.

* A titre consultatif

 
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