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Les raisons de la colère
Malgré un millésime 2010 très prometteur, la viticulture rétaise peine à panser les plaies de Xynthia. Les aides de l’Etat sont jugées largement «insuffisantes».
Sept mois après Xynthia, qui a touché un quart du vignoble rétais, Jean-Jacques Enet, président de la coopérative Uni Ré, dresse un bilan plus précis des dégâts occasionnés par l’eau de mer. Quatre facteurs ont joué un rôle dans le comportement des vignes : la nature du sol et des porte-greffes, l’âge de la vigne et la nature des cépages
1 – Le sol et les porte-greffes
Pour Jean-Jacques Enet, l’ampleur des dégâts s’explique en partie par la texture des sols. «La durée de la submersion a eu peu d’importance. Des sols restés deux semaines sous l’eau ont eu peu de dégâts, alors que d’autres, où l’eau est repartie aussi vite, en ont eu beaucoup plus», commente le président de la coopérative. Ainsi, il ressort que les sols humides, lourds, et donc peu filtrants, ont permis à la vigne de mieux résister, car il y a eu très peu d’échanges entre l’eau salée et l’eau circulant dans le sol.
Le porte-greffe est la partie inférieure de la vigne, que les viticulteurs choisissent en fonction de la nature du sol. Ceux-ci ont plus ou moins bien supporté le sel présent dans le sol. Un constat toutefois : les anciens porte-greffes, vieux d’une trentaine d’années, ont mieux résisté que les autres.
2 – Les cépages et l’âge de la vigne
Globalement, le cépage Ugni blanc (qui entre dans la fabrication du cognac et du pineau), représentant 90% de l’encépagement charentais et 50% de celui rétais, a mieux résisté. Par contre, les cépages rouges ont beaucoup plus souffert, notamment le Cabernet. Or, ces cépages sont assez peu présents dans les zones submergées, ce qui est plutôt une bonne surprise. «Disons que le hasard n’a pas trop mal fait les choses», admet Jean-Jacques Enet. Sur 150 hectares touchés sur l’île, les cépages «fragiles» représentent 30 ha. Ce qui ne veut pas dire que les 120 ha restant (ugni blanc) n’ont pas subi de gros dégâts.
Par ailleurs, Jérôme Poulard, technicien à la coopérative, avait déjà évoqué dans le n° 32 du JdP le risque que les vignes jeunes résistent moins bien à l’eau salée. Cela s’est confirmé.
3 – Bilan
Sur les 150 ha de vignes submergées sur l’île (sur 600 ha au total), le bilan à l’heure actuelle, qui demandera à être confirmé dans les prochains mois, est le suivant : 1/3 détruit à 95%, 1/3 à plus de 30%, et le dernier tiers qui se comporte tant bien que mal, avec un espoir de repousse…

Aides à l’agriculture : le «carcan» de Bruxelles

On peut décomposer les aides au secteur primaire en trois volets.
Pour ce qui est des grandes cultures, notamment les céréales, la prise en charge de l’Etat est jugée «convenable» par les professionnels.
Du côté de la pomme de terre AOC, la situation est plus complexe. Etant référencée comme culture industrielle au ministère de l’Agriculture, cette production est considérée comme «assurable». Conséquence : elle n’est pas prise en charge dans le cadre d’une calamité agricole… C’est d’autant plus terrible pour les producteurs que les pertes « en valeur » sont importantes. «Pour une pomme de terre industrielle, le chiffre d’affaires est de 1 500 à 2 000 euros par hectare. Ici, on est entre 10 000 et 15 000 euros l’hectare», rappelle Jean-Jacques Enet. Lequel avance que le Conseil général pourrait prendre en charge 40% de la perte brute, en la plafonnant à 7 500 euros par exploitation. «Quand vous pensez que certains ont perdu 8 ha de pommes de terre, on arrive à 100 000 euros !», s’agace le président de la coopérative Uni Ré.
En ce qui concerne les vignes, Jean-Jacques Enet avoue qu’il «tombe de très haut» : «Pendant 6 mois, on nous a laissé croire qu’il y avait un dossier spécifique au ministère de l’Agriculture. On s’attendait donc à une prise en charge à la hauteur. Ce n’est pas le cas.» Le système de barèmes mis en place pour l’indemnisation part du principe qu’un hectare de vigne, vaut, dans le meilleur des cas, 13 000 E (vignes âgées de 1 à 3 ans). A partir de cela, un système de décote vient corriger ce chiffre, selon l’âge de la vigne. «Une vigne de 25 ans, considérée comme déjà amortie, vaudra zéro, explique Jean-Jacques Enet. Une vigne de 12 ans, vaudra 50% de la somme initiale.» La décote ne s’arrête pas là : l’Etat ne prendra en charge au final que 25% de cette somme… «C’est très, très largement insuffisant. Entre l’arrachage et la replantation, ça nous coûte 20 000 euros par hectare. Et là, on nous propose 5 000 euros dans le meilleur des cas !» Pour le président de la coopérative Uni Ré, le blocage viendrait des réglementations européennes, qui cherchent à éviter toute distorsion de concurrence. «Mais à mon goût, nous ne sommes pas assez soutenus. S’il y a une réelle volonté politique, on devrait sortir de ce carcan. J’ai demandé une audience au préfet pour lui expliquer tout ça. Pour l’instant, j’ai choisi la voie de la négociation. Mais certains commencent à me reprocher de ne pas faire de manifestations assez bruyantes…»

 
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