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Ars - Des collectionneurs pépiniéristes
Quand Hélène et Bruno Derozier parlent de leur pépinière, ils disent «le jardin». Ce n’est pas bien grand – tout juste 400 m², certains de leurs clients disent en plaisantant que c’est la plus petite pépinière de France – et pourtant ils cultivent là 400 variétés de plantes adaptées au milieu ambiant, le bord de mer.
Bruno est un collectionneur. Depuis 16 ans – il en a 42 –, il parcourt la France pour trouver de nouvelles variétés de bord de mer, des plantes qui ne nécessitent qu’un minimum d’entretien, résistantes à la sécheresse. Pratiquement un week-end sur deux  est consacré à cette recherche : Bruno expose et échange des connaissances avec ses confrères. Il fouine, déniche une nouveauté… Au retour, avec Hélène, ils la testent, la font grandir, bouturent. Si la plante leur plaît, ils la reproduisent même si cela ne marche pas à tous les coups… Au fil du temps, ils ont créé une véritable collection qu’ils mettent en culture.
Hélène est devenue pépiniériste par amour. Ce qu’elle aime, c’est le commerce (son premier métier), le contact avec les gens, elle aime aussi gratter la terre (son origine de Salers dans le Cantal sans doute), elle répertorie les espèces, en fait un catalogue et elle apprend en écoutant Bruno. «J’enregistre tout ce qu’il dit», dit-elle gentiment. Sans être aussi passionnée que lui : «Je ne parle pas que de cela nuit et jour, alors que lui, oui, il faut le débrancher !» Mais elle s’y connaît vraiment bien  maintenant depuis quatre ans qu’elle vit au milieu de son jardin. Il faut la voir, assise dans la serre faisant ses semis, replantant, coupant. Elle connaît tous les noms des plantes pour lesquelles elle recherche la bonne orthographe, l’origine, la résistance. Et elle les prend en photo pour son «book».
On les surprend tous les deux en train de toucher les plantes, les caresser...
Jusqu’à 26 ans, Bruno travaillait dans la restauration et en avait assez de vivre confiné. L’espace lui manquait, et il avait envie d’un travail à l’air libre. «A part quelques plantes d’appartement et un petit bout de balcon, c’est tout ce que je connaissais du jardin». Un jour, il a pu acheter un terrain dans la zone artisanale d’Ars, et là, le déclic ! Devenir propriétaire d’une terre lui a donné l’envie de créer un jardin. Pendant un an, il est donc retourné sur les bancs de  l’école pour une formation «Jardins espaces verts avec une spécialité dans la pépinière», dans le Lot-et-Garonne, à Nérac. Changement de profession, découverte d’une passion. Il se rappelle le nom de ses maîtres en horticulture qui l’ont initié, lui ont inoculé le virus,  Monsieur Dubois, professeur de reconnaissance de végétaux, et un paysagiste belge, Jean de Kippler, «un monsieur fou de paysage, fou de maçonnerie paysagère. S’engager à faire une pépinière sur 400 m², se souvient-il, ce n’était pas gagné, si j’avais écouté tous mes profs, ce n’était pas possible.» Mais Bruno est têtu. Patiemment, il a d’abord répertorié la végétation locale naturalisée sur l’île (et ce n’est pas fini semble-t-il), et à partir de là il a essayé de trouver des variétés à caractère ornemental, le but du jeu étant de créer des jardins avec ces plantes. «Je ne cesse d’apprendre tous les jours, je n’aurai pas assez d’une vie pour tout savoir.»
Hélène,  au départ, de son propre aveu, ne savait reconnaître que deux ou trois variétés basiques : le genêt, la lavande… Elle apprécie les plantes quand elles sont petites et aime les voir grandir. «Le soir, quand tu les arroses, dit-elle avec humour, tu te dis, ah qu’elles sont belles mes plantes, c’est le moment que je préfère, elles sont contentes, je leur donne de l’eau.» Aujourd’hui, elle ne fait pas encore les boutures, car il faut savoir tailler la plante, ce qu’elle apprend au côté de Bruno. Mais elle aussi, qui a fait dix ans de restauration, trouve que ce métier est quand même moins fatiguant, même si elle a eu, cet hiver, une grosse tendinite au bras.
Ils ont du mal à l’avouer, mais ils ont des chouchous, Hélène, c’est plutôt le Sempervivum, «en latin, ça veut dire qui vit toujours, même s’il  reste petit». Bruno, ce sont les plantes à odeur, «parce que pour moi l’odeur dans le jardin c’est important… tu frottes, tu sens tes doigts. Mais, ajoute-t-il, elles ont toutes de l’intérêt à mes yeux, soit des intérêts de feuillage ou de floraison, et entre autres de pouvoir se débrouiller seules une fois qu’elles sont installées.» Ils apprécient leur jardin été comme hiver, comme ce sont des feuillages persistants, «l’hiver avec un petit rayon de soleil, c’est très beau». Leur collection est composée d’euphorbes, d’absinthes, de santolines,  de cistes, d’hélichrysum… Une collection de feuillage gris, résistant à la sécheresse. Leur métier est complet et complémentaire : création de jardins et  production de plantes. Bruno est le seul à l’île de Ré à faire ainsi. «C’est une collection personnelle qu’on a mise en culture !»
Que font Bruno et Hélène quand ils sont en vacances ? Ils visitent des jardins botaniques ! Le dada de Bruno en ce moment : le recyclage des produits de tailles – le BRF en langage technique –, il lit, se documente…
Leur rêve à tous les deux : créer un jardin botanique de bord de mer, sur l’île de Ré, spécialisé évidemment dans les plantes de bord de mer, résistantes à la sécheresse. Ils cherchent un terrain agricole où ils pourront un jour exposer leur passion, la faire partager, l’ouvrir au public. Une fois le terrain trouvé, il leur faudra au minimum cinq ans pour que les plantes soient à maturité.
Encore de beaux projets en perspective  pour la Criste Marine !

La Criste Marine – Zone artisanale – 50, route de la Prée à Ars-en-Ré au 05 46 29 28 48.
cristemarine@hotmail.fr

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