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Quand la Chine lorgne sur le savoir-faire rétais
La province du Guangdong, l’une des plus peuplées de Chine, souhaite imiter la réussite commerciale, touristique et environnementale des marais salants. Ses représentants ont fait appel à l’entreprise Esprit du sel, qui pourrait bientôt décrocher le gros lot.
Quand la mondialisation n’a plus de frontières, et touche aussi au terroir. C’est une visite passée presque inaperçue, et qui vaut pourtant son pesant… d’or blanc ! Les gérants d’Esprit du sel ont voulu rester discrets lors de la visite d’une délégation chinoise sur l’île de Ré, l’an dernier. Un premier contact avait déjà été pris en 2010. «J’ai reçu un appel pour recevoir un groupe de Chinois qui était à Paris, mais ça n’a finalement pas abouti», confie Jean-Michel Pelin, le gérant. En avril 2011, bis repetita. Zhang Daiting, secrétaire général adjoint d’Europe China Commercial Union (ECCU), contacte l’entreprise Esprit du sel, afin d’organiser la visite de sept hauts fonctionnaires chinois, intéressés par les salines rétaises. «Ça a été le branle-bas de combat, reconnaît Jean-Michel Pelin. J’ai aussitôt alerté la Chambre de commerce et d’industrie de La Rochelle afin de mettre au point l’organisation.» Vu l’enjeu potentiel pour Esprit du sel, aucun détail ne doit être laissé au hasard, la première prise de contact s’avérant souvent décisive en terme de «business» (voir interview page 7). Du 25 au 27 mai, l’entrepreneur reçoit le gouverneur de la province de Guangdong en personne, accompagné des responsables locaux du sel de la province. Outre la récolte de la fleur de sel et les techniques de façonnage des marais salants, Jean-Michel Pelin propose à la délégation une découverte de quelques autres fiertés rétaises : la coopérative des sauniers, l’écloserie de naissains d’huîtres Grainocéan, le chantier naval Latitude 46 – qui crée les prestigieux Tofinou – et la production ostréicole de La Cabane Océane à La Flotte. Mais les Chinois sont là pour le sel, et pour parler «business». Pour honorer les convives, une petite réception est organisée à la mairie d’Ars-en-Ré : le maire Jean-Louis Olivier fait un petit discours d’accueil, avant de remettre au gouverneur la médaille d’honneur de la commune. «Je leur ai dit que l’île de Ré devait leur sembler bien minuscule, avec nos 18 000 habitants face aux 120 millions d’habitants de cette province. Et qu’il en était de même pour la production de sel, où nous apparaissons comme un micro-territoire», ironise l’édile. Au Guangdong, la saliculture fournit 200 000 tonnes de sel par an, et emploie 7 000 salariés, contre 3 000 tonnes et une centaine de sauniers sur l’île de Ré.

 
Un produit basique valorisé
 
Aujourd’hui, Jean-Michel Pelin avoue encore ignorer pourquoi les Chinois se sont intéressés à Esprit du sel en particulier, mais il est hautement probable qu’il récolte le fruit de plusieurs voyages à Shanghai, Hong-Kong et Pékin, dont un organisé en 2007 par l’intermédiaire d’Ubi France. «Il n’y avait rien eu de concret, mais j’avais distribué pas mal de cartes de visite, et les Chinois avaient montré de l’intérêt pour notre activité. C’est sûrement le début de l’histoire…» Par ailleurs, Esprit de sel avait embauché une stagiaire chinoise en 2008...
Au-delà du sel de l’île de Ré, produit relativement basique que les Chinois savent produire depuis des lustres, c’est la fleur de sel qui les intéresse en premier lieu. «Ils voulaient savoir comment nous avons réussi à valoriser un produit aussi basique que le sel.» Il faut dire que Jean-Michel Pelin est un maître en la matière. En 1986, alors que la production de sel est en plein déclin sur l’île de Ré, il prend l’initiative de la création de la maison du marais salant. Dans la foulée, il a l’idée géniale de commercialiser la fleur de sel puis de lancer des sels aromatisés. «Je voulais donner une valeur ajoutée à notre production, car la profession était en déclin. C’était compliqué car il y avait peu de volonté politique à l’époque», se souvient le précurseur.
La conjonction de l’approche culturelle et touristique (découverte du métier de saunier par la maison du marais salant), naturelle (l’entretien et la réhabilitation des marais) et commerciale (lancement de la fleur de sel et de nombreux produits dérivés) porte rapidement ses fruits, et le sel devient bientôt «l’or blanc» de l’île de Ré. De jeunes sauniers se réinstallent peu à peu sur l’île, qui en compte aujourd’hui une centaine. C’est l’histoire de cette réussite commerciale et touristique qui a semble-t-il bluffé les Chinois. «Quand ils sont venus, ils connaissaient déjà très bien l’histoire. En gros, ils veulent faire chez eux ce qu’on a réussi dans l’île de Ré», explique Jean-Michel Pelin.

Retrouvez la suite de ce dossier dans Le Journal des Propriétaires de l'île de Ré n° 44, en vente dans tous les kiosques de l'île.


 
 
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