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Dossier - Après Xynthia : le troisième round
La présentation, le 11 juin dernier, de la carte des niveaux d’eau du futur PPRL a jeté la consternation parmi les élus rétais, qui ont aussitôt lancé la contre-offensive face au risque d’un scénario «apocalyptique». En l’espace d’un mois, tout s’est emballé. Récit.
Un coup de tonnerre. La révélation de la carte des niveaux d’eau, transmise par la préfecture aux élus rétais le 11 juin dernier, a confirmé les pires craintes quant au futur Plan de prévention des risques littoraux (PPRL). Ces cartes, qui restent des documents de travail provisoires, serviront néanmoins de base aux services de l’Etat pour la mise en place des cartes presque définitives, qui seront publiées en septembre. Que montrent-elles ? Des niveaux d’eau – jugés «apocalyptiques» par les élus – qui submergeraient une grande partie du canton nord… Rappelons que pour la modélisation de cette carte, l’Etat a pris Xynthia comme évènement de référence, auquel il ajoute 20 centimètres au nom du réchauffement climatique. La topographie du canton nord étant plus basse que dans le sud, l’eau s’y engouffre largement, d’autant que l’Etat a modélisé de nombreuses «brèches», voire des «ruines» dans les digues rétaises (voir JdP n° 51), à l’image du fier d’Ars dont presque toutes les défenses ont «explosé». Du coup, des communes comme Les Portes, La Couarde, Ars ou Saint-Clément se retrouveraient noyées sous 0,50 à 1,80 mètre d’eau, ce qui rendrait une grande partie des terrains soit inconstructibles, soit soumis à des préconisations très fortes. Bien que provisoires, ces cartes sont applicables et opposables immédiatement : à partir du moment où les élus en ont pris connaissance, ils ne peuvent plus ignorer le danger et doivent refuser tout permis situé dans une zone où la hauteur d’eau serait supérieure à 50 centimètres. 
Il n’a suffi que de 24 heures pour que les élus en fassent l’amère expérience, par le truchement d’un mail envoyé dès le 12 juin au maire des Portes, lui intimant de refuser un permis d’aménager pour une maison située à deux pas de l’église. «Ce mail disait que, suite à la réunion du 11 juin, on nous refusait un permis de construire pour un agrandissement de 30 m2 dans une propriété en plein centre-bourg car les cartes nous annoncent 1,30 mètre d’eau ! On ne peut pas laisser faire ça, il faut se rendre compte qu’on se moque de nous !» s’indigne Christian Bourgne, le maire. De nombreuses instructions négatives suivront dans les autres communes. A La Couarde par exemple, commune de loin la plus touchée sur l’île de Ré (91% de son territoire), cinq permis sont refusés le 10 juillet, parfois pour un terrain trop bas d’une vingtaine de centimètres. 
Après avoir étudié les cartes et leurs conséquences sur chaque commune, les élus lancent la contre-attaque. La première salve est tirée le 27 juin à la Communauté de communes avec une conférence de presse où les fameuses cartes sont dévoilées aux journalistes et où Lionel Quillet explique, pendant une heure, les enjeux. Tous les maires de l’île sont présents, sauf Léon Gendre, le maire de La Flotte, «tenu par d’autres obligations». Le président de la CdC, comme il le fait déjà depuis quelques mois, déplace le combat sur le plan national, prenant à chacune de ses interventions le soin d’épargner la préfète de Charente-Maritime, Béatrice Abollivier, avec laquelle les maires de l’île de Ré ont désormais des relations «agréables». Après avoir été directement visée l’été dernier en tant que représentante de l’Etat, elle n’est désormais que l’exécutante de décisions prises dans les cabinets ministériels. La motion de la CdC s’adresse donc directement à la ministre de l’Environnement, Delphine Batho, qui sera débarquée quelques jours plus tard du gouvernement Ayrault, remplacée par Philippe Martin. L’élu rappelle les efforts de l’île de Ré en matière de construction, avec un Schéma de cohérence territoriale limitant les zones urbanisables à 20% du territoire. «L’île de Ré est préservée, les élus n’ont pas fait de digues immobilières. Le but n’est donc pas une extension de l’urbanisme, puisque nous avons bloqué tous les périmètres […] mais la sauvegarde de l’existant.» Ce que les élus ne digèrent pas, c’est la logique «totalement aberrante» de l’Etat qui, d’un côté, prévoit 59 digues en ruines et 36 brèches pour l’élaboration de ses cartes de submersion et, de l’autre, met en place des «procédures interminables» pour les travaux sur les digues. 
 
Suite dans le n° 52, vendu en kiosque sur l île
 
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