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Holcim : «Un défi au bon sens, à l’éthique et à l’esthétique»
Rencontre avec Frédéric Jacq, l’un des initiateurs du collectif NUB 71 («Non à l’usine de broyage»).
JdP – Quelles sont vos principales craintes par rapport à cette cimenterie Holcim qui pourraît voir le jour à La Pallice ?

Frédéric Jacq – Il y a d’abord un préjudice paysager, vu le caractère massif du projet avec une cheminée de 71 mètres et quatre autres de 66 mètres. Et puis nous sommes à 1 600 mètres de la pointe de Sablanceaux à Rivedoux, avec un risque technologique. N’oublions pas que la construction est prévue sur un polder, avec un risque de submersion de type Xynthia. Nous n’avons pas assez de recul, c’est extrêmement audacieux et imprudent. Nous sommes aussi sur une zone Natura 2000, et il y a un projet de parc marin avec des espèces rares. Sans compter les conséquences possibles pour l’ostréiculture, la pêche et le tourisme.
Il y a aussi des risques de pollution, avec une cheminée qui va déverser des dizaines de tonnes de microparticules et des métaux lourds comme le manganèse, le nickel ou le chrome. L’étude d’impact s’appuie sur des modèles mathématiques, mais ne prend pas en compte le risque cumulé, sachant que la qualité de l’air est déjà moyenne à La Pallice, un site déjà pollué. L’effet théorique est une chose, la pratique en est une autre. Ce projet est un défi au bon sens, à l’éthique et à l’esthétique. Toute l’île de Ré est concernée, mais Rivedoux serait particulièrement sinistrée, alors qu’elle est déjà prise en étau par la circulation automobile.

Mais il y a déjà un paysage semi industriel à La Pallice…

Jusqu’à présent, nous étions dans une activité portuaire, avec des bateaux qui déchargeaient. C’est sûr que le paysage est plus beau à La Patache [ aux Portes, ndlr], mais c’est comme ça. Mais là, il y aurait un changement d’image. C’est devenu un port autonome, et il y a peut-être l’ambition d’en faire un site industrialo-portuaire. Et en face du port, il y a l’île de Ré…Le plus scandaleux, c’est qu’il n’y a pas eu d’information sur l’île, alors que Rivedoux fait partie du périmètre de l’enquête publique.
Holcim met en avant l’aspect économique, et notamment la création d’emplois…
Ca va créer 10 emplois mais ça va en détruire 100 dans les cimenteries alentour. C’est un mauvais argument. On nous dit aussi que pour construire cette usine de 50 millions d’euros, il faudra du monde et que ça va créer des emplois. Mais est-ce qu’on prend en compte tous les gens que cette usine va faire partir ? Je suis favorable à la ré-industrialisation du pays, mais pas n’importe où ! Il faut aussi dire qu’il y aura 300 camions par jour en plus sur la rocade de La Rochelle.

Les politiques n’ont-ils pas un peu tardé à réagir sur l’île de Ré et quels sont vos moyens d’action ?

En février 2010, Rivedoux a reçu l’obligation d’afficher l’enquête publique. La première réunion a eu lieu le 3 décembre, soit la veille de l’autorisation préfectorale accordée à Holcim pour le permis de construire. Après, c’est vrai que Xynthia est arrivée là-dessus. Mais à ce moment là, l’enquête publique doit être refaite.
L’absence d’information et le lieu d’implantation (avec les risques de pollution) sont à l’origine du recours gracieux que nous avons déposé. Le préfet a deux mois pour réagir. Si ce n’est pas le cas, nous passerons au contentieux avec un recours au tribunal administratif de Poitiers. Nous avons aussi créé l’association Mat Ré qui s’inscrira dans la durée. Et puis nous comptons sur la mobilisation publique. Il y a eu 400 personnes lors d’une manifestation à La Rochelle, 300 personnes à la grande réunion du 28 avril et nous avons recueilli plus de 1 000 signatures. Nous envisageons aussi une chaine humaine le 18 juin sur la plage de Rivedoux.

Envisagez-vous des opérations plus spectaculaires, comme le blocage du pont ?

Il y aura des décisions stratégiques à prendre, en concertation mais personellement, je n’y suis pas favorable. Je suis pour la rectitude, nous sommes dans un Etat de droit.

Ne craignez-vous pas que ce combat soit perdu d’avance, dans la mesure où Holcim vient de poser la première pierre de cette cimenterie ?

On va gagner. Ce n’est pas parce que vous posez la première pierre que vous poserez la dernière. Il faut créer un rapport de force. L’industriel est dans son rôle, mais depuis que nous nous mobilisons, nous portons à connaissance des problématiques qu’il ignorait. Tout ça va se décider à Paris, en haut lieu. Nous avons écrit à toutes les personnes concernées, y compris à Nicolas Sarkozy. Nous avons eu une réponse manuscrite de Lionel Jospin.  Il y a des pistes, et rien ne résiste au bon sens, à l’éthique et l’esthétique. Quand on travaille dans la rectitude, on a des résultats, c’est la règle.
 
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