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Le pont de l’île de Ré a 20 ans
Entré en service le 19 mai 1988, le pont de l’île de Ré est d’abord une réussite technique : entre le début des travaux en février 1987et l’ouverture à la circulation de l’ouvrage, il ne s’est écoulé que quinze mois. Cet ouvrage a été payé à 100% par le Conseil général, sans un centime de subventions. Pour financer le pont, il a emprunté 91,5 millions d’euros, dont le remboursement, assuré par les recettes du péage, s’échelonne jusqu’au 31 décembre 2011. L’entreprise Bouygues, à qui le Département avait confié le chantier, a utilisé cinquante mille mètres cubes de béton et six mille tonnes d’acier pour dérouler ce tablier de béton de 2 900 mètres de long posé sur 28 piles qui le font culminer à 30 mètres au-dessus de la haute mer.  Le résultat est un bel ouvrage d’un point de vue technique et esthétique. Le choix technique de faire un pont en arc de cercle avec un rayon de trois kilomètres est astucieux et lui donne une élégance que n’aurait pas eue un ouvrage rectiligne.
C’est le 25 avril 1974 que le Conseil général décide la construction d’un pont pour remplacer les bacs, saturés même en hiver, qui infligeaient aux automobilistes, à la belle saison, des attentes pouvant aller jusqu’à six heures. Ont suivi quinze années d’études et de polémiques, les défenseurs de l’environnement, avec à leur tête le commandant Cousteau, craignant l’invasion de l’île par les automobiles et sa transformation en banlieue de La Rochelle. Le tribunal administratif de Poitiers annulera d’ailleurs par deux fois la déclaration d’utilité publique de l’ouvrage, qui conserve toujours des détracteurs. Ainsi Léon Gendre, maire de La Flotte, qui avait exprimé son opposition farouche à l’époque, dans un ouvrage intitulé Mise à mort d’une île : «Pour être franc, je suis nostalgique des bacs, et mon sentiment n’a pas varié. Je considère qu’il ne fallait pas construire le pont mais au contraire réduire la capacité d’accueil et faire, comme à Belle Ile, avec un bateau qui transporte un nombre limité de voitures. Mais ne nous plaignons pas, nous avons échappé au pire, à la sur-urbanisation, mais on aurait pu faire mieux.» Le pont, qui a vu passer près de 3 millions de véhicules en 2006 soit 2,34% de plus qu'en 2005, à comparer avec les 650 000 transportés par les bacs, n’a pas, en effet, provoqué le désastre annoncé. Il faut dire que son ouverture s’est accompagnée du renforcement des mesures de protection de l’environnement insulaire. Le pont a pourtant eu un effet pervers, et de taille : depuis sa construction, les prix de l’immobilier ont quadruplé, avec une accélération sensible ces dernières années. Les mesures de protection qui rendaient une grande partie des terrains inconstructibles ont sauvé l’île mais ont accentué encore la flambée des prix et aujourd’hui les habitants de l’île rencontrent des difficultés pour se loger. Ils sont en concurrence avec des résidents secondaires prêts à engager des sommes importantes. Le pont a pourtant amélioré la vie quotidienne des Rétais, qui bénéficient de la gratuité du passage depuis décembre 2003 : se rendre sur le continent, que ce soit pour étudier, se soigner, se distraire ou travailler, n’est plus synonyme de file d’attente. Et il a aussi donné un coup d’accélérateur aux activités économiques, le tourisme, mais aussi les activités primaires, ostréiculture, viticulture, sel et pommes de terre primeurs. Une incertitude pèse cependant sur l’avenir de l’ouvrage : comment éviter, à partir de 2012, fin du péage, l’envahissement de l’île par les automobiles. Depuis 1999, une partie de la recette (16,50 euros en été) est affectée à une écotaxe reversée aux collectivités insulaires.
Après 2012, l’écotaxe sera pérennisée, mais son montant est plafonné par la loi à 3,05 euros, une somme que les élus estiment insuffisamment dissuasive pour éviter la ruée.

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