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Histoire - La légende des pirates d’Ars-en-Ré
Les tombes de pirates du cimetière d’Ars-en-Ré alimentent depuis trente ans les fantasmes, devenant même un lieu de fréquentation touristique.
Trois tombes, avec sur chacune d’elles une tête de mort surmontant des tibias croisés. Il n’en fallait pas plus pour faire naitre la légende des tombes de pirates d’Ars-en-Ré, rumeur colportée depuis une trentaine d’années sur l’île de Ré, et qui continue à produire ses effets. Michel, qui vient en vacances depuis plus de trente ans sur l’île de Ré, en est persuadé. «Nous sommes allés les voir au cimetière d’Ars, ce sont bien des tombes de pirates. Regardez, elles sont même mentionnées sur cette carte touristique.» Et le septuagénaire de sortir une carte avec les visites incontournables de l’île de Ré, dont les tombes de pirates, représentées sous forme de dessins… un brin humoristiques.
Nul doute que le cimetière d’Ars est le plus visité de l’île de Ré, et si certains curieux sont attirés par la réplique miniature du clocher de l’église, la plupart viennent constater de visu l’existence de ces monuments funéraires. Tout a commencé dans les années 60, lorsqu’un guide touristique mentionne la présence de ces pierres tombales d’un genre un peu particulier. Très vite, la rumeur fait son chemin, la visite devenant très à la mode au début des années 80. En 1983, un journaliste de Sud-Ouest décide de se pencher sur la question : il note les noms gravés dans le marbre, et consulte les registres de mairie pour tenter de retracer la biographie des fameux pirates. Première surprise : le premier pirate serait en fait une écumeuse des mers, puisqu’il s’agit d’une certaine Madame Button, qui acquiert une célébrité post-mortem bien malgré elle.
Voici l’épitaphe qu’on peut lire sous son nom : «Ses vœux de tous les jours n’étaient que pour mourir. La mort était un gain pour une âme si belle. Son sauveur l’attendait à la vie éternelle.» Etrange épitaphe pour «une pirate», aussi pieuse dans sa vie que sans vergogne pour détrousser les marins ! Bien-sûr, il n’en est rien. «Mme Button, enterrée sous son nom de jeune fille, était l’épouse de Jean Dubois auquel elle n’a survécu que quelques mois. Son mari repose à ses côtés sous les mêmes insignes. Négociant et capitaine de vaisseau (tiens, tiens…), il est mort le 20 avril 1812 à l’âge de 69 ans. Là, la profession du défunt peut faire croire qu’il a éventuellement pu jouer les pirates. Mais enfin, il y a tout de même eu quelques marins dans l’île de Ré. Et celui-là vivait dans une maison bourgeoise d’Ars où il est né, a vécu et est mort… dans son lit. Les registres de la commune confirment encore que feu M. Dubois n’avait vraiment pas le profil du pirate.» 1 L’autre tombe est probablement celle d’un enfant mort en bas-âge, un certain Bertrand, décédé le 21 décembre 1762.
Mais pourquoi donc ces symboles ? En fait, le crâne et les os sont l’image réaliste de ce qui restera du corps, après sa décomposition. Cette représentation, assez courante jusqu’au XVIIIe siècle, se retrouvait dans pas mal de cimetières, notamment dans l’est de la France.

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