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Plan de prévention des risques - L’île de Ré va-t-elle connaître le même sort que Noirmoutier ?
Le plan de prévention des risques littoraux de l’île vendéenne, soumis à la phase de concertation depuis le 19 octobre, aura des conséquences importantes en terme d’urbanisme. Sur place, l’inquiétude a laissé place à la colère et la mobilisation. Reportage.
On est dans le lotissement des Francs, à la Guérinière, l’une des quatre communes qui composent l’île vendéenne de Noirmoutier. Ici, règne un mélange d’incompréhension et de colère chez les propriétaires, abasourdis par le projet de Plan de prévention des risques présenté le 19 octobre par la préfecture. Sur l’ensemble des 15 000 maisons noirmoutrines, 6 500 seraient concernées ! Sans parler des terrains constructibles, achetés à prix fort, et dont certains se retrouvent aujourd’hui en zone rouge d’interdiction. Jean-Loup Pottier, propriétaire d’un pavillon, a décidé de sonner la révolte dans ce lotissement dont le classement en zone bleue n’est pourtant qu’un moindre mal. Sauf qu’en 2011, Jean-Loup Pottier, en bon père de famille, achète un terrain constructible (zone «Uc») de 1 300 m2 pour 235 000 € afin de le découper en quatre lots et d’y construire quatre maisons pour chacun de ses enfants. Ce terrain, situé en plein milieu du lotissement à trente mètres de son actuelle demeure, est classé par le projet de PPRL en zone rouge «d’interdiction». «Au départ, tout le lotissement était en rouge, mais les élus ont fait pression auprès de la préfecture pour que les zones denses soient classées en bleu, croit savoir le propriétaire. Mais les parcelles non bâties sont restées en rouge.» Début 2012, il dépose un permis de construire qui lui est refusé «par application de l’arrêté préfectoral mentionnant le PPRL». Après un recours gracieux, il redépose un permis de construire en mentionnant les cotes NGF du terrain. Nouveau refus pour «risque de submersion de 1 à 2 mètres d’eau». S’appuyant sur le fait que le PPRL n’est pas encore officialisé, il vient de saisir le tribunal administratif pour «excès de pouvoir» le 15 octobre. Selon cet ancien élu, près de 300 terrains seraient rendus inconstructibles par l’application du PPRL, rien qu’à la Guérinière, commune la plus touchée de l’île en terme de bâti.
Aujourd’hui, la contestation gagne toute l’île, où un Collectif de défense des intérêts des particuliers, professionnels et propriétaires (CDI) vient de se créer réunissant près de 250 personnes lors de sa première réunion, le 25 octobre. Le CDI compte faire pression sur l’Etat afin qu’il revoit sa copie sur le fonds, avant le lancement en début d’année prochaine de la phase d’enquête publique, étape décisive avant l’application du nouveau PPRL.
Ce qui peut légitimement inquiéter sur l’île de Ré, c’est que la méthodologie appliquée à Noirmoutier, basée sur la circulaire nationale du 27 juillet 2011, sera la même partout. A Noirmoutier, le niveau marin de 4,20 NGF de Xynthia est retenu comme niveau de référence du PPRL (+ 60 cm à l’horizon 2100). A partir de là, différents critères sont pris en compte : état de service des digues, moment et concomitance de la rupture des digues ou érosion du trait de côte à l’horizon 2100. Un scénario global de submersion, prenant en compte tous ces éléments, est mis en place. Enfin, un logiciel informatique prend le relais pour condenser toutes ces données en modélisation hydraulique et fournir ainsi des cartes d’aléas (une carte «aléa 2010» et une autre «aléa 2100»), en fonction de la topographie de chaque secteur. «Ces outils sont très performants, le travail réalisé est même très impressionnant, reconnaît Christophe Launeau, architecte à Noirmoutier et membre du CDI. Le problème est que si on entre des données erronées dès le départ, ça fausse tout.» Une fois ces critères pris en compte, des relevés de terrain ont permis de réaliser une carte très précise du niveau de chaque parcelle : la fameuse cote NGF. «Le problème est qu’on applique cette directive nationale sans tenir compte des données techniques réelles», explique Christophe Launeau.

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 48 vendu en kiosque sur l'île
 
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