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Facture salée pour les viticulteurs
S’il y a une profession dans l’incertitude après Xynthia, c’est bien la viticulture. 145,5 ha de vignes ont été submergés par l’eau de mer, sur les 600 ha que compte le vignoble rétais. C’est le cépage uni-blanc, qui sert à la fabrication du pineau ou du cognac, qui a payé le plus lourd tribut à la tempête, en raison de sa forte concentration dans le canton nord. «L’uni-blanc est surtout localisé à Saint-Clément, La Couarde ou Ars, sur des sols assez bas pour être près des nappes phréatiques», explique Jérôme Poulard, technicien de cultures à la coopérative Uni-Ré. Si l’eau a aujourd’hui quitté la plupart des parcelles, tous les viticulteurs se posent avec angoisse la même question : une vigne peut-elle survivre à l’eau salée ? En la matière, il n’y a pas de règle, et seul le temps devrait permettre d’y répondre, au cas par cas. Même si Jérôme Poulard a déjà une petite idée : «Les jeunes vignes de moins de trois ans ont des racines superficielles, directement en contact avec le sel. Elles ne résisteront pas. Cela représente 15 ha, soit 10% des surfaces touchées.» En ce qui concerne les vieilles vignes, certaines pourraient survivre à l’excès de sel grâce à leur enracinement profond, mais rien n’est moins sûr. Au-delà de la récolte 2010, hypothéquée sur le quart du vignoble, c’est bien l’avenir de la viticulture qui est en jeu : l’investissement de départ pour planter une vigne est de 15 000 € par hectare, et une vigne ne produit qu’au bout de trois ou quatre ans… «C’est-à-dire qu’il faudrait avancer cinq ans d’argent au producteur», commente Jérôme Poulard, un rien dépité. L’Etat a certes promis d’apporter son aide aux secteurs sinistrés, mais les promesses faites aux sylviculteurs landais après la tempête Klaus de 2009 incitent à beaucoup de prudence…

Gypsage et irrigation

Dans l’immédiat, il s’agit de bien faire sécher les sols avant de retourner dans les vignes, afin de ne pas abîmer le sol que le sel a tendance à déstructurer. Ensuite, une campagne d’analyse des sols permettra d’évaluer leur salinité, étape indispensable avant d’envisager le gypsage. Cette technique, qui consiste à disperser du sulfate de calcium pendant l’été, doit permettre un meilleur lessivage des sols. Autre possibilité : l’irrigation massive du sol avec de l’eau douce. «Ce n’est pas autorisé mais nous pourrions peut-être obtenir une dérogation pour les vignes de plus de trois ans. Vu ce qu’il faudrait comme eau, on ne sait même pas si c’est vraiment envisageable», explique Jérôme Poulard. Lequel ne se dit pas très confiant pour les vignes complètement submergés, dont le sel encore présent pourrait brûler les bourgeons. Cet été, pour éviter l’évaporation du sol, les viticulteurs envisagent de mettre en place un «munch», tapis de matière organique limitant la transpiration du sol.  Seul – petit – motif de réconfort : Xynthia s’est produit à un moment où la vigne est encore en repos végétatif, avant la montée de sève. La vigne puise donc moins d’eau et, par conséquent, moins d’eau salée…
 
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