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Dossier - Petite histoire de l’or bleu sur l’île
Equipée de réseaux d’eau potable à la fin des années 50, l’île de Ré dépend aujourd’hui exclusivement du continent pour son approvisionnement, depuis que les deux derniers captages locaux ont été abandonnés.
«Ce mauvais équipement en eau, élément essentiel du confort moderne, participa aussi à forger l’image d’un pays en retard sur le progrès.» Comme le rappelle Jean-Marie Renouard dans son ouvrage Baigneurs et bagnards, le raccordement de l’île de Ré aux réseaux d’eau potable n’arriva que tardivement (voir page 9). Jusqu’aux années 50, les Rétais ne pouvaient compter que sur deux sources d’approvisionnement : l’eau de pluie, stockée dans de grandes citernes au fond des jardins, et l’eau des puits, creusés dans presque chaque jardin. Il faudra attendre 1955 pour qu’une première commune, Rivedoux, soit équipée d’un réseau d’eau courante digne de ce nom, grâce au captage de la rue De-Gaulle et à la construction d’un château d’eau aux Bragauds. «C’était une grande nouveauté pour l’époque, une révolution pour le confort», se souvient Didier Bouyer, adjoint au maire de Rivedoux. Le 30 mars 1957, la Régie d’exploitation des services d’eau (RESE), fondée par le Syndicat des eaux de Charente-Maritime, s’occupe de la gestion de ce tout nouveau réseau. Les autres communes, soucieuses d’obtenir elles aussi l’eau courante, s’organisent en deux autres syndicats. «L’île de Ré, c’était un peu un territoire d’Indiens, confie Didier Bouyer. Alors les autres communes ont créé leurs propres syndicats pour avoir une sorte de contre-pouvoir à celui de Rivedoux.» Cette particularité historique se retrouve encore aujourd’hui : si les 9 autres communes de l’île ont délégué la distribution de l’eau à la Saur, Rivedoux reste la seule à être gérée par la Rese… Par contre, le contrat d’assainissement, renouvelé l’an dernier, est délégué à la Saur. Cela crée une autre particularité : les Rivedousais reçoivent deux factures d’eau, une pour l’eau potable, l’autre pour l’assainissement…

Le pont, cordon ombilical
Après 1955, différents captages – la Pierre-qui-vire, les Marattes – permettent la mise en place de nouveaux réseaux d’adduction, notamment à Saint-Martin, La Flotte et Sainte-Marie. Jean-Marie Renouard souligne que la prison de Saint-Martin joua un rôle prépondérant dans l’arrivée de l’eau courante sur ces communes en particulier, et sur l’île de Ré en général. «Suite à un début d’émeute en 1949 à cause du manque d’eau, l’administration pénitentiaire faisait pression sur les élus pour équiper l’île d’un système d’adduction d’eau courante. Si l’eau arriva d’abord à Saint-Martin, La Flotte et Rivedoux, c’est grâce à la prison. Les autres communes durent patienter beaucoup plus longtemps. Surtout, de tous les résidents de l’île, ce sont les relégués, qui, les premiers eurent l’eau courante ! On se souvient que c’était avant la guerre la principale préoccupation du ministère de la Justice, hésitant à ouvrir une prison dans l’île à cause du manque d’eau.»
Très vite, avec le développement touristique et l’accroissement de la population, les stocks de la nappe phréatique sont insuffisants pour satisfaire tous les besoins, et l’eau, souvent saumâtre, reste de qualité moyenne.  Pour recueillir les eaux de pluie, il faut un bassin versant. Or, sur une île, il y a peu de surface pour récupérer l’eau de pluie et la stocker. «Sur les îles charentaises-maritimes, il pleut environ 700 mm par an, pour seulement 200 mm de pluie efficace, cette eau qui au final va rejoindre les nappes phréatiques. Comme il n’y a pas une grande altimétrie sur l’île, une grande partie de l’eau de pluie repart vers la mer.  L’équilibre est très précaire sur les îles», analyse Jacques Lépine, hydrogéologue au Syndicat des eaux de Charente-Maritime.
L’adduction d’eau, enjeu politique fort, fut ainsi une des promesses de tous les candidats aux élections municipales de 1959. L’idée d’importer l’eau directement du continent n’est pas nouvelle. Dès le début des années 50, André Dulin, sénateur et conseiller général, en avait posé les jalons, comme le rapporte Le Phare de Ré du 21 février 1953. «Au cours d’une conversation qu’il a eue avec les maires, M. André Dulin a jeté les bases de la constitution d’un syndicat d’étude pour l’adduction d’eau dans l’île. L’originalité du projet consisterait à amener l’eau du continent dans l’île. Il s’agirait d’une véritable innovation, car jamais encore chose semblable n’a été réalisée en France.» Il faudra attendre le 2 octobre 1965 pour que débutent les travaux de pose d’une conduite sous-marine de sept kilomètres qui alimente les réservoirs de l’écluse aux moines, à La Flotte. D’ici partent les conduites de distribution qui permettent la distribution de l’eau potable dans la totalité de l’île de Ré. Ce n’est qu’en 1971 que toute l’île sera raccordée au réseau d’eau courante. L’augmentation permanente de la consommation et la nécessité de sécuriser les canalisations sous-marines (risques d’arrachage et de corrosion) entraînent en 1988 la création d’une énorme canalisation de 800 milimètres de diamètre, véritable cordon ombilical qui passera… dans le pont !

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 42, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
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