Météo
 
Dossier - La face cachée du style rétais
Souvent frustrés par de nombreuses contraintes en matière d’architecture extérieure, les architectes expriment leur créativité dans l’aménagement intérieur. Sans retenue, mais sans perdre de vue l’âme du lieu.
«Souvent, la façade est assez austère, et quand on entre dans la maison, on dit “waouh” !» Yves Crégut, architecte installé à La Flotte, résume bien la «face cachée» du style rétais. A l’image de cette superbe demeure des Portes qui reproduit l’intérieur d’une coque de bateau, le luxe reste discret sur l’île de Ré, et se cantonne aux intérieurs. Comme nous l’expliquions dans le n° 38 du Journal des Propriétaires de l’île de Ré, les contraintes en matière d’architecture extérieure (dictées par le CAUE1, les plans locaux d’urbanisme ou les Bâtiments de France) sont telles que la créativité des architectes s’exprime rarement en façade. Cela a permis de préserver une certaine unité architecturale qui contribue à la renommée de l’île, et dont la petite maison blanche à volets verts, basse et coiffée d’un toit peu pentu en tuiles «tige de botte», est le symbole le plus visible. «On peut comprendre que ce standard ait été développé pour éviter le n’importe quoi. Mais quand on encadre et qu’on protège, on banalise en même temps», résume l’architecte Philippe Lavigne.

Respect de l’esprit

Du coup, les architectes rétais se «lâchent» sur les intérieurs. C’est le cas de Jean Béraud, architecte rochelais installé depuis 20 ans sur l’île, qui promeut un style résolument contemporain : plafonds courbes acoustiques, cheminées cubiques et matériaux innovants comme le grès cérame au sol (immenses dalles d’un mètre sur trois), le bolon (vinyle tressé) qui remplace les moquettes et parquets ou le triply (panneaux agglomérés de nouvelle génération). Lui qui se réclame de l’influence japonaise, de Roland Simounet2 ou des fondateurs du mouvement AUA3 comme Paul Chemetov, recherche la pureté des lignes et une certaine forme de minimalisme, mais sans excès. «J’essaie d’épurer pour que ça soit léger, simple et sobre, insiste le professionnel. Mais certains veulent que je durcisse encore plus ce que je propose, à l’image de cette cheminée en béton que des clients voulaient laisser à l’état brut.» Aussi, si le blanc prédomine, l’architecte ne s’interdit pas des touches de fantaisie (pans de murs ou de plafonds colorés, décoration chatoyante) pour ne pas tomber dans un sorte de caricature contemporaine. «J’ai fait une très belle maison à Loix, où les propriétaires ont choisi de mettre deux ou trois canapés blancs. Je trouve ça dommage.» D’autant que le métier d’architecte d’intérieur ne se réduit pas à la création de «boîtes» dans lesquelles il suffirait de composer une décoration. Il s’agit de préserver autant que possible l’âme du lieu, en l’enrichissant d’un savant dosage de modernité. «Dans l’île de Ré, on retrouve souvent des poutres rondes issues de la récupération d’anciens mâts de bateau, évoque Jean Béraud. Le plus simple serait de les démolir, mais je fais en sorte de les préserver car elles participent à l’esprit rétais.» Idem pour les anciens chais, très recherchés pour en faire des lofts : l’architecte cherche à conserver quelques éléments significatifs, comme cet ancien cuvier, découpé dans sa partie supérieure afin de le transformer en bar circulaire d’intérieur…

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 41, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
Immobilier et partenaires