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Les maisons invisibles de l’île de Ré
Loin du cliché de la maison avec vue sur mer, Ré abrite une dizaine de résidences pour le moins insolites. Découverte de la face cachée de l’île, entre maisons enterrées, blockhaus aménagés et cabanes transformées.
La cabane devenue villa «durable»

Au départ, une minuscule buanderie posée sur un terrain de 400 m². Nous sommes dans les années 50, et Pierre Revaud vient d’acquérir sur la pointe de Chauveau sa petite parcelle pour 40 centimes le mètre carré. Un endroit de rêve pour passer ses vacances, à une cinquantaine de mètres du rivage, sans un voisin à l’horizon… A l’époque, sur ces terrains non constructibles, on autorise les propriétaires à placer un petit abri. D’où la buanderie d’une vingtaine de mètres carrés, qui sert de résidence secondaire à Micheline et Pierre Revaud. Ces deux poitevins – lui est cordonnier, elle travaille aux PTT – profitent des vacances pour venir goûter à l’air du large. Le confort est alors sommaire, pour ne pas dire spartiate. Tout s’accélère il y a une vingtaine d’années, lorsque Pierre, suite à des problèmes de santé de sa femme, décide de quitter Poitiers pour reprendre une petite cordonnerie sur le port de Saint-Martin. Bricoleur dans l’âme et «sans un sou en poche», il décide d’aménager la buanderie pour y vivre à l’année. «Comme on payait des impôts, c’est que nous étions acceptés», commente Pierre, qui admet que cette époque offrait beaucoup plus de souplesse. «On pouvait s’arranger, maintenant c’est plus possible.»

Panneaux solaires

Une sorte de véranda en bois est alors installée autour de la buanderie, histoire d’agrandir un peu. Reste le problème de l’eau et de l’électricité. En pionnier, le cordonnier achète en 1978 deux panneaux solaires de première génération et récupère des grosses batteries chez France Telecom. Un copain d’EDF lui refourgue des vieux câbles. Depuis, toute la maison est alimentée en 12 volts, gratuitement. Seuls un petit groupe électrogène, et quelques bouteilles de gaz viennent compléter les insuffisances des panneaux, notamment pour approvisionner le frigidaire et les radiateurs. Pour l’eau, Pierre a installé deux citernes de 3 500 litres qui recueillent, grâce à un solide système de gouttières, l’eau de pluie tombée sur le toit. «Avec ma femme, on en boit depuis 40 ans, et nous n’avons jamais été malades, se gargarise Pierre. Bon, quand les enfants viennent, on achète quand même de l’eau en bouteille…» Pour les toilettes, une cuve étanche, vidangée régulièrement, fait l’affaire…
Ce système D, dont il est particulièrement fier, lui permet donc d’être auto-suffisant. «Nous n’avions pas vraiment le choix, car nous étions fauchés. Moi, j’avais moins de 600 euros mensuels, et ma femme 800 euros. C’est quand même un soulagement de ne payer ni eau, ni électricité», explique Pierre. Aujourd’hui, la cabane de jardin a des allures de petit cottage des îles anglo-normandes, avec un toit qui dépasse péniblement les haies. Le terrain, agrandi grâce à l’achat de petites parcelles voisines, atteint les 1 000 m². Le couple, qui entretient la même complicité avec les mouettes que d’autres avec leur chat, n’échangerait sa maison pour rien au monde. «On a peut-être pas le meilleur emplacement de l’île, mais ça serait difficile de trouver mieux», rigole Pierre. Lequel admet avoir eu du flair, il y a quarante ans, lorsqu’on lui a proposé des parcelles en bord de mer. Il a préféré opter pour un terrain un peu en retrait. Suite à Xynthia, l’arrêté municipal de Rivedoux interdit l’accès aux parcelles privées de la pointe de Chauveau, situées 50 mètres plus loin, au bord du rivage…

Retrouvez la suite de ce dossier avec «Des maisons à l’abri des regards» et «La seconde vie des blockhaus» dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 35, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
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