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«Mieux vaut avoir de vrais ennemis que de faux amis»
Présidente de l’Apir1, Sylvie Geffré ne digère pas les arrêtés pris sur les communes de Rivedoux, Loix et La Couarde, dont les maires avaient jusqu’alors privilégié le dialogue. Xynthia serait, selon elle, un alibi pour «virer» les campeurs.
JdP – Pour quelles raisons êtes-vous si remontée contre les arrêtés pris par certains maires sur leurs communes respectives ?
Sylvie Geffré – Avec Lionel Quillet et Patrice Raffarin, nous avions l’impression d’une relation sincère et constructive. Ils venaient à nos assemblées générales, il y avait un dialogue. M. Raffarin nous disait qu’il y avait eu des campeurs dans sa famille et qu’il nous comprenait. En fait, c’était une relation très fragile. Dès Xynthia, des arrêtés ont été pris. A la limite, on peut entendre qu’il y a des problèmes de sécurité et qu’un élu a des responsabilités par rapport à ça. Mais les arrêtés ont été pris sans nous consulter. Et puis il n’y a pas de traitement équitable des campeurs par rapport aux autres propriétaires. Prenez l’exemple de la thalasso de Sainte-Marie, qui n’est pas interdite alors qu’il y a eu beaucoup d’eau. Ca prouve que les arrêtés ne visent que les campeurs sur parcelles privées. C’est un véritable ciblage. Alors, on nous explique que la thalasso possède un étage. Mais à La Faute-sur-mer, la plupart des gens morts dans leurs maisons avaient aussi un étage. Ce n’est pas une garantie.

Vous ne pouvez pas nier qu’en cas de submersion, il y a un danger de mort pour les campeurs sur parcelles privés, qui sont éparpillés un peu partout sur l’île…
Lionel Quillet a dit que notre association, qui avait acquis une certaine crédibilité, se décrédibilise en s’attaquant à l’arrêté. Il a déclaré que c’était aussi fou que de mettre ses enfants au milieu d’une autoroute. Dans un journal local, il a dit que c’était comme si nous étions installés dans un couloir d’avalanche. A ce moment là, il faut interdire l’accès à la plage, ainsi que la pêche à pied. On ne nie pas qu’il y a des dangers mais l’interdiction n’est pas logique, car elle est ciblée… Qu’ils ne se cachent pas derrière Xynthia pour aboutir à ce qu’il voulaient : nous virer.

Quelle serait la solution selon vous ?
Ca passe par des moyens d’alerte, afin que les gens puissent évacuer en cas de danger. Il y a par exemple la sirène des pompiers. Y’en a marre qu’on nous traite comme des pestiférés et des sous-propriétaires. Là, des gens sont privés de leurs terrains. Dans les zones de solidarité, les propriétaires se font racheter leurs maisons. Pour nous, c’est zéro indemnité. Nous sommes expropriés de fait, mais sans les avantages d’une expropriation.
S’il y a des secteurs vraiment dangereux, parlons alors d’échanges. Il y a des terrains, par exemple dans le secteur des Bragauds à Rivedoux. Plaçons les gens dans ces secteurs, et nous libérerons la côte. Patrice Raffarin nous avait dit, dans le cadre des négociations, que c’était une solution intéressante, qu’il fallait travailler là-dessus. Après Xynthia, quand on lui a dit que c’était le bon moment, il nous a dit ‘ca va être compliqué’. Depuis, il en a jamais plus reparlé. C’était du politiquement correct, c’était de la façade.
L’année dernière, il y a eu une levée de bouclier avec Gisèle Vergnon [NDLR : maire de Sainte-Marie]. Elle nous a dit que sur l’île, tous les maires étaient sur la même longueur d’onde. Elle a ajouté : «Moi, j’ai le courage, je le fais.» A la lumière de Xynthia, c’est elle qui avait raison. Face à nous, certains ont essayé d’être plus coulant. Quelques fois, mieux vaut avoir de vrais ennemis que de faux amis. Si c’est comme ça, on va les traiter comme des ennemis.

L’Apir est-elle aujourd’hui prête à faire des propositions, voire des concessions, afin de renouer le dialogue avec des maires que vous jugiez jusqu’alors relativement tolérants ?
Mais nous avons proposé un bail emphythéotique de 99 ans, on l’a voté en assemblée générale le 3 août. On propose aussi la mise en place de systèmes d’alerte en cas de submersion. Nous voulons simplement ne pas être spoliés. Nous avons acheté ces terrains. Si on nous proposait un prix honnête, certains seraient prêts à partir. Mais attention, je ne parle pas de spéculation. Disons que nous ne partirons pas à moins de 15 euros le m². Vous vous rendez compte comme c’est ridicule par rapport aux prix de l’île de Ré. Et pourtant, certains accepteraient. C’est une des solutions, pas la solution. Ceux qui veulent continuer, qu’on les regroupe !

Force est de reconnaître qu’il y a eu un certain nombre d’abus, certains n’ayant pas respecté le contrat tacite qui interdisait de construire en dur ou de laisser une caravane tout au long de l’année…
Vous savez, dans un groupe, il y a toujours quelques personnes à la limite. Certains sont moins respectueux que d’autres, mais 99% des campeurs respectent la nature. Quand on décide de faire du camping en pleine nature, pensez-vous que c’est pour vivre au milieu d’une déchèterie ? On a interdit à tous nos adhérents les barbecues à flamme. Il n’y a jamais eu un incendie sur une parcelle campée. Nous ne sommes pas débiles ! Par contre, nous sommes là pour éteindre les braises quand certains inconscients viennent faire des feux à côté de nos parcelles…

Après des années de combats, malgré les procès, malgré Xynthia, vous avez l’air toujours aussi déterminée…
Vous savez, nous avons eu toutes les autorisations à l’époque. C’est une lutte sociale et philosophique, c’est pour ça que nous sommes si déterminés. Ils nous considèrent comme les pauvres petits miséreux de l’île. C’est une sorte de lutte des classes…

1 L'Association des propriétaires de terrains à vocation de loisirs et de vacances familiales dans l'île de Ré.

(Voir les réactions du maire de Rivedoux, Patrice Raffarin, et du maire de La Couarde, Patrick Rayton, par ailleurs dans le n° 35 du Journal des Propriétaires de l'île de Ré, disponible dans tous les dépositaires de presse de l'île)

 
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