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Saint-Martin - La plage du Vert-Clos
La plage du Vert-Clos, aujourd’hui peu fréquentée, est la première plage aménagée à Saint-Martin-de-Ré au cours du XIXe siècle. Elle restera la seule jusqu’en 1924, date de l’aménagement d’une nouvelle plage à la Cible. Elle reste aussi malheureusement associée à une tragédie qui s’y est déroulée il y a 70 ans.
La mode des bains de mer venue d’Angleterre se développe en France sous la Restauration. Dans la première partie du xixe siècle les établissements de bains de mer voient le jour. A La Rochelle est fondée la Société des bains de mer Marie-Thérèse à la place de l’actuel casino. Ces bains de mer ont pour le corps médical des vertus thérapeutiques et les classes aisées vont l’été prendre les bains. Les premières villes balnéaires se développent, telle Royan dès 1820.
Face à ce nouvel engouement et à son développement, le préfet de la Charente-Inférieure signe un arrêté en 1857 sur la police des bains publics, ceux-ci devaient s’exercer dans le double intérêt de la sûreté des personnes et du respect des mœurs. Le premier article stipule qu’«il est interdit à toute personne de se baigner, les hommes sans être couverts d’un caleçon, et les femmes d’un peignoir, sur le rivage de la mer à moins de 500 mètres des maisons habitées et des promenades ou autres lieux fréquentés par le public». Les maires sont chargés de désigner les emplacements qui devront être spécialement affectés à l’usage des bains publics.
Cet attrait des bains n’échappe pas non plus à la petite bourgeoisie et aux classes aisées vivant à Saint-Martin-de-Ré qui commencent à fréquenter la plage. L’installation de cabanes mobiles de baigneurs sur les plages se généralise. Devant ce phénomène et l’occupation sauvage du domaine public, un arrêté de juillet 1873 sur les établissements à créer sur les plages et conches de la Charente-Inférieure pour l’usage des baigneurs règle la question. Les demandes sont formulées à l’administration des travaux publics qui accorde, contre une redevance d’occupation de la plage, l’autorisation d’y installer les cabanes mobiles.
Dès l’arrêté paru, une pétition est faite par plusieurs personnalités de Saint-Martin-de-Ré – M. Bernard, le percepteur, M. Atgier, le receveur des domaines, le curé de la paroisse Manseau, M. Emile Souchet, négociant, l’ancien notaire Foucault et la demoiselle Bourat – par laquelle ils demandent l’autorisation de placer des cabanes de baigneurs sur la plage du Vert-Clos située au nord-ouest de Saint-Martin. Il s’agit somme toute pour certains de régulariser une situation déjà existante. Ces premières demandes sont acceptées et «toutes les cabanes de baigneurs telles qu’elles sont placées sur le plan précis fourni par les pétitionnaires reposent sur des galets apportés par la mer», note l’administration. L’année suivante, le maire de Saint-Martin demande l’adjudication de la plage du Vert-Clos. L’ingénieur en chef du service des Ports de commerce fait remarquer que cela est impossible pour 1874 mais que «rien ne s’oppose à ce que cette adjudication se passe en 1875. Je crois même que dans ce cas particulier ce qu’il y aurait de mieux serait que la commune de Saint-Martin obtint la concession de cette plage que le maire organiserait et administrerait ensuite au mieux des intérêts de la ville de Saint-Martin.» En 1876, la mairie demande alors qu’une partie d’une longueur de 100 mètres soit réservée sur la plage du Vert-Clos pour les propriétaires de cabanes. Cette longueur de 100 m est mesurée à partir du mur des fortifications, au pied de la rampe d’Ormeau, en se dirigeant au nord-ouest. Les 300 mètres suivants sont mis en adjudication. Le maire propose «que la partie de la plage qui vient à la suite forme une longueur de 400 mètres qui sera mise à la disposition des indigents et des baigneurs qui ne se servent que de caleçons de bains». Les demandes de particuliers pour établir une cabane de bains sur la plage du Vert-Clos continuent. Vers 1880, on peut estimer qu’il existe une quinzaine de cabanes. La population aisée martinaise se doit d’être à la mode et avoir sa cabane sur la plage en est un signe. Dame Capdeville, supérieure des sœurs de Saint-Vincent de Paul à Saint-Martin-de-Ré, fait quant à elle sa demande en 1887. Voici ce qu’on peut lire en 1899 sur cette plage dans l’ouvrage sur les Bains de Mer de l’Etat dans la collection des guides-Joanne, l’ancêtre du guide du routard. Pour s’y rendre, il faut sortir de la ville par «la porte des Campani, sortie de Saint-Martin vers l’ouest. Le premier chemin qui se détache à droite de la route, en dehors des remparts, conduit en 6 à 8 minutes, après avoir longé à gauche les murs d’une grande ferme, au pied d’une falaise, à la plage (quelques cabanes), laide, couverte de pierrailles et de varech, mais offrant une jolie vue à droite sur l’entrée du port de Saint-Martin, à gauche sur la côte et sur le Fosse de Loix jusqu’au fort du Grouin.» Cette plage du Vert-Clos tient son nom d’une petite maison rurale à étage avec pigeonnier dans un clos contenant un cellier, construite à la fin du xviie siècle et qui est entourée de vignes en cette fin du xixe siècle. Au tournant du siècle, les demandes de cabanes de la part de Martinais se font aussi au profit des plages de sable de la côte sud notamment celles des communes du Bois et de La Couarde. En mai 1904, deux conseillers municipaux font une proposition pour «l’amélioration de la plage de Saint-Martin en vue d’attirer ou de retenir dans notre ville pendant la saison balnéaire un certain nombre d’étrangers». Une subvention est accordée pour «l’achat de sable qui sera employé en expériences à faire sur les effets des courants ou marées sur le point de la plage dont il s’agit au Vert-Clos». L’année suivante, la commune du Bois demande une subvention à Saint-Martin-de-Ré pour les travaux de reconstruction du chemin d’accès à la plage de Gros Jonc «en raison des facilités que trouveraient désormais un certain nombre de personnes de Saint-Martin ou leurs hôtes pendant l’été pour se rendre à la mer sauvage». Saint-Martin offre les pensions et les facilités de logement mais point de belles plages de sable comme toute la côte sud de l’île semble ajouter la commune du Bois. La municipalité de Saint-Martin ne donne pas suite à cette demande car d’une part elle fait des efforts pour la plage du Vert-Clos et d’autre part elle estime que la plage de Gros Jonc est «encore très éloignée de la ville de Saint-Martin».
Les opinions changent rapidement car, dès 1912, la commune prête son concours financier à un entrepreneur de transport de baigneurs de Saint-Martin aux plages du littoral sud (Gros Jonc, la Golandière ou la Couarde) car «le service entrepris par lui ne peut qu’avantager Saint-Martin parce qu’un certain nombre de baigneurs seront portés à s’y loger de préférence pendant la saison estivale y trouvant plus de facilités qu’ailleurs pour l’approvisionnement». Les intérêts touristiques sont davantage pris en compte par la commune comme en témoigne la création d’une commission balnéaire après les élections communales de 1912.

Une nouvelle plage près de la citadelle

Après la première guerre mondiale, en août 1923, le maire préconise la création d’un syndicat d’initiative «pouvant servir d’intermédiaire entre les baigneurs touristes ou excursionnistes et les loueurs d’appartements, hôteliers et commerçants». La plage du Vert-Clos ne semble plus suffisamment adaptée aux besoins des baigneurs. Un nouveau projet de création et d’aménagement d’une petite plage dans le voisinage de la Barbette, avec la construction d’un escalier pour y donner accès, est d’actualité en novembre 1923. La nouvelle plage s’installe désormais à la Cible, du nom du lieu où les militaires faisaient leurs exercices de tir. Elle prend alors le nom de Citadelle-Plage. L’accès à la plage par le passage de la citadelle est enfin accessible en 1925 pour les baigneurs tandis que des travaux d’ensablement commencent. L’année suivante, une partie de l’ancienne passerelle du sas du bassin de La Pallice est acquise pour être placée sur le fossé extérieur de la fortification de la citadelle pour donner l’accès direct à la plage. Néanmoins, les «baigneurs», forme exclusive de touristes de plage, sont toutefois limités en nombre. Ils ont tous un visage humain. Les journaux locaux annoncent régulièrement la liste des baigneurs présents sur les plages de l’île de Ré. Les baigneurs ne sont pour l’été 1927 guère plus de quelques milliers sur l’île de Ré auxquels il faut ajouter les 1 120 enfants des 11 colonies de vacances éparses sur Ré.

Noyade tragique de six filles

Les efforts de la municipalité se portent désormais sur la nouvelle plage qui prendra plus tard le terme définitif de plage de la Cible. Quant à la plage du Vert-Clos, elle n’est pas pour autant complètement abandonnée car les enfants du préventorium Louise de Bettignies, créé en 1927, et certaines colonies de vacances, prennent l’habitude de s’y promener et d’y rechercher des coquillages, la plage se situant à côté de quelques terrains achetés par le préventorium. Malheureusement, la plage du Vert-Clos fait parler tristement d’elle pendant l’été 1938. Saint-Martin-de-Ré va connaître une des ses plus douloureuses histoires. Cinq fillettes ainsi que leur surveillante disparaissent lors d’une promenade sur la plage au lieu-dit l’Ormeau. Le mardi 2 août, quatorze jeunes filles d’une colonie de vacances détachée au préventorium Louise de Bettignies effectuent une promenade sur la plage du Vert-Clos. Les jeunes filles étaient à la recherche de coquillages et avaient de l’eau à peine au niveau des genoux lorsqu’une d’entre elles tombe dans une sorte de fosse. Ses camarades une à une tombent dans le même piège en voulant lui porter secours. Leur surveillante au contact de l’eau coule immédiatement, victime d’une congestion. Les six victimes moururent noyées, victimes de la mer. Le drame aurait pu être pire si une des surveillantes qui savait nager n’avait pas sauvé deux autres enfants. Les fillettes étaient originaires de Paris, des Vosges et des Deux-Sèvres. Cette tragédie a ému profondément l’île entière et les nombreuses colonies d’enfants présentes. Le président du préventorium et député, Pierre Taittinger, rappelait le caractère exceptionnel du drame car «ayant accueilli près de 6 000 jeunes gens depuis 1927, nous n’avons eu en tout et pour tout que quelques bras cassés».
Le journal local Le Rhétais rappelle à l’occasion une formule toujours malheureusement d’actualité : «Méfiez-vous de la mer, c’est une charmeuse mais c’est aussi une voleuse.»
Par Christophe Bertaud

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