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Dossier - Pénestin ouvre la voie
S’appuyant sur un ambitieux plan d’échanges et de regroupements de parcelles, une petite commune du sud du Morbihan est en passe d’offrir une existence légale aux campeurs sur parcelles privées, après quinze ans de concertation. Découverte d’un exemple unique en France.
C’est une petite commune bordée par 25 kilomètres de côtes, qui connaît en été une affluence touristique la faisant passer de 1 800 habitants à 40 000. Soit le deuxième plus gros coefficient multiplicateur de la région, ce qui explique que les deux tiers des habitations sont des résidences secondaires… Ce qui attire ici ? La beauté «sauvage» des paysages, les plages bien-sûr, mais aussi sa côte rocheuse, paradis des pêcheurs à pied… Côté terroir, la commune est réputée pour ses moules de bouchot, et il n’y a que quelques kilomètres à parcourir pour se ravitailler en fleur de sel, l’une des plus célèbres de France. Quant à son agriculture, autrefois importante, elle est clairement en perte de vitesse… Non, nous ne sommes pas sur l’île de Ré, mais à Pénestin, commune la plus au sud du Morbihan. Ici, comme sur Ré la blanche, les agriculteurs locaux, encore très nombreux dans les années 60-70, décidèrent de vendre des bouts de parcelles à des résidents venus des grandes agglomérations voisines, Rennes, Nantes ou Saint-Nazaire. Un tournant dans l’économie locale, qui va dès lors définitivement se tourner vers la manne touristique.
Ce tourisme «social», en plein essor, permit à un public issu du salariat ou du monde ouvrier d’acquérir son petit lopin (quelques centaines de mètres carrés) afin d’y installer une caravane ou une toile de tente. Le camping caravaning sur terrains privatifs est une aubaine pour les agriculteurs, qui revendent leurs parcelles à des prix intéressants : le mètre carré se négocie entre 65 et 100 francs (10 à 15 euros), contre 3 à 5 francs (moins de 1 euro) pour le mètre carré agricole. «ça les arrangeait qu’on vienne, ça mettait du beurre dans les épinards», rappelle Gilles Guérin, président de l’Association défense camping à Pénestin (ADCP). Mais l’engouement massif pour ce site sauvage, et l’absence de documents d’urbanisme règlementant cet usage du sol, conduisent à l’installation de près de 700 parcelles «campées» sur l’ensemble de la commune. Résultat : un mitage du territoire «anarchique» avec une succession de haies de cyprès ou de thuyas disgracieuses, un problème sanitaire avec l’installation de fosses sceptiques individuelles, et l’abus de certains campeurs qui vont jusqu’à laisser leurs caravanes à l’année ou même construire de petites cabanes permanentes. «Certaines choses ont été faites un peu n’importe comment, admet sans détour Gilles Guérin. C’était parfois à la limite du bidonville.»

Occupation de la mairie
Dans les années 80, le maire Philippe Jarousse (élu en 1974) décide alors de prendre les choses en main en interdisant le camping sur parcelles privées. Deux éléments le confortent dans sa démarche : la loi Littoral ainsi qu’un arrêt du Conseil d’Etat en 1992 qui légitime la position communale. Du côté des campeurs, c’est l’incompréhension, puis la révolte. «Du jour au lendemain, on a voulu nous foutre dehors, alors que nous étions propriétaires de ces terrains, commente Gilles Guérin. C’était inadmissible !» S’ensuit une période de fortes tensions débouchant sur la création en 1984 de l’Association défense camping à Pénestin (ADCP), qui décide de médiatiser l’affaire : manifestations, blocage de routes et même occupation de la mairie ! Les procès verbaux concernent surtout les propriétaires ne respectant pas la loi des 3 mois1, mais peu aboutissent. «Grâce à la prescription triennale, une caravane qui n’avait pas été bougée pendant trois ans ne pouvait être verbalisée», explique Gilles Guérin.

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 36, en vente dans tous les kiosques de l'île.

 
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