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L’île de Ré entre deux eaux
Xynthia. 1 200 maisons sinistrées, 13 km de digues totalement endommagées, recul des dunes sur près de 30 km, 2 200 ha de terres inondées, soit près du quart de la superficie de l’île ! Un miracle que l’île ne dénombre «que» deux victimes, mais peut-être aussi le signe que le Plan de prévention des risques naturels a relativement bien joué son rôle. La submersion de zones non prévues obligera néanmoins à revoir le PPRN. Dans quelles proportions ?
«On est face à l'un des plus importants vimers jamais connus. Seul celui de 1724 nous fait apparaître une telle ampleur.» Lionel Quillet, quelques jours après le passage de Xynthia, paraissait lui-même ébahi par la puissance du phénomène.
Pour prévenir ce genre d'évènement, Nicolas Sarkozy, lors d’une visite le 16 mars dans les départements sinistrés, annonçait qu’il comptait généraliser les Plans de prévention des risques naturels (PPRN) car «sur 864 communes inondables en France, seules 46 dispos(ai)ent d’un plan de prévention approuvé».
Or, l’île de Ré est exemplaire en la matière, dans la mesure où un Plan de prévention des risques «inondation par submersion marine et risques de feux de forêts» a été approuvé dans les dix communes de l’île, le 19 juillet 2002. Le chef de l’Etat déclarait aussi qu’il «ne laisserait pas se réinstaller des gens dans des maisons situées dans des lieux où il y a des risques mortels». Cette notion de «risques mortels», particulièrement floue, restera à l’appréciation des experts mandatés par le gouvernement pour déterminer ces fameuses «zones noires».
Qu’en est-il sur l’île de Ré ? Certains secteurs bien ciblés, construits en zones submersibles, pourraient être concernés. A Sainte-Marie, l’hôtel Atalante, construit dans une cuvette, s’est retrouvé englouti par 1,60 mètre d’eau. La centaine de clients présents n’a du son salut qu’à la présence d’un étage dans cet établissement trois étoiles. «Un micro-zonage est en cours pour déterminer s’il y a risque mortel. Dans le pire des cas, toutes les chambres du rez-de-chaussée pourraient être supprimées», confie Gisèle Vergnon, maire de Sainte-Marie, qui ne cache pas son désarroi. Cela reviendrait à réduire de moitié la capacité d’accueil de l’hôtel, dont les retombées sont considérables pour la commune du sud de l’île (voir page 20). De même, le lotissement des Doreaux (Saint-Clément), bâti dans les années 70 en contrebas de la digue, a du être évacué en pleine nuit, à l’aide de 4 x 4, par les élus de Saint-Clément. «C’est vrai qu’aujourd’hui on ne le reconstruirait sûrement pas à cet endroit. Mais il n’y a pas de risques mortels, car l’eau monte de 30 centimètres et repart aussitôt», tente de rassurer Gilles Duval, le maire. A La Couarde, son collègue a décidé de surseoir à la réinstallation de mobile homes au camping La Davière, tant que les services de l’Etat n’auront pas apporté de certitudes sur la digue éventrée du Boutillon. «C’est bien-sûr une décision difficile à prendre, mais c’était impensable de donner l’autorisation», avoue Patrick Rayton. Est-ce qu’un jour La Davière rouvrira ses portes ? Là aussi, les experts trancheront. A Loix, au-delà des quelques maisons isolées au milieu du marais, quelle décision sera prise pour les habitations construites en «zone submersible mais constructible» ? Le maire lui-même et sa famille ont du évacuer leur maison à la nage, en passant par une fenêtre…

Ajustement ou révision du PPRN ?

Au-delà de ces cas emblématiques, se pose un enjeu de taille : la modification du PPRN. «L’intégration des nouveaux risques aura forcément des incidences sur le développement de l’île dans les prochaines années», estime Christophe Coussin, agent immobilier à Sainte-Marie. Qui dit nouvelles zones rouges, dit perte de terrains constructibles… Le débat est le suivant : doit-on prendre totalement en compte la tempête pour réviser le PPRN ou doit-on considérer que Xynthia fut tellement exceptionnelle qu’il serait hasardeux d’en tirer trop d’enseignements ? L’analyse du président de la Communauté de communes, partagée par la majorité des maires, est que les PPRN ont été validés «à 30 centimètres près». Par conséquent, la révision, qu’il juge nécessaire, ne doit être que marginale. Le conseiller général Léon Gendre n’est pas de cet avis. «Sur certaines communes, la zone de submersion a été beaucoup plus grande que prévue.»
Christian Bourgne, quant à lui, s’agace de l’idée d’une nouvelle réglementation. Il prend l’exemple de la Vendée pour mieux vanter la prudence des élus rétais: «Ici, on a 80 % de zones naturelles, non constructibles. Une île, c’est submersible, argumente le maire des Portes. A ce moment-là, on vide le village et on envoie tout le monde sur le continent. Qu’il y ait un zonage plus fin, OK. Mais on va se battre pour qu’on ne nous mette pas un verrou.»
Sur sa commune, Patrick Rayton, maire de La Couarde, a constaté que certaines zones inondées, comme la station essence, ne sont pas dans le PPR. A l’inverse, certains secteurs inclus dans le PPR ont été très peu touchés. Il appelle donc à une amélioration du zonage… Et au bon sens. «Par exemple, lorsqu’on nous dit de construire la plate-forme à 3,06 mètres (cote NGF), il faudrait peut-être la rehausser de 10 ou 15 cm.»

La suite du dossier spécial tempête Xynthia est à lire dans le n° 32 du Journal des Propriétaires de l'île de Ré, disponible dans tous les kiosques sur place.
 
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