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Economie - «Nous n’aurons jamais le climat de la Corse»
Catherine Senand, directrice d’Ile de Ré tourisme, dresse un premier bilan assez bon de la saison touristique 2011, malgré une météo maussade.
JdP – Déjà, quel bilan tirez-vous de l’avant-saison, particulièrement ensoleillée sur l’île de Ré ?
Catherine Senand
– De l’avis unanime, ce fut une super avant-saison. Pourtant, ça paraissait un peu compliqué car il n’y avait pas cette année de longs week-ends de 1er ou de 8 mai. Mais il y a eu un temps magnifique, et les évènements du printemps arabe ont joué. On s’est donc dit que la saison estivale allait être dans cette veine-là, et tout le monde partait tambour battant.


Et juillet-août, avec ce temps particulièrement maussade ?
Le principal handicap fut le temps, c’est le moins que l’on puisse dire,  mais la saison ne fut pas si mauvaise que ça. C’aurait pu être meilleur, car comme je vous l’ai dit, nous étions partis sur une année de folie. Comme quoi, il faut toujours rester très humble. Ces dix dernières années, nous avons connu plusieurs imprévus avec la marée noire du Prestige, l’échouage du Rokia-Delmas et des incidents climatiques. Nous avons beau mettre tous les outils en place et travailler en amont, tout ça ne résiste pas à la météo. Nous sommes sur une île Atlantique, et il faut être réaliste, nous n’aurons jamais le climat de la Corse.

Y a-t-il eu beaucoup d’annulations ? Car les gens viennent surtout sur l’île pour la plage...
On a deux types de clientèle sur l’île : les habitués qui forment le noyau dur et ceux qui complètent en réservant à la dernière minute. Les fidèles sont venus, malgré le temps. Par contre, l’hôtellerie n’a pas bénéficié de l’apport de cette clientèle de dernière minute. D’après les échos que j’ai, les chiffres sont décevants pour les hôtels.
Il n’y a pas eu d’annulations dans les campings. Les toiles de tente, c’est marginal aujourd’hui, car les gens vont principalement en caravanes et mobile homes. Visiblement, les gens ont décidé de ne pas se faire embêter par le mauvais temps, et le coefficient de convivialité a primé. Le fait que les gens viennent sur l’île de Ré uniquement pour la plage est un marronnier qu’il faut se sortir de la tête. Avec le circuit «les clés du patrimoine», il y a douze sites à visiter. Mais il y a aussi le circuit gourmand ou le circuit des métiers d’art. Sans compter les nombreuses sorties pédagogiques, le cinema La Maline ou le musée Ernest-Cognacq qui ont bénéficié du mauvais temps*…

La crise a-t-elle été ressentie par les commerçants ?
Les restaurateurs et les commerçants sentent qu’il y a des soucis de pouvoir d’achat. Mais il faut faire aussi attention aux prix, notamment sur les marchés. Les marchés sont importants pour l’île, ce sont des lieux de convivialité autant que des lieux d’achat. Et là, les gens ont l’impression qu’on se fout d’eux. On paie souvent cher et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Si les prix continuent à grimper, on risque d’être pris à notre propre piège. L’arbitre, c’est le client. Dans les grandes surfaces, les rayons ont été dévalisés. ça pose question. C’est pareil pour les ventes sur internet. Aujourd’hui, la plupart des hôteliers passent par des prestataires internet spécialisés dans le booking. Le professionnel doit payer une commission au passage. Du coup, ils se retrouvent avec une clientèle d’opportunité, qui croit faire une affaire en réservant sur ces sites, alors qu’elle paierait le même prix en passant directement par l’hôtel. Et du coup, on ne parvient plus à fidéliser la clientèle, et les hôtels se retrouvent avec une clientèle pas forcément adaptée à ses prestations et avec des soucis de cohabitation entre clients. On se tire une balle dans le pied…

Que faire pour corriger cela ?
Il faut aider les professionnels à gérer la relation clientèle pour mieux fidéliser. Aujourd’hui, les clients fractionnent de plus en plus leurs vacances, il faut donc les inciter à venir plusieurs fois dans l’année, quitte à venir moins longtemps. Et il faut travailler sur les ailes de saison. Je dis souvent aux clients de venir avant ou après la saison, s’ils en ont la possibilité. C’est beaucoup plus tranquille, et il y a encore un peu de monde et des animations…
La bonne nouvelle, c’est que la clientèle étrangère revient, après avoir un peu boudé l’île quelques années. Il y a eu pas mal d’Anglais, de Belges, Hollandais, Allemands et même des Espagnols. Nous avons fait beaucoup de promotion à l’étranger et il semble que cela porte ses fruits. Et puis les Scandinaves commencent à pointer le bout de leur nez, grâce notamment à une nouvelle ligne aérienne entre La Rochelle et Oslo. Ryan Air est un moteur incroyable pour l’île de Ré.

* Pour le musée Ernest-Cognacq, la fréquentation, par rapport à 2010, a augmenté de 89,8 % en juin, 48,9 % en juillet et 13% en août.
 
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