Météo
 
«Ce sont les dernières cartouches»
Aude Florentin, chargée de mission pour le Schéma de cohérence territoriale, fait le point sur l’avancée du futur document d’urbanisme. Le diagnostic, validé en avril par le comité de pilotage, montre que l’île de Ré, dans le cadre du 80/20 (80% d’espaces naturels pour 20% de zones construites), est un territoire presque «fini».

JdP – L’élaboration du Scot, document d’urbanisme qui doit donner les orientations de l’ile de Ré pour les vingt prochaines années, a été lancée en août 2009. Où en sommes nous aujourd’hui ?

Aude Florentin – Le diagnostic a été validé en janvier par les élus, puis en avril par le comité de pilotage (avec toutes les parties prenantes). Le diagnostic a été jugé suffisant pour qu’on passe à l’étape suivante, l’élaboration du projet. Lionel Quillet, qui est l’élu référent du Scot, réunira les 20 délégués communautaires dans l’été pour décider des grandes orientations. Nous en sommes donc au début de la phase d’élaboration du projet. Parallèlement, il y a eu différents ateliers réunissant élus et experts, aux mois d’avril et mai, pour approfondir certaines choses, comme la maîtrise de l’énergie, notamment en matière de constructions. Il s’agit de voir comment on peut faire évoluer l’architecture des maisons de l’île tout en respectant l’identité rétaise. Ca ne concerne pas que les panneaux photovoltaiques mais aussi l’orientation des maisons, par exemple. On sait déjà qu’on ne peut pas faire n’importe quoi dans les cœurs de village. Par contre, nous avons un peu plus de libertés en périphérie.

La tempête Xynthia s’est produite en pleine élaboration du Scot. Quelle va être son incidence sur la rédaction du Scot ?

La tempête a eu lieu fin février, il faut donc prendre encore un peu de recul. Tout de suite, nous avons su qu’il y aurait un impact de la tempête sur le Scot. Celle-ci a notamment remis en cause la stratégie de défense du trait de côte. Faut-il rehausser les digues ? Faut-il en construire plus ? La question ne porte bien-sûr pas seulement sur les digues. Il est aussi question de récifs artificiels et de gestion sédimentaire. Plusieurs pistes sont actuellement explorées mais nous n’avons pas encore de réponses techniques. A travers le Schéma de mise en valeur de la mer, le volet maritime du Scot, il y a l’opportunité de creuser les questions de gestion sédimentaire.

En matière de logements, quelles sont les pistes étudiées ?

Il y a un gros problème avec les résidences secondaires. Globalement, la proportion est de 2/3 de résidences secondaires dans le canton nord, et de 1/2 dans le canton sud, même si c’est variable selon les communes. L’objectif est d’éviter cette tendance à l’augmentation de la proportion de résidences secondaires. Juridiquement, ce n’est pas possible. Nous cherchons donc d’autres pistes. C’est important car c’est la condition de l’équilibre sociologique des communes, et par conséquent de leur équilibre économique.

En ce qui concerne le logement aidé, il y a l’objectif de construire 400 nouveaux logements sociaux, répartis sur les dix communes de l’île.

L’objectif déclaré en matière d’urbanisation est le 80/20, c’est-à-dire que seuls 20% de l’île pourront être urbanisés. Or, ce chiffre est déjà presque atteint, puisqu’il ne resterait que 96 hectares en zone NA1…

Ces 96 hectares en zone NA, ayant vocation à être urbanisés dans le futur, avaient été annoncés il y a quelques mois avant que nous ne fassions des études plus précises. Depuis, on s’est aperçu, que 50 hectares étaient déjà occupés par du bâti, soit plus de la moitié. Sur les 46 hectares restants, il y a certains terrains en zones inondables. En gros, il ne reste donc que 30 hectares plus faciles à urbaniser, ce qui est assez peu. Ensuite, il y a dans les cœurs de villages des zones U constructibles mais non bâtis, qui peuvent être des jardins, des espaces verts. Là, il reste environ 265 hectares de résiduel constructible. Si ces terrains sont constructibles et qu’ils ne sont pas construits, c’est qu’ils sont difficiles à mobiliser. Ce n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable si l'on veut conserver des villages avec une densité peu élevée. Si on comble tous ces espaces constructibles, la forme même des villages pourrait en être modifiée. Il faut donc rester vigilants. Prenez une rue où il y a actuellement 30 habitants. Si à force de diviser les parcelles on passe à 60 habitants, cela entraînera deux fois plus de voitures, donc plus de places de stationnement, et des problèmes de voisinage. Le président Lionel Quillet [de la Communauté de communes, NDLR] a donc interrogé l’Etat pour connaitre les outils juridiques à notre disposition pour éviter ce genre de phénomène.

30 hectares en zone NA, c’est très peu…

Ce sont les dernières cartouches. Si ces 30 hectares sont construits, il n’y aura plus qu’à densifier les villages, ou détruire pour reconstruire… Et puis on pourrait en avoir besoin au-delà des 20 ans du futur Scot…

La question de l’avenir des activités primaires est également posée dans le Scot…

Les professionnels du secteur primaire ont besoin de bâtiments pour continuer à exercer leurs activités. C’est une demande légitime. La question est de savoir comment ces besoins se confrontent aux autres activités. Des bâtiments existent déjà, mais ils sont utilisés pour autre chose que l’agriculture. Après, si le contexte économique fait que l’agriculture ne fonctionne plus, on ne peut pas non plus obliger les gens à cultiver. L’urbanisme ne peut pas apporter de réponses à tout. Il y aura des solutions à trouver en dehors du Scot.

En matière d’urbanisme, on a pu constater que les objectifs de l’actuel Schéma directeur (ancienne appellation du Scot) n’avaient pas été tenus. Pour quelles raisons ?

Le Schéma directeur avait pris des options très fortes dans certains domaines comme les zones constructibles. Il prévoyait la construction de moins de 200 logements par an. Nous n’avons pas réussi à tenir ce chiffre ambitieux, et, finalement, on a atteint le chiffre de 265 logements.

 

1 Selon l'article R. 123-6 du code de l'urbanisme, il s’agit des «secteurs à caractère naturel de la commune destinés à être ouverts à l'urbanisation».

 

 

 
Immobilier et partenaires