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Un drainage pour sauver la plage ?
Deux communes de l’île s’intéressent de très près à Ecoplage, système révolutionnaire de drainage de l’eau de mer, qui favorise le réengraissement de la plage tout en luttant contre l’érosion.
Nous sommes une semaine avant Xynthia, en février dernier. Les ingénieurs d’Ecoplage, société basée à Sainte-Luce dans la banlieue nantaise, se rendent sur l’île de Ré afin de réaliser une étude de faisabilité sur les plages de Peu-Ragot (La Couarde) et de la Conche-des-Baleines (Saint-Clément). La Communauté de communes, qui cherche à trouver une solution pérenne pour lutter contre l’érosion des côtes, s’intéresse de près à un procédé révolutionnaire mis en place par cette société. Il semble que Xynthia ait accéléré les choses, puisque deux études plus approfondies ont été lancées pour la plage sud de Rivedoux et le Peu-Ragot à La Couarde. Alors que Xynthia a révélé sur l’île de Ré l’impérieuse nécessité de renforcer les digues, d’autres solutions complémentaires sont donc à l’étude. Car comme l’explique Arnaud Ballay, responsable du bureau d’études à Ecoplage, «la plage est le premier tampon contre les tempêtes. Si la plage n’est pas en bonne santé, la digue prend les vagues de plein fouet. La plage joue donc le rôle d’un tampon amortisseur qui permettra aux digues de mieux tenir.»

Une méthode danoise

La méthode est simple, encore fallait-il y penser : un système de drains, enterré deux mètres sous la plage, permet d’absorber l’eau présente dans le sable (voir page 20). Asséché, le sable subit beaucoup moins l’érosion qu’un sable humide, tandis que le vent recharge beaucoup plus facilement le cordon dunaire. Comme beaucoup de découvertes, Ecoplage doit beaucoup au hasard. Dans les années 80, un centre de recherche marine s’installe dans le nord du Danemark pour étudier le comportement des phoques. Mais l’eau est tellement polluée qu’il s’avère impossible de remplir les bassins sans l’avoir filtrée. L’institut géotechnique danois imagine alors un ingénieux système de filtration de l’eau, en installant des drains sous la plage voisine. L’eau, après son passage à travers le sable, ressort parfaitement propre. Mais c’est un autre phénomène va susciter la curiosité des ingénieurs. «Ils se sont aperçus au bout de quelques temps que la plage avait gagné 30% de surface», explique Arnaud Ballay. Après d’autres essais concluants et cinq ans d’études, le système va être commercialisé… pour engraisser les plages ! Le président fondateur d’Ecoplage, Carl Linderoth, un homme d’affaires suédois, s’associe à l’institut géotechnique danois en 1996 et décide de pénétrer le marché français. «C’était une vitrine formidable, car il y avait trois façades maritimes différentes. S’il arrivait à prouver que ça marchait en France, cela pouvait fonctionner partout dans le monde…», explique Arnaud Ballay.
Inauguré en France aux Sables-d’Olonne, en 1999, Ecoplage aurait – d’après les informations fournies par l’entreprise – permis non seulement de stabiliser la plage, mais aussi de lui faire gagner 30 à 50 centimètres d’épaisseur et quinze mètres de long. Du côté de la mairie des Sables-d’Olonne, on se dit plutôt satisfait, mais pas totalement convaincu. «En moyenne sur l’année, et même si une moyenne ne veut pas dire grand-chose, on est à plus 10 cm d’épaisseur de sable, confie Philippe Priault, directeur des services techniques. Depuis que nous avons Ecoplage, il y a plus de sable qu’avant au pied des fondations. Il se passe quelque chose mais c’est encore trop tôt pour le quantifier.» D’autant que le passage de Xynthia, de nature certes exceptionnelle, a entraîné une brutale érosion. «On a perdu de 80 cm à 1 mètre de sable avec Xynthia. La plage s’est rechargée un peu cet été, mais nous avons encore un déficit de 40 cm. Il faudra peut-être plusieurs années pour regagner le niveau de sable d’avant-tempête», explique Philippe Priault.

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 36, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
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