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Economie - «Une chape de plomb sur l’île»
Président de l’AODT et directeur du Richelieu*, Richard Gendre défend l’idée un développement touristique «à l’année».
JdP – En tant que président de l’AODT (Association pour l’organisation et le développement du tourisme de l’île de Ré), vous souhaitez  que l’activité touristique de l’île de Ré, qui se concentre sur trois mois l’été, devienne une activité à l’année…
Richard Gendre – On peut se contenter d’un endroit où la saisonnalité fait que tout ouvre le 15 avril et que tout ferme le 15 septembre, sauf les supermarchés. Les commerçants sont contents, ils travaillent l’été ici, et passent une partie de l’année aux Antilles. Ce n’est pas désagréable pour eux, mais je ne suis pas convaincu que ça soit positif pour le territoire. Nous n’avons pas d’activité pendant la moitié de l’année, avec une population secondaire de semi-retraités qui ne sont pas là la moitié de l’hiver et des salariés qui habitent ici mais travaillent sur le continent. Ce peut être une situation satisfaisante. Mais je m’interroge : est-il possible que l’île de Ré soit autre chose qu’une banlieue résidentielle ? A mon avis, ça serait souhaitable, mais peut-être n’est-ce pas possible… Concevoir un vrai projet touristique consiste à le mettre en œuvre tout au long de l’année. La clé de tout, c’est la volonté politique. Après, je sais bien que les élus ne peuvent mettre un projet en place que si l’Etat le veut bien car l’île est classée de chez classée…

Pour cela, vous souhaitez la création d’équipements structurants, comme un golf…
Cela relève de l’évidence qu’un golf serait positif pour l’île : il faudrait être le dernier des imbéciles pour penser le contraire. Or, on nous dit : «Ok, on fait un golf, mais on ne construit pas de bâtiments autour.» Il serait intelligent de faire un projet global : un golf avec un beau club house et un centre des congrès. Ce projet est bloqué par l’Etat et les tenants de la protection. Ceux qui veulent que rien ne se passe, qu’ils le disent ! C’est comme pour les projets d’agrandissement des ports, les élus doivent se battre car il y a verrouillage. Cela ne profite qu’aux gens déjà installés qui veulent que rien ne bouge.

Mais les élus locaux ne tentent-ils pas justement de faire évoluer les choses, avec le Schéma de cohérence touristique qui viendra en complément du Scot ?
Mais il y a des blocages qui viennent de l’Etat, des résidents secondaires parisiens et de toute la politique de protection depuis 1989. L’inertie est extrêmement forte. De l’autre côté, il y a les élus locaux qui ont une sensibilité écologiste assez forte, mais conscients en même temps des nécessités de développement économique. Un des élus emblématiques de la politique de protection, c’est Léon Gendre, le dernier consacré par les urnes. Or, il faut s’adapter à un monde qui change.
Au niveau du Scot, il faut monter un projet. Prenez l’exemple de la ville de Bilbao, qui était en pleine crise économique dans les années 80-90. Ils se sont sortis les tripes pour arracher le musée Guggenheim qui voulait aller à Rome, Venise ou Salzbourg. Ex-nihilo, ils ont créé une véritable activité touristique et des emplois sur une ancienne friche industrielle. Même si nous sommes souvent pieds et poings liés face à l’Etat qui bloque tout, je crois qu’on a les moyens qu’on se donne. Or, les élus sont globalement satisfaits de la situation actuelle. On fait 90% d’écologie et 10% d’économie : il y a une telle chape de plomb sur l’île qu’il s’agit de peser pour au moins remettre le balancier au centre.

Vous évoquez aussi la nécessité d’attirer de gros opérateurs privés pour booster cette activité à l’année…
Oui, un gros opérateur qui a les moyens, comme le groupe Barrière. Mais il ne faut pas faire comme Disney qui s’est installé à Marne-la-Vallée au milieu des champs de betteraves et qui a imposé ses conditions avec une exonération d’impôts sur 50 ans. Il faut faire l’inverse en posant nos conditions, et que ce groupe soit obligé de travailler dans l’intérêt du territoire.
Que faire pour que l’intersaison se développe ? Je ne suis pas qualifié pour le dire. Il faut s’adresser à des spécialistes avec un œil extérieur pour aider les décideurs. Nous n’avons pas toutes les clés. Comment ont-ils fait par exemple à la montagne ? Prenez l’exemple de Courchevel, où ça tourne pas mal et où ils ont un peu tous types de clientèles. Ici, on est même pas foutus de nettoyer nos plages !

* Hôtel 4 étoiles Relais et châteaux, avec restaurant gastronomique et centre de thalassothérapie, situé à La Flotte.
 
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