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Vivre à l’année sur son bateau
S’ils sont à peine une dizaine à avoir opté sur l’île de Ré pour ce mode de vie, le phénomène tend à prendre de l’ampleur. Choix de vie par convictions personnelles ou par nécessité financière, nous avons rencontré quatre d’entre eux, de différentes générations, et aux profils bien singuliers.
«Ne pas être dans un principe d’accumulation»
 
Installé dans le port d’Ars-en-Ré, Bertrand Mathieu, adepte de la décroissance, veut lier mode de vie et convictions personnelles.
 


«J’ai été conçu très probablement au pied du phare des Baleines.» Bertrand Mathieu, tranquillement installé sur son beau voilier du port d’Ars-en-Ré, ne manque pas d’arguments pour témoigner de son attachement à l’île de Ré. Originaires de Niort, ses parents venaient passer régulièrement leurs vacances sur l’île de Ré. En 1973, ils acquièrent une parcelle située au Gillieux, à côté du phare de Saint-Clément-des-Baleines, un an avant la naissance de Bertrand Mathieu… Au début des années 80, ces amoureux de l’île achèteront une maison à Saint-Clément, mais Bertrand se souvient que l’acceptation par les locaux ne fut pas évidente… «Si on n’est pas de père ou mère rétaise, on n’est pas vraiment considéré comme Rétais», reconnaît le trentenaire, dont l’intégration va surtout passer par le sport (basket à Saint-Clément) et par son engagement comme pompier volontaire à Ars-en-Ré.
A l’époque déjà, une passion secrète pour les bateaux sommeille en lui, mais sans qu’elle ne se concrétise. Tout juste avoue-t-il avoir passé pas mal de temps sur les pontons à observer les bateaux, «comme d’autres adolescents s’amusent à reconnaître un type de voiture au bruit du moteur». Pour naviguer, il faut des moyens, et l’adolescent a d’autres priorités. Après Maths sup à La Rochelle, il fait des études d’infirmier et s’installe à Paris. Son rêve de vivre un jour sur un bateau refait surface avec la naissance de convictions politiques et philosophiques fortes, et le besoin de liberté. Adepte de la décroissance, critique envers le matérialisme de notre société, il découvre très vite que la vie sur un bateau peut lui permettre d’être en symbiose avec ses idées. On ne consomme pas de la même façon sur un bateau que dans un appartement ou une maison : contraint par l’espace exigu, on se contente du minimum vital. Pas d’objets de décoration superflus, pas d’armoires pleines à craquer de vêtements que l’on ne porte jamais ou si peu, pas de congélateurs ou de frigos remplis à ras bord. Et quand on est installé dans un port, on privilégie la proximité, pas question de prendre sa voiture pour aller faire ses courses. «Je n’aime pas le mot politique, je préfère parler de choix citoyen. Mon souci est de ne pas être dans un principe d’accumulation.» Achats en petite quantités, produits frais et de saison, repas diversifiés… Même au niveau de la nourriture, on peut manger bien et «responsable». «Le frigidaire est plus petit et difficile d’accès, cela m’oblige à faire tout ce qu’on devrait tous faire pour éviter la malbouffe.» Cela oblige aussi à s’organiser pour optimiser l’espace : «Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.» Et tous les papiers importants se trouvent dans une clé USB.
 
Tour du monde en perspective
 
Il achète il y a quatre ans un Océanis 320 de 9,60 mètres de long pour 45 000 €. «Quand on veut vivre dans son bateau, 8,50 mètres de long est le minimum pour le confort. Après, pour des grandes traversées, c’est mieux de prendre autour de dix mètres.» L’avantage d’un studio sur l’eau est de pouvoir changer de cadre de vie au gré de ses envies. Il suffit pour cela de lever l’ancre. La difficulté est de trouver un amarrage à l’année. Pour obtenir le sésame, les listes d’attente sont souvent longues, 7 ou 8 ans en moyenne sur l’île de Ré. Du coup, le bureau du port lui a trouvé une place sur le ponton «visiteurs». Même si la somme à débourser est plus importante que s’il avait un emplacement à l’année (2 400 € contre 1 475 € à l’année, soit presque 1 000 € de plus), cela lui revient largement moins cher que s’il avait décidé de mettre pied à terre. En prenant l’exemple d’un petit studio à 500 €/mois, il lui en coûterait 6 000 euros sur l’année… Et le prix de l’emplacement intègre l’eau, l’électricité et les ordures ménagères. Sans compter qu’il sera propriétaire de son «logement» dans cinq ans, une fois le crédit remboursé. «On trouve un peu tous les cas de figure, entre ceux qui choisissent vraiment par goût, et ceux qui ont trouvé une façon de se loger sur l’île à prix abordable», commente le jeune homme.
Comme tout aventurier digne de ce nom, il se prépare depuis plusieurs mois au prochain départ, dont il n’a fixé ni la date, ni le cap. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il rêve d’un tour du monde. Et plutôt sur dix-quinze ans que sur un an… Son métier d’infirmier peut lui permettre d’exercer dans tous les territoires français d’outre-mer, il pourra donc travailler quelques mois pour réapprovisionner le compte en banque. «Mais si ça se trouve, je m’arrêterai à Barcelone et je ne repartirai pas, plaisante-t-il. De toutes façons, je trace ma route, et je m’arrête quand je veux. C’est la vie qui décidera…» Aujourd’hui, ses convictions se heurtent toutefois au principe de réalité : quel est le meilleur moyen de changer la société ? Y participer, s’impliquer dans la vie citoyenne, ou adopter un mode de vie conforme à ses convictions, quitte à fuir cette société ? Pour tenter de concilier les deux, il envisage un autre acte citoyen : l’écriture d’un livre basé sur l’idée de démocratie citoyenne, afin que le citoyen lambda s’approprie la connaissance pour mieux prendre en main sa destinée. A l’image de ce que Bertrand est en train d’accomplir…

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 43, en vente dans tous les kiosques de l'île.
 
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