Météo
 
Risque sismique - Faut-il trembler ?
Deux séismes coup sur coup en début d’année, réévaluation du risque de faible à modéré en 2011, nouvelles normes de construction… Le risque sismique doit-il être pris au sérieux sur l’île ?
«Au début du xixe siècle, un jeune officier découvrit, au large de la pointe d’Anchardon, un pavage de carreaux gris et blancs. Intrigué, il s’enquit auprès de la population autochtone pour connaître l’origine de cette construction insolite. On lui répondit qu’il s’agissait tout simplement, aux dires des anciens, des emplacements présumés des maisons de la ville d’Antioche, ville engloutie à une date perdue dans la nuit des temps, par suite d’épouvantables tempêtes et de violents tremblements de terre successifs. Bien triste sort que celui de cette cité qui, paraît-il, était de toute beauté !» Dans son ouvrage Contes et légendes de l’île de Ré, Paul de Lagalussière se fait l’écho d’une de ces nombreuses légendes qui veut que l’île de Ré, comme l’île d’Oléron, soient des «rescapées» de terribles catastrophes naturelles d’origine sismique.
Paul Sebillot, dans Croyances, mythes et légendes des pays de France nous livre une variante de la légende d’Antioche. «D’après une version moderne, fort suspecte d’embellissements romantiques, Barbovir, le chef de cette ville, allait mettre à mort l’apôtre Coelestius, lorsque la terre trembla, et une crevasse s’ouvrit sous la cité, qui est à jamais ensevelie au fond de l’océan.» De plus, le géographe Élisée Reclus situe, dans sa fameuse Géographie universelle, la ville d’Antioche à hauteur de Chanchardon. Cette légende serait-elle née en 1809, lorsqu’un bateau s’échoua sur la pointe de Chanchardon et que son capitaine crut voir «les dallages de la banche calcaire qui lui paraissent être les restes d’une construction romaine» ?1 Toujours est-il que les anciens Rétais se sont approprié l’histoire, créant le dicton «quand Antioche réapparaîtra, Ré disparaîtra…»
Toutes ces légendes, aussi fictives soient-elles, pourraient néanmoins s’appuyer sur une base réelle. Les îles charentaises sont connues des scientifiques pour leur caractère sismique (voir carte des séismes des 20 dernières années), comme sont venus nous le rappeler les deux séismes, presque coup sur coup, ayant fait l’objet cette année d’une alerte par le bureau français de sismologie basé à Strasbourg : celui du 6 mars 2013, à 22h40 au large de l’île d’Oléron (magnitude 3,9), et celui du 5 mars à 13h, au large de l’île de Ré (magnitude 3,5). Avant cette soudaine reprise de l’activité sismique, la dernière alerte remontait au 29 septembre 2010 avec un séisme de magnitude 4,5 au large de l’île d’Oléron. Ces séismes de magnitude inférieure à 5, appelés micro-séismes, restent relativement fréquents dans la région, puisqu’on en recense une vingtaine en un demi-siècle, soit une occurrence d’un tous les deux ans. Un seul se distingue par son ampleur : le 7 septembre 1972, à 22h26, un séisme de magnitude 5,7 touche l’île d’Oléron, soit le plus violent ressenti sur l’île d’Oléron comme sur le littoral charentais au xxe siècle. A titre de comparaison, le séisme pyrénéen du 13 août 1967, qui détruisit 80% du petit village d’Arette, avait été mesuré à 5,8 et fit un mort et des centaines de blessés… Le séisme de 1972, s’il n’avait entraîné que des dégâts matériels (chutes de cheminées, murs fissurés), a fortement marqué les esprits, et reste la référence absolue pour la région.

Suite dans le n° 54, vendu en kiosque sur l île
 
 
Immobilier et partenaires