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L’île sous cloche ?
Si les plans d’occupation des sols ont préservé l’île de nombreux abus, ils ont aussi figé un style rétais dont l’évolution fut loin d’être uniforme. Récit.
«Chaque commune a un règlement très pointu et différent. Globalement, les PLU de l’île de Ré sont parmi les plus pointus de France», confie Françoise Forget, responsable du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE 17) pour l’Aunis et l’île de Ré. Laquelle compare à titre d’exemple le contenu de l’article 7 (relatif aux limites séparatives) entre une commune de l’Aunis et Ars-en-Ré : «Cet article se résume en une phrase dans le premier cas, à une page complète dans le second.» Le plan local d’urbanisme (PLU), qui comprend 15 articles, réglemente aussi bien la hauteur des constructions, l’emprise au sol ou l’aspect extérieur de la maison que les plantations dans le jardin ! Actuellement soumises au Plan d’occupation des sols (POS), toutes les communes vont se doter dans les prochains mois d’un PLU, afin de se mettre en conformité avec le futur Schéma de cohérence territoriale (Scot), document juridique fixant des objectifs globaux pour l’ensemble du territoire*. Comme l’indique Françoise Forget, le PLU «est encore plus poussé qu’un POS, dans la mesure où il oblige à indiquer un PADD** encore plus pointu».

Un millefeuille réglementaire

Malgré ces PLU particulièrement contraignants, certaines communes vont encore plus loin avec la mise en place de ZPPAUP***, applicables sur des secteurs communaux précis (entre 10 et 20% d’une commune), et qui visent à graver dans le marbre des ensembles architecturaux et paysagers remarquables. La Flotte, Saint-Martin et Sainte-Marie en sont déjà dotés, Le Bois-Plage élabore le sien. Autre outil : les zones à plan de masse. Rien qu’une commune comme La Flotte en compte 46 ! «Dans ce cas-là, on indique carrément au propriétaire où il doit construire la maison sur le terrain, et où doit se trouver le jardin, explique Annie Forget. Grâce à ces zones non edificandi, on protège certains jardins potagers, pour avoir une structure de ville harmonieuse.»
A ces outils très poussés, il faut ajouter le périmètre des bâtiments protégés. Exemple : autour de l’église classée d’Ars-en-Ré, une zone de 500 mètres de diamètre est soumise pour tous travaux à l’avis conforme de l’architecte des Bâtiments de France... L’île est donc dotée d’un véritable mille-feuille règlementaire, qui explique en grande partie son unité architecturale, mais qui bloque, par certains côtés, les évolutions.

Les «styles» rétais…

L’objectif de cette réglementation est de préserver le fameux style rétais, véritable image de marque de l’île dont la réputation dépasse les frontières. Comme l’explique Annie Forget, «les élus se sont positionnés sur une architecture très rétaise sur le domaine public, avec la volonté de revenir à des choses un peu oubliées par l’architecture balnéaire des années 70».
Le style rétais ? Des maisons à pignon aux volumes simples (plan en rectangle ou parallélépipède), avec volets verts, blanchies à la chaux et coiffées de tuiles «tige de botte»… «S’il y a un terme pour résumer le style rétais, c’est la simplicité», explique Françoise Forget. L’habitat était autrefois groupé, resserré autour de venelles qui représentaient une bonne protection contre le vent. «Cet habitat compact assurait une bonne isolation et facilitait le chauffage des maisons. C’était très cohérent par rapport à la façon de vivre.»
Les volets verts, couleur «officielle» de l’île, renvoient à la principale couleur utilisée jadis pour les bateaux de pêche. «Les îliens se servaient de la peinture restante pour peindre les volets et les portes», explique Patrick Rayton, le maire de La Couarde. Au contraire de l’île d’Yeu ou des autres îles bretonnes, où c’est par exemple le bleu qui prédomine.
De la même façon, les embases des murs étaient souvent enduites du goudron utilisé sur la coque des bateaux, d’où la peinture noire que l’on retrouve encore aujourd’hui en bas des murs, pour masquer les éclaboussures de boue.
Pourtant, l’île de Ré n’a pas connu un développement architectural uniforme.

* Le Scot, en cours d’élaboration, fournira aux élus des différentes communes dix outils juridiques pour maîtriser l’urbanisme et contrôler la densification : le coefficient d’occupation des sols (COS), le coefficient d’emprise au sol, les bandes de constructibilité, les secteurs de plan masse, les espaces boisés classés, le minimum parcellaire pour des motifs urbains ou paysagers, l’identification des éléments de paysage et de patrimoine à protéger, la définition dans le PADD d’orientations opposables à d’éventuelles AMVAP, le droit de préemption urbain renforcé et la constructibilité après division parcellaire dans la limite des droits à construire non utilisés.

** Plan d’aménagement et de développement durable : document politique fixant les objectifs et projet de la collectivité locale en matière de développement économique et social, d’environnement et d’urbanisme à l’horizon de 10 à 20 ans.

*** Document contractuel et opposable aux tiers établi par la commune conjointement avec l’Etat. Il permet d’identifier et délimiter les quartiers, rues, monuments, sites, éléments de paysage et secteurs à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d’ordre esthétique, historique ou culturel. Avec la loi SRU, les ZPPAUP deviennent les AMVAP.

Illustration : Carnet des îles : Ré, Aix, Oléron, Madame, de Geste éditions, par Laurent Bonnet (sorti en 2006).

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 38, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
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