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Un tunnel de 28 mètres sous la prison
Activistes de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) dans les années 60, Jean-François Collin et Paul Stefani furent à deux doigts de réussir l’une des plus incroyables évasions d’un établissement pénitentiaire. Cinquante ans plus tard, voici leur témoignage exceptionnel.
Par Mathieu Delagarde, envoyé spécial à Hyères
 

«Alors comme ça, vous venez de l’île de Ré ? Je connais très bien, j’y ai vécu pendant cinq ans !» Nous sommes à Hyères, petite cité balnéaire paisible à proximité de Toulon, où Jean-François Collin coule une retraite paisible avec son épouse et ses quatre enfants. Rien, sauf un détail, ne laisse présager le passé tumultueux de ce septuagénaire : une immense cicatrice sur son bras droit. On est en août 1960, Jean-Claude, sous-lieutenant de l’armée française dans un régiment de parachutiste, combat les rebelles algériens dans la région de l’Ouarsenis. Les troupes du Front de libération nationale (FLN) tentent alors, par tous les moyens, d’obtenir le départ des troupes françaises pour accéder à l’indépendance du pays. L’Algérie est un territoire français – composé de trois départements – depuis 1830… Lors d’un accrochage, Jean-François est grièvement blessé au bras. Il est d’abord transporté à l’hôpital d’Alger, avant d’être transféré à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce. «J’ai failli perdre mon bras. A Alger, le chirurgien m’a dit qu’il fallait m’amputer. Je lui ai répondu : si tu me coupes le bras, je te tue. Il ne l’a pas fait», raconte-t-il. Alors qu’il suit une rééducation pendant de longs mois à Paris, la situation politique évolue très vite. Elle voit le général De Gaulle, jusqu’alors partisan du maintien de l’Algérie dans le giron français, évoluer vers l’idée d’indépendance. «Dès le 16 septembre 59, lorsque De Gaulle a parlé d’association ou d’auto-détermination, on a su que c’était la porte-ouverte à l’abandon.» 
 
Le chef des barbouzes pour cible
 
Pour Jean-Claude, dont la famille est installée en Algérie depuis deux générations, l’idée est insupportable et De Gaulle devient le traître absolu. Le 11 février 1961, Jean-Jacques Susini et Pierre Lagaillarde, militants de l’Algérie française, fondent à Madrid l’Organisation de l’armée secrète (OAS), regroupement de militaires et de civils, qui décident d’utiliser tous les moyens1 pour contraindre le gouvernement à revenir sur sa décision. Quelques mois plus tard, le 22 avril, se déroule à Alger le putsch des généraux, suivi par environ 200 officiers de l’armée française. Si le putsch fait vaciller le pouvoir gaulliste, il est finalement un échec. Les conspirateurs rejoignent alors les rangs de l’OAS, afin de poursuivre le combat. Jean-François Collin, militant depuis son adolescence de l’Algérie française, décide de s’engager aux côtés de l’OAS. «Après le putsch de 61, j’ai décidé de déserter le Val-de-Grâce, même si je continuais clandestinement à m’y faire soigner grâce au professeur Faure, proche de nos idées.» C’est lors d’une de ces visites qu’il apprend la présence dans l’hôpital d’Yves Le Tac, blessé lors d’un accrochage avec l’OAS. Ce dernier n’est autre qu’un des principaux chefs des barbouzes, ces hommes engagés discrètement par le pouvoir gaulliste afin d’éliminer les membres de l’OAS ! «C’était notre ennemi juré. J’ai donc immédiatement prévenu les chefs de l’OAS Métro2 Sergent et Godot, qui m’ont chargé de monter une opération pour l’éliminer.» 
Celle-ci est compliquée par la présence de gardes-mobiles à l’entrée de la chambre, mais après quinze jours de reconnaissance, Jean-François Collin lance l’opération avec quatre acolytes. Le garde-mobile assis à l’entrée de la chambre est intercepté, mais bascule à l’intérieur de la chambre. Yves Le Tac se jette alors sous son lit. Un des deux gardes-mobiles présent dans la chambre saute par la fenêtre, l’autre est tué par le commando, mais a le temps de blesser gravement un des membres de l’OAS. D’autres gendarmes rappliquent et le commando doit prendre la fuite. Un fiasco. D’autant que la mort d’un garde-mobile en plein Paris fait la une des journaux. «Nous étions pourtant très expérimentés en tant que para, mais tout s’est mal goupillé», s’agace Jean-François Collin. Recherché par toutes les polices de France, il est finalement intercepté quelques jours plus tard, et assume seul la responsabilité de l’opération. On lui propose 200 000 francs et un passeport pour l’Amérique du Sud pour livrer les chefs de l’OAS Métro. Il refuse, avant d’être condamné à 12 ans de réclusion par un tribunal militaire. Direction Fresnes, puis la caserne Thoiras de la prison de Saint-Martin-de-Ré, qui abrite alors près de 300 militants de l’OAS ! 
 
 
Retrouvez la suite de ce témoignage dans le n° 47 vendu en kiosque sur l'île
 
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