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Dossier Après Xynthia - Les élus dédaignés, écoutés puis (en partie) entendus
Le 8 avril, le préfet de Charente-Maritime annonçait la création de deux zones noires et d'une orange pour l’île de Ré, avec une cinquantaine de maisons concernées. Après de nombreux rebondissements, 22 habitations restent finalement en noir. Du coup, certains dénoncent une exception rétaise.
A La Flotte ou à Loix (comme ici sur cette photo), certains dénoncent une inégalité de traitements entre le communes. Pendant que sur le continent, on pointe du doigt l'île de Ré et le «deux poids deux mesures».Ubuesque. Comment qualifier autrement l’attitude de l’Etat dans sa gestion du zonage après le passage de Xynthia, dans la nuit du 28 février ? On aura eu droit à toutes les couleurs pour qualifier les zones «à risque mortel» : rouge au départ, noire ensuite, puis «zone de solidarité» après la visite du ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo le 15 avril. On a eu droit aussi à une zone orange à Loix (expertise à affiner), des zones jaunes à Saint-Clément, Sainte-Marie, Loix et la Flotte (secteur habitable, mais avec des prescriptions que nous ne connaissons toujours pas). Derniers rebondissements en date : la zone orange de Loix, concernant une vingtaine de maisons, a viré au jaune. Bref, c’est à y perdre son latin. Toujours est-il que l’île de Ré s’en sort plutôt bien : d’une centaine de maisons officieusement en zone rouge avant le 8 avril, le chiffre est descendu à une cinquantaine lors de l’annonce officiel du zonage (dont une vingtaine en zone orange à Loix), puis à 20 quelques jours plus tard. Aujourd’hui, l’île compte 22 maisons promises à la destruction, réparties à Loix (10) et La Flotte (12).

Deux poids, deux mesures ?

Du coup, sur le continent, et sur l’île d’Oléron, des voix se sont élevées pour dénoncer «le deux poids, deux mesures», estimant que l’île de Ré avait été protégée par les services de l’Etat. Lesquels, tablant sur un dédommagement moyen de 250 000 € par maison, auraient été refroidis dans leurs ardeurs par le prix de l’immobilier rétais. «Quand on voit le décalage entre les zones noires sur l’île de Ré et le continent, on peut penser qu’il n’y a pas eu les mêmes règles. Le prix du foncier est tel sur l’île de Ré que la délimitation des zones noires n’est pas la même qu’aux boucholeurs ou à Charron. C’est un élément à prendre en compte même si, officiellement, ce n’est pas le premier», estime Didier Vye, docteur en géographie à l’université de La Rochelle. Pour le scientifique risque de renforcer cette tension entre continentaux et rétais, qui «n’est pas nouvelle». «C’est un peu la suite du débat sur le pont et sur le maintien du péage. ça a été un signe fort que certains continentaux ont perçu comme : "On a pas envie que vous nous envahissiez".» Il serait toutefois réducteur de résumer ce sentiment à une opposition îliens/continentaux. Il a en effet traversé le pont pour devenir symbole d’injustice entre les différentes communes de l’île. Et plus encore. «Dans une même commune, certains sont en zone noire, et d’autres, qui ont été autant inondés, ne le sont pas. Je souffre de ce sentiment d’inégalité», analyse Patrice Raffarin, vice-président de la Communauté de communes.

Cac 40 et show-biz

Léon Gendre, maire de la Flotte, n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat, visiblement heurté par le fait que certaines communes, pourtant largement submergées (voir ci-après), n’aient même pas fait l’objet d’un classement en zone jaune. Des zones jaunes synonymes de prescriptions, autrement dit de mesures de protections complémentaires pour les riverains. Ce qui conduit l’élu flottais à un raisonnement par l’absurde. «S’il n’y a pas eu de zonage dans certaines communes, c’est qu’il n’y a pas eu d’eau. Il n’y aura donc pas besoin de protection.» Il ajoute, sarcastique : «Ce que je trouve anormal, c'est que des gens du Cac 40 ou des vedettes du show-biz n'aient pas droit à la même protection de la part de l'État que mon petit vieux de 85 ans qui touche 600 € de retraite.» Léon Gendre, tout comme Lionel Quillet à Loix, ont néanmoins fini par être entendus, en partie. Sur 23 maisons en zone noire le 8 avril à la Flotte, il n’en reste plus que 12 aujourd’hui. La méthode ? Léon Gendre a mis l’Etat face à ses propres contradictions. Le Plan de prévention des risques, mis en place par l’Etat en 2002, imposait des constructions à la norme 4 mètres NGF. Un géomètre a donc été dépêché pour relever les cotes des habitations en zones noires. Or, beaucoup de maisons se trouvaient au-dessus de 4 mètres. «Du coup, c’est comme si l’Etat disait qu’il ne tenait pas compte des règles qu’il avait lui-même défini 8 ans plus tôt», ironise Léon Gendre.

La suite du dossier «Après Xynthia» est à lire dans le n° 33 du Journal des Propriétaires de l'île de Ré, disponible dans tous les kiosques sur place.

 
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