Météo
 
Gros plan sur La Couarde - A la rencontre des propriétaires couardais
La commune du centre de l’île sera la plus touchée dans le cadre du futur Plan de prévention des risques de l’île de Ré. Trois de ces habitants, concernés à différents niveaux, nous livrent leur perception du Plan de prévention des risques. Reportage
Michel Pelletier ou «l’île aux requins»
Issu d’une très vieille famille de viticulteurs rétais, dont les origines remontent au xviie siècle, et lui-même ancien président de la coopérative Uni-Ré, Michel Pelletier a eu un choc en voyant la carte des niveaux d’eau présentés en juin dernier par la préfecture. Mais au-delà de son cas personnel (la carte des niveaux d’eau annonce une hauteur d’eau d’un mètre sur sa propriété), il s’inquiète pour le devenir de l’île de Ré, et défend une thèse assez peu orthodoxe .
Ce qui se passe actuellement lui rappelle de très mauvais souvenirs : un des plus gros scandales politico-immobilo-financier qu’a connu l’île de Ré : «l’affaire Delouette» ou «affaire de l’île de Ré», décrite dans les moindres détails dans l’ouvrage L’île aux requins, que Michel Pelletier conserve précieusement dans sa bibliothèque. Il rappelle qu’au départ de ce projet, l’objectif était le classement des marais. «Nous nous étions battus à l’époque pour contrecarrer ce projet de classement, car nous sentions bien que c’était l’arbre qui cachait la forêt.» La forêt ? «Un grand projet immobilier, avec hôtel de luxe au milieu des marais lacustres. A l‘époque, les promoteurs nous disaient : de toutes façons vous passerez à la casserole, car c’est nous qui commandons !», se souvient avec amertume Michel Pelletier. Le projet n’aboutira jamais, et l’affaire, qui éclata au grand jour au début des années 70, se finira par plusieurs condamnations et par la démission du député de la circonscription Philippe Dechartre le 15 mai 1972, un mois après sa condamnation dans «l’affaire de l’ïle de Ré». Très bien, mais quel rapport avec le Plan de prévention des risques de l’île de Ré, qui limitera précisément la constructibilité de l’île ? Michel Pelletier cite alors deux rapports qui l’inquiètent et lui font craindre qu’il y ait «anguille sous roche», sous couvert de protection des populations et de l’environnement. 
Le rapport européen Edora [NDLR, sur les «opportunités de développement des zones rurales en Europe»] tout d’abord, dont la conclusion est selon lui édifiante, où il est question «d’élaborer un discours sur la manière dont la future politique de cohésion territoriale pourra gérer les conséquences et les opportunités liées au changement climatique.» Quant à la fameuse circulaire du 27 juillet 2011, dite «circulaire NKM» (du nom de la ministre de l’époque Nathalie Kosciusko-Morizet), qui détermine la politique de l’Etat en terme de protection des populations contre les évènements climatiques. «Or, il est question dans cette circulaire de projets stratégiques. Qu’est-ce que cela veut dire ? Hôtellerie de luxe, demain golf à 18 trous ? Il ne manque plus qu’un super projet immobilier…[…] Si nous ne réagissons pas, les vieux démons de l’île aux requins risquent de réapparaitre, avec l’arrivée de super friqués, conséquence de l’envolée des prix de l’immobilier et des terrains constructibles qui ne seront pas touchés par le zonage du futur PPRL ?» Michel Pelletier va même encore plus loin, estimant que les zones devenues inconstructibles perdront ainsi de leur valeur, et que des vautours en profiteront pour les racheter à petit prix afin d’y construire des projets immobiliers à moindre coût. Fantasme ou réalité ? Toujours est-il que les incertitudes actuelles et le brouillard administratif favorisent l’émergence de ce genre de «théorie du complot»…

Suite dans le n° 53, vendu en kiosque sur l île
 
 
Immobilier et partenaires