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Rivedoux - La commune octogénaire
La commune de Rivedoux a 80 ans. Elle est la plus jeune commune de l’île de Ré dont la naissance remonte à mars 1928. Cependant, près d’un quart de siècle de tractations a été nécessaire pour que ce hameau de la commune de Sainte-Marie-de-Ré prenne son indépendance.
C’est à la Révolution que sont créées les communes en France. Sur l’île de Ré, 8 premières communes sont ainsi constituées, Ars-en-Ré, Le Bois-Plage-en-Ré, La Couarde-sur-Mer, La Flotte, Loix, Sainte-Marie-de-Ré, Saint-Martin-de-Ré et Les Portes-en-Ré. Au cours du xixe siècle, la commune de Saint-Clément-des-Baleines s’ajoute à cette liste en 1874. Et, en 1928, la commune de Rivedoux voit le jour. Elle est constituée par détachement d’un territoire de la commune de Sainte-Marie-de-Ré dont le hameau dépendait.
Les rivalités politiques locales tout comme l’engagement personnel et le combat d’un homme, Théodore Porsain (photo ci-dessous), ont été des éléments importants de la création de la commune. Mais c’est dans les caractéristiques géographiques de Sainte-Marie-de-Ré que l’on trouve cette volonté d’indépendance. La commune de Sainte-Marie est un vaste territoire constitué d’un bourg et de deux principaux hameaux importants, Rivedoux et La Noue, à distance du chef-lieu communal.

La commune de La Noue

Ce sont les électeurs du village de La Noue qui sont les premiers à réclamer en 1888 l’érection de leur village en commune. Le 21 mai, 184 électeurs sur les 229 électeurs de La Noue forment un comité et adressent une lettre au ministre de l’Intérieur expliquant les raisons de cette «demande en séparation du chef-lieu de la Commune». Une enquête est faite en septembre par un commissaire enquêteur délégué à cet effet par le préfet. En mai 1890, les cinq membres de la commission syndicale du village de La Noue «témoignent de leur désir de faire cesser l’antagonisme qui existe entre les deux communes de la section». Ils «indiquent les bases sur lesquelles une entente pourrait intervenir», à savoir un vote de crédits supplémentaires pour l’acquisition de l’école des garçons de La Noue, l’établissement prochain d’une école de filles contiguë et la construction de digues devant le village. Ils obtiennent satisfaction et le hameau reste attaché à Sainte-Marie-de-Ré.
Une dizaine d’années plus tard, le mécontentement vient de l’autre section de la commune, le village de Rivedoux, qui regroupe alors 524 habitants. En 1904, le hameau demande à s’ériger en commune pour plusieurs motifs. Les habitants mettent en avant le service défectueux de la poste, l’éloignement de la mairie à plus de 4 kilomètres et le refus du conseil municipal de donner satisfaction à toutes les demandes formulées par les villageois. Un commissaire enquêteur est nommé. La formation d’une commission syndicale de 5 membres élus par les 143 électeurs du village est constituée en 1905. Le préfet invite aussi la mairie de Sainte-Marie-de-Ré à donner son avis et à délibérer sur les conditions de séparation. Le 29 juin 1905, le conseil municipal rend un avis défavorable à la demande des électeurs du village de Rivedoux au motif que les arguments avancés ne sont pas recevables.
Mais ce refus repose avant tout sur la crainte de voir l’émiettement de la commune de Sainte-Marie-de-Ré en trois communes distinctes. Le conseil municipal rappelle que «cette tentative de démembrement de la commune de Sainte-Marie-de-Ré pourrait avoir d’autres conséquences plus grave encore. Attendu qu’il existe dans la commune une autre agglomération constitué par le village de La Noue, plus importante que celle de Rivedoux et possédant en propre deux fois plus de revenus. Si ce village, qui a déjà demandé lui aussi son érection en commune séparée, venait à renouveler sa demande en se prévalant de l’érection en commune de Rivedoux, il serait difficile de lui refuser le même traitement.» En 1907, le préfet confirme ce refus et annonce que la demande des Rivedousais ne peut être accueillie et que «les différents intérêts envisagés dans la pétition peuvent recevoir satisfaction sans qu’il y ait lieu de créer une nouvelle commune».
Pour autant, l’idée n’est pas abandonnée et on assiste à d’autres manifestations d’indépendance du village de Rivedoux comme par exemple les célébrations organisées annuellement pour le 14 juillet, puis celles du 11 novembre dans le hameau. Cette volonté de sédition et d’antagonisme villageois se trouve exacerbée avec la question de la construction d’un monument aux Morts dans le village. Face au refus de Sainte-Marie-de-Ré de les soutenir financièrement dans ce projet, les habitants ouvrent une souscription pour l’exécution de ce monument. Témoignage manifeste d’une identité rivedousaise, le monument est inauguré le 23 août 1925 entre villageois.
Dès le 7 septembre, 156 électeurs du village de Rivedoux demandent au préfet, vingt ans après leur première sollicitation, l’érection d’une nouvelle commune. Les arguments d’hier sont encore de mise mais, retenant les leçons de l’échec précédent, une nouvelle stratégie est adoptée. Les électeurs rivedousais font valoir que leur «village pourrait prendre une plus grande extension s’il s’administrait lui-même». De plus «la population de Sainte-Marie-de-Ré et de La Noue est essentiellement agricole tandis que Rivedoux a  surtout des intérêts maritimes, ostréicoles, commerciaux et balnéaires et si nous étions érigés en commune, nous pourrions satisfaire ces intérêts et aider à leur développement par l’amélioration de notre port et par l’embellissement et l’aménagement de notre station balnéaire… Si nous ne sommes pas séparés de Sainte-Marie, nous serons toujours une minorité sacrifiée, alors que nous pourrions, par nos propres moyens, devenir une des communes les plus florissantes de l’île de Ré.»
Le 26 décembre 1925, la commune de Sainte-Marie-de-Ré donne de nouveau un avis défavorable à la demande des électeurs du village de Rivedoux reprenant les arguments de 1905. Un collectif d’élus municipaux de Sainte-Marie des 20 dernières années demande au Département de la Charente-Inférieure d’appuyer cet avis défavorable car «Rivedoux a toujours été l’objet de leur sollicitude la plus constante : les diverses créations et améliorations apportées à ce village pendant cette période en témoignent». Pour autant, l’année suivante, le rapport du préfet est en faveur du projet de création de la commune de Rivedoux. Il se base sur les arguments suivants : prospérité du village, modicité des dépenses à faire pour le transformer en commune et éloignement du chef-lieu. Il ajoute que «Rivedoux est alors un village de 532 habitants dont la population s’accroît régulièrement et devrait continuer compte tenu de la situation géographique du village qui, situé à l’extrémité sud de l’île de Ré, est en même temps tête de ligne du chemin de fer insulaire et le point le plus rapproché du continent. Le hameau compte déjà une école de garçons et une de filles où sont recensés en tout 53 élèves, un bureau de poste et un cimetière. Seule une salle de mairie serait à construire.»

Rivedoux-les-Bains

Le préfet transmet son rapport à son ministre de tutelle, le ministre de l’Intérieur. Lors de la constitution du dossier, la commission syndicale avait demandé que la nouvelle commune soit dénommée Rivedoux-Plage, la préfecture lui préfère la dénomination de Rivedoux-les-Bains en janvier 1927.
Le 17 janvier 1928, l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale sont amenés à prendre position sur «le projet de loi tendant à distraire de la commune de Sainte-Marie-de-Ré la section de Rivedoux pour l’ériger en commune distincte». Le député charentais Pierre Taittinger est contre cette séparation et se fait le défenseur de Sainte-Marie-de-Ré. Le ministre de l’Intérieur rappelle que «cette question est en suspens depuis 24 ans. Il y a à côté de l’agglomération de Sainte-Marie-de-Ré une agglomération maritime dont les intérêts sont essentiellement différents de ceux de la commune de Sainte-Marie-de-Ré, qui est principalement agricole. Rivedoux est un centre maritime et balnéaire qui ne demande qu’à se développer et qui ne peut le faire qu’à condition d’avoir son autonomie communale. […] L’agglomération de Rivedoux tend à prendre une importance croissante à raison du nombre des baigneurs qui y viennent chaque année et à raison de ses relations avec La Pallice.» Le conseil d’arrondissement de La Rochelle et le Conseil général de la Charente-Inférieure sont eux favorables à l’érection de Rivedoux en commune. Le projet de loi est alors soumis au vote des 525 parlementaires qui l’adoptent à une large majorité, 375 voix pour contre 150. Le mardi 21 février, le Sénat, sans débat, en fait de même.
Cette décision ne provoque pas pour autant de grandes célébrations ou de réjouissances dans la presse locale. L’annonce dans Le Journal de l’Ile de Ré (ancien Réthais) ne fait que cinq lignes dans l’édition du 21 février sous le titre «Nous sommes définitivement commune». Le journal républicain Le Réveil de l’Ile de Ré ironise quant à lui dans l’édition du 3 mars en remerciant le maire de Sainte-Marie-de-Ré «si nous avions eu devant nous un maire républicain, nous n’aurions jamais obtenu notre érection en commune. Allons, vieux camarade, je t’adresse en cette triste circonstance mes condoléances émues.»
La loi du 24 février 2008 est promulguée au Journal officiel du 4 mars 1928 : «L’article 1 stipule que le territoire de la commune de Sainte-Marie-de-Ré est divisée en deux communes dont les chefs-lieux sont fixés à Sainte-Marie-de-Ré et à Rivedoux et qui porteront respectivement les noms de Sainte-Marie-de-Ré et de Rivedoux-Plage.» S’ensuit le décret d’application du 11 mars 1928. Quelques mois plus tard, aux 375 premiers hectares, la commune de La Flotte cède sans difficulté 75 hectares à proximité du port de Rivedoux au motif qu’«ils sont situés à quatre kilomètres du chef-lieu de La Flotte et que les habitants de Rivedoux en sont propriétaires».
Des élections sont mises rapidement en place pour aboutir le 8 avril 1928 à l’élection du premier maire de Rivedoux-Plage, Théodore Porsain, initiateur et principal artisan de cette nouvelle commune.

Sources : Archives départementales de la Charente-Maritime.

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