Météo
 
La Flotte - Spécial élections municipales 2014
L'interview intégrale de Jean-Paul Héraudeau et de Léon Gendre
 « Faire entrer la commune dans le 21ème siècle »
 
Battu en 2008 d’une centaine de voix, Jean-Paul Héraudeau (56 ans), ancien 1er adjoint de Léon Gendre, veut axer sa campagne sur « la vérité ». Et met l’accent sur l’importance de concevoir les projets à l’échelle du territoire
 
 
 
Jdp.Quel souvenir gardez-vous de dernière campagne ?
 
Jean-Paul Héraudeau. La dernière fois, je me suis présenté contre le maire alors que j’étais son premier adjoint. C’est toujours un peu compliqué de gagner dans ces conditions car il y avait un problème de légitimité. Les Français sont très légalistes. Et pourtant, ça a été très près, à quelques dizaines de voix. C’était rien. Mais comme tout bon joueur de rugby, j’ai perdu une fois, ça ne m’empêche pas de jouer le match retour. Il faut être courageux. Le problème à La Flotte, c’est que beaucoup se sont présentés par opposition et pour régler des comptes. Et une fois battus, ils abandonnaient. Je ne suis pas du tout dans cette perspective. Je n’ai rien contre le maire, il a donné de sa personne pour faire évoluer La Flotte. En 40 ans, heureusement qu’il en a fait des choses ! Mais il ne faut jamais oublier que c’est avec l’argent du contribuable… Ma motivation n’est pas de me présenter contre un homme, mais j’ai une vision différente de l’évolution de la société et de la commune. J’ai énormément souffert lors des dernières élections. J’ai essayé d’être le plus correct. Je voulais des explications franches et honnêtes. Et dire la vérité aux gens. Et puis j’ai reçu des lettres anonymes, des petits cercueils, on m’a attribué des maîtresses. Heureusement, nous sommes un couple fort, et une famille soudée. C’est pas jojo comme méthode. Un de mes colistiers a été diffamé, et le maire a été condamné pour diffamation et atteinte à la vie privée. Je veux gagner honnêtement, et j’accepte la défaite. Mais je refuse d’entrer dans ce jeu-là, ça serait contraire à mes valeurs. C’est d’un autre âge.
 
Qu’est-ce qui vous différencie de Léon Gendre ?
 
C’est une opposition entre conservatisme et progressisme. L’évolution va vers une réduction des dépenses publiques. Nicolas Sarkozy a voulu faire la réforme des collectivités territoriales. Avec Hollande, on va supprimer des cantons. Certains élus s’y opposent, car ils ne veulent pas scier la branche sur laquelle ils sont assis. Au vu des responsabilités du Département, il n’y a aucun souci pour que ça soit regroupé à la Région. On va peu à peu vers la disparition des départements, c’est le sens inéluctable de l’Histoire. Ce n’est pas parce qu’il y a eu à un moment de l’histoire des seigneurs et des châteaux forts que nous n’avons pas évolué. Au contraire, les Communautés de communes prennent du poids et des compétences. Je me souviens du SIVOM où il n’y avait qu’une secrétaire.
 
Comment analysez-vous votre défaite de 2008 ?
 
Je suis très attaché à la démocratie. Vous jouez, votre adversaire triche, l’arbitre ne voit pas, c’est le jeu. Là, l’arbitre, c’est l’électeur. Moi, je dis les choses. J’avais dit pendant ma campagne qu’avec le passage à la TPU, il y aurait une hausse des impôts communaux. Je l’ai dit sincèrement, alors que le maire avait promis aux gens qu’il ne toucherait pas aux impôts… Résultat : il a été élu, et, dès le 2ème conseil municipal, il votait une hausse des impôts. Parfois, les Français se plaignent des politiques, mais il préfère voire celui qui ment le mieux plutôt que celui qui dit la vérité.
 
Beaucoup de choses ont été faites à la Flotte, notamment en matière de logements sociaux…
 
La recette, ce n’est pas un seul ingrédient. Les logements sociaux, ça ne suffit pas. J’avais dit au maire quand j’étais premier adjoint : « il faut faire de l’accession à la propriété ». Pendant 15 ans, le maire a refusé. Finalement, il l’a fait en piquant dans notre programme. C’est pas grave, c’est les idées qui comptent. Au final, c’est une très bonne chose qu’il l’ait fait. Il n’avait pas de programme, il s’est adapté, c’est quelqu’un d’intelligent. Pareil pour le parking souterrain, c’est moi qui lui ai soumis l’idée en 1995.
 
Les élus de la Flotte se sont retrouvés isolés en conseil communautaire, notamment au niveau du Scot. Qu’avez-vous pensé de cet épisode ?
 
Je n’aurais pas voté contre le Scot sur l’urbanisation, car elle est assez bloquée. Il y a d’autres sujets importants. Il n’y a pas par exemple de projet économique et social. Ce n’est pas la peine de faire du logement s’il n’y a pas de travail. Il faut privilégier l’emploi et faire les logements. Ce n’est pas la peine de faire des logements si c’est pour faire venir des gens qui vont travailler tous les jours sur la Rochelle. Les critères d’attribution sont trop limités. La Maladrerie, à la Flotte, c’est une erreur. C’est trop grand et ça ne correspond pas aux besoins de la commune. 100 logements, c’est 300 personnes et 200 bagnoles en plus : on déséquilibre totalement un quartier. Il faut moins de logements sociaux là-bas, et plus de logements communaux en centre-bourg. Il y a eu des possibilités récemment, comme un viager, mais on ne l’a pas saisi. Et la commission d’attribution de ces logements doit être la plus transparente possible. Les gens du cru doivent être prioritaires. Et il faut rééquilibrer l’offre et avoir une vision globale du territoire. Il faut prendre en compte le territoire dans son ensemble, c’est une aberration de se replier sur soi. Nous faisons toujours mieux les choses ensemble que seul dans son coin.
 
Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ?
 
Ma priorité, c’est la fiscalité. Il faut revoir la façon de gérer les deniers publics. Pourquoi par exemple une commune comme La Flotte devrait prendre un jardin d’éveil sur ses propres deniers ? Nous pouvons avoir des aides de la CAF, de l’intercommunalité dans laquelle il faut s’inscrire. Une crèche sert à tout le monde, pas seulement aux gens de la Flotte. C’est une question d’aménagement et de solidarité du territoire.
 
En matière de protection contre les submersions, une porte devrait être installée en 2015 à l’entrée du port pour éviter son débordement, dans le cadre du Papi de l’île de Ré. Est-ce une bonne idée ?
 
La porte est une réponse à court terme. A terme, il y aura une montée des eaux avec le réchauffement climatique. Ca coûte 4 millions d’€, c’est très cher ! Il faut aussi que ça marche et l’entretenir. Les coûts de gestion seront importants Il y a un système plus simple et moins cher : mettre un muret tout autour du port ! ca résout en plus un énorme problème de sécurité : imaginez un mouvement de foule en plein été…
 
Mais ca poserait un problème d’esthétisme et ca changerait la physionomie du port !
 
Mais que vaut l’esthétisme à côté d’une vie humaine ? C’est scandaleux qu’on ait jamais sécurisé ce port ! Bientôt, on va municipaliser le port, ça sera l’occasion d’y réfléchir. On pourrait aussi envisager une extension du port. Mais je tiens à dire qu’à la Flotte, jamais un projet d’investissement important ne se fera sans consultation. Je veux travailler dans la plus grande transparence.
 
Je veux changer la façon de travailler. Il y aura par exemple des référents dans chaque quartier pour être plus réactifs sur les problèmes du quotidien. En 2008, un inventaire de tous les lieux pas accessibles avait été fait. C’est une priorité. Le cours Félix Faure a été refait, on ne peut pas y accéder en fauteuil roulant. Tout comme la Poste et la mairie. Sans parler de la salle du Conseil municipal, qui est à l’étage sans ascenseur. Comme ça, personne n’assiste aux débats ! Il faudra mettre aussi à niveau le réseau pluvial. Il y a aussi un problème d’ordre médical. Il faudrait ouvrir un centre médical en centre-bourg, prêt d’un parking pour que ça soit accessible, avec un psychologue, deux médecins et une infirmière. On pourrait aussi imaginer un acceuil téléphonique : les personnes âgées sont souvent seules, et c’est toujours mieux de les maintenir chez elle. Cet accueil téléphonique pourrait les aider et les rassurer quand elles ont un souci. On pourrait travailler sur ce sujet avec la CdC, la Région et les professions médicales. Le paraitre, la minéralisation des rues, c’est bien. Mais il faut s’occuper de la population locale, et travailler aussi sur la dynamique économique, en créant un périmètre de préemption. Sur la question des rythmes scolaires, on ne peut pas dire « j’en veux pas ! » Je suis respectueux de la loi. On ne se défausse pas sur les autres. Je ne déléguerai pas un mariage sous prétexte que c’est un mariage homosexuel, je suis quelqu’un d’ouvert. Une élection municipale, c’est un moment privilégié. Pendant 6 ans, j’ai laissé travailler le maire, car je sais ce que représente la charge d’un élu. Mais là, je vais pouvoir m’exprimer et donner ma vision. Je m’engage aussi à être très respectueux de l’opposition. Etre le plus puissant ne donne que des devoirs par rapport à ceux qui sont en dessous.
 
Le bassin d’irrigation, qui permettra à des agriculteurs de s’installer pour cultiver notamment de la pomme de terre AOC, a été une des grandes réalisations du mandat du maire sortant…
 
C’est un projet à moi qu’il a repris, et tant mieux. Je le félicite de l’avoir mener à terme, mais pas vraiment sur la gestion. Il n’y a qu’un seul exploitant aujourd’hui, et la subvention non accordée par la Région est de 140 000 €. C’est le contribuable qui va régler la note. On paye le fait que Léon Gendre s’est affiché avec Olivier Falorni lors des législatives. Il y a aussi des restrictions budgétaires et il n’y a plus d’intérêt général. Si je suis élu, je m’engage à aller chercher cette subvention. Je sais comment faire. Je veux aussi aider davantage les associations, et je veux faire entrer la commune dans le 21ème siècle. Il faut arrêter notre isolement dans la CdC, il faut une vision d’avenir sans dénigrer le passé. Mais je ne cherche pas un avenir personnel. Je ne ferai que deux mandats. J’ai 56 ans, et douze ans de mandats, c’est suffisant. Je veux m’engager pour prévoir les évolutions afin de faire entrer la commune dans l’avenir. Et préparer les futurs élus de demain. Quand on fait le cumul de tous les mandats du maire de la Flotte, on arrive à plus de 100 ans… Vous savez, on peut avoir une addiction au pouvoir comme aux jeux ou à l’alcool. Mais il y a plein de gens qui ont des idées.
 
 
 
 
 
« Gendre préfère planter des légumes que des maisons »
 
Maire de la Flotte depuis 1977, Léon Gendre est candidat à un 7ème mandat, toujours avec le même enthousiasme, et avec la volonté de rendre sa vocation « agricole » à la commune
 
 
 
Jdp. Quel bilan tirez-vous de ce dernier mandat ?
 
Léon Gendre. C’est un mandat top, je mettrais 10/10. Nous étions 23, nous finissons à 22, et la seule démission est due à des raisons professionnelles. En 6 ans, il n’y a jamais eu aucun motif de démission, ni aucun vote négatif. Nous avons partagé la même orientation sur le devenir de La Flotte. Il y avait à la fois des compétences et du dévouement. Pour moi, ce 6ème mandat est le meilleur, alors que notre équipe était faite de beaucoup d’apports. Nous étions 15 hommes et 8 femmes. Nous passons à la parité, et je trouve ça logique. Le renouvellement de la liste s’est fait dans de bonnes conditions. Il y aura huit nouveaux, dont 6 femmes.
 
Vous aviez dit que ça serait votre dernier mandat. N’avez-vous pas peur de faire le mandat de trop ?
 
J’ai engagé un énorme programme de reconquête des terres agricoles, avec la création du bassin d’irrigation. 6 agriculteurs s’installent pour faire du maraichage, de la pomme de terre, un verger. Je veux redonner à la commune la place qu’elle avait en matière agricole. Nous avons un plan très bien étudié avec une gestion des friches. Nous avons signé un partenariat de gestion des espaces naturels avec Nature Environnement 17, Ré Nature Environnement, la Ligue de Protection des Oiseaux, la chambre de commerce et d’agriculture et la Coopérative de l’île de Ré. Nous voulons reconquérir les friches et l’espace agricole. Vous pouvez écrire que Gendre préfère planter des légumes que des maisons.
 
Ne regrettez-vous pas votre isolement au sein de la CdC, notamment sur la question de la gestion des friches où vous avez préférez faire cavalier seul ?
 
Je suis le seul à porter cette politique. A l’origine, je suis un vigneron, un paysan, et je suis dans mon élément avec ce projet. Je suis porteur d’idées depuis 50 ans, ce n’est pas forcément celles de mes collègues. C’est pour ça qu’on m’a confié au Département la gestion des espaces naturels ou le CAUE [ NDLR, Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, dont il est président]. C’est mon truc. C’est moi qui a relancé la saliculture sur l’île de Ré à une époque où personne n’y croyait. Je suis aussi à l’origine de la formation de saunier créée à Nantes. Je crois que le développement des activités primaires est plus sain et plus durable que le béton.
 
En matière de logements, beaucoup de choses ont été faites…
 
 Mon deuxième objectif, ce sont les logements sociaux, et l’accession à la propriété. Nous avons une ZAD avec un programme : on va foncer ! Environ 80 logements sont prévus à la Maladrerie, 75 pris en charge par la CdC et 15 en accession à la propriété. Et je dois dire que l’écoquartier de Bel-Air, où nous avons créé 23 maisons en accession à la propriété, est une réussite éblouissante. Nous avons aussi 22 logements en construction avec Atlantique Aménagement. J’ajoute que l’école fonctionne bien, la Farandole et l’accueil de loisirs sans hébergement ( ALSH) sont une vraie réussite. Tout cela assure le maintien des populations et des effectifs des écoles. Nous avons agrandi de 100 m2 la salle de la base nautique, qui a été rénovée, dotée de vestiaires et de sanitaires pour un million d’€. Elle peut accueillir 400 personnes dans d’excellentes conditions, et elle est à l’abri des submersions marines.
 
Vous aviez axé votre dernière campagne sur les jeunes. Qu’avez-vous fait ?
 
Nous avons fait le club house du rugby, le City park et la maison des jeunes qui fonctionne très bien.
 
Dans quel état sont les finances de la commune ?
 
On a remboursé nos emprunts, et il n’y a eu aucune hausse d’impôts. Notre autofinancement est de 1,2 million d’€. C’est bien géré.
 
Quels seront les grands axes de votre futur mandat ?
 
Il y aura une grosse politique de protection contre les submersions, l’aménagement du réseau de récupération des eaux pluviales et leur traitement. C’est une nouvelle doctrine, il faut traiter ces eaux pluviales. Il faudra des travaux énormes et très couteux. Il faudra aussi prévoir le remplacement du réseau d’eau et d’assainissement : quatre rues importantes seront refaites. En matière de politique d’animation et culturelle, nous allons donner un grand élan.
 
En cas de réélection, serez-vous candidat à la présidence de la CdC ?
 
Je rappelle qu’à la CdC, j’ai soutenu 90% des projets, à part le SCOT. Ils ont modifié le Scot après l’enquête publique, et c’est pas bien. Je ne serai pas candidat. Le 2 janvier 2003, j’y suis allé car on est venu me chercher. Mais c’est trop tôt pour en parler, l’élection du président sera subordonnée aux résultats des municipales.

 
 
 
Immobilier et partenaires