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Cérémonie des v½ux de Léon Gendre
28 janvier 2014
Le Monde :
 
L’image que nous renvoie la presse de l’évolution du monde à un moment où les informations circulent à la vitesse de la lumière et où les capitaux s’échangent aussi à cette vitesse vertigineuse, a de quoi nous inquiéter, même si nos inquiétudes sont vaines et que la mondialisation ne date pas d’hier.
 
L’Europe :
 
Mais restons sur le vieux continent, cette Europe dont les fondements sont battus en brèche par les assauts des pays émergents qui aspirent à la prospérité, et pour certains d’entre eux, à plus de liberté.
Le combat économique que se livrent les grands pays est-il à tout jamais perdu pour l’Europe ? Certes non, car avec plus de 400 millions d’habitants, l’Union Européenne peut rivaliser avec d’autres continents. La richesse patrimoniale des Européens, leur culture, leur avance technologique, sont autant d’atouts pour affronter les prochaines décennies ; car oui, l’Europe est bien le continent le plus prospère du monde et son avenir sera à l’image de son passé riche de 2000 ans de réussites économiques, scientifiques et culturelles.
Mais, si demain le monde devra compter avec le vieux continent, les pays qui le composent ne sont pas à égalité des chances.
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La France :
 
Ainsi, qu’en est-il de la France ?
Si nos voisins du Nord ont compris que rien ne leur serait épargné dans cette concurrence mondiale et qu’il était impératif de s’adapter pour conquérir des marchés, force est de constater que la France est à la traîne et doit sans tarder faire évoluer l’ensemble de sa politique, au risque de rejoindre le camp des vaincus.
Là est le défi que doit relever notre pays.
Le pire des scénario vient d’être écrit par Nicolas Baverez, journaliste et essayiste, dans un ouvrage intitulé : « Lettres Béninoises ». Nicolas Baverez, qui est connu de certains d’entre nous pour les conférences qu’il donne à La Rochelle, ne prédit rien de moins que la faillite de la France et une quasi guerre civile dans moins de 20 ans.
Pour cet auteur brillant, dont les prédictions datant de 1980 se sont avérées justes, la cause de notre déclin tient pour partie au fait que « Les dirigeants français cultivent le déni au lieu d’agir et de confronter les citoyens au monde réel, au prétexte qu’ils ne le supporteraient pas ».
Ancien ministre du budget de 2002 à 2006, Alain Lambert conforte cette prédiction en déclarant, en homme d’expérience : « Nous, Français, regardons le monde changer, observons les menaces qui déferlent sur nous, mais restons immobiles, comme si c’était au monde de s’adapter à nous, et non l’inverse ».
 
Le département :
 
Cet immobilisme et ce manque de réalisme de la classe politique, toutes opinions confondues, n’est pas sans conséquences sur les collectivités territoriales que sont tout particulièrement les départements et les communes.
Le département, je le connais bien. Mon excellent instituteur, Henri Mallard, enseignait à ses élèves dans le détail le fonctionnement des institutions de notre pays.
Ainsi, à l’adolescence, étions nous tous des citoyens avertis et responsables.
Nés au lendemain de la Révolution en 1791, les départements furent confortés par le premier Consul Napoléon Bonaparte en 1801 et cet héritage des anciennes provinces a, depuis cette date, joué pleinement son rôle de collectivité intermédiaire entre l’Etat et les Communes. Or, les multiples réformes qui ont été votées par le Parlement ces 30 dernières années ont fragilisé le département au risque de le voir disparaître. Disparaître : là est le grand mot des têtes pensantes de notre pays. Avec un slogan répété, voire matraqué par certains leaders politiques et repris par la presse : « le mille feuilles des collectivités » qui ruinerait la France et génèrerait déficits et lourdeurs administratives... Le « mille feuilles », mais quel « mille feuilles » ?
En 2 siècles, peu de choses ont changé. La commune reste le socle de nos institutions, et les élus communaux sont les plus appréciés, car ils sont disponibles et économes.
 
Les Communautés de Communes et d’Agglomérations ont simplement succédé aux Syndicats de Communes qui existaient depuis près d’un siècle. C’est ainsi que sur notre île, a été créé à La Flotte en 1928 un Syndicat Intercommunal d’Electrification à qui revient le mérite d’avoir électrifié en 5 ans toutes les communes, et au sortir de la guerre de 39-45, 6 syndicats d’eau et d’assainissement ont œuvré pour que l’île soit desservie en eau et pourvue d’installations de traitement des eaux usées.
La seule collectivité qui soit apparue vers 1970, c’est la Région dont souvent nous nous demandons à quoi elle sert. C’est pourquoi si réforme il doit y avoir, elle doit consister à réduire le nombre de régions à 10, en reprenant les contours des anciens duchés, avec des capitales régionales d’importance.
 
Enfin, lorsque l’Etat dénonce à juste titre les actions dispendieuses des Communautés d’Agglomérations et des Communautés de Communes, il doit faire son acte de contrition. N’est-ce pas lui qui a fait un pont d’or à ces collectivités, en multipliant les dotations de fonctionnement, pour inciter les communes à se regrouper pour des raisons, disait-t-il, d’efficacité et d’économies…
Celui qui vous parle en sait quelque chose ! A la création de la Communauté de Communes de l’Ile de Ré en 1993, l’Etat apportait un financement de 250 000 € par an.
Dix ans après, cette dotation passait à 1 102 296 € pour atteindre 2 778 268 € en 2013. Dans le même temps, l’effectif du personnel qui était de 10 personnes en 2003, allait atteindre 63 personnes en 2013.
 
Certes, les compétences des Communautés de Communes se sont accrues, quelquefois au détriment des initiatives communales, mais force est de constater que cette inflation d’initiatives, donc de dépenses, a été encouragée et entretenue par l’Etat, toutes majorités confondues. Il est paradoxal de voir aujourd’hui ce dernier dénoncer ce qu’il a créé de toutes pièces. Il est donc urgent que l’Etat revienne à la raison et qu’il privilégie ce qui fonctionne le mieux et au moindre coût : la commune.
 
Le 23 mars, les Français seront au rendez-vous pour élire leurs conseillers municipaux, affirmant une fois encore leur attachement à la commune. Celle-ci est la moins coûteuse et la mieux gérée des institutions républicaines. Elle est à la fois une école de la démocratie, le lieu du bénévolat et le moteur de l’investissement.
Revenons au département, cette collectivité plus que
bicentenaire et qui, pour son malheur, s’est vue libérée de la tutelle de l’Etat après le vote par le Parlement des lois de décentralisation en 1982.
En lui confiant la gestion des dépenses sociales en constante augmentation, l’Etat l’a piégé et abandonné à son triste sort. Tout cela est bien regrettable car, pour équilibrer son budget, le Conseil Général est contraint de différer certains investissements nécessaires au développement économique. Par exemple, sur notre canton, le Conseil Général a consacré en 2013 1 218 000 € pour l’aide sociale contre 1 216 000 € pour les équipements des communes, hors travaux routiers sur Rivedoux, financés sur le budget de l’éco taxe dont chacun reconnaît les bienfaits pour notre île, tout particulièrement dans la protection des espaces naturels.
 
Malgré ces difficultés financières, le Conseil Général vient de décider, dans l’urgence, de réaliser à La Couarde des travaux de protection des dunes à la charge, pour moitié, de notre Communauté de Communes.
Tout cela arrive un peu tard, car lors de la tempête de 2003, nous étions un certain nombre à préconiser la protection par enrochement, complété par la pose en mer de récifs articiels qui ont la faculté d’atténuer la houle.
Hélas ! 3 fois hélas ! Dans ce domaine comme dans bien d’autres, nous n’avons pas été entendus et les réensablements successifs qui ont coûté près de 1 million d’euros, partagé entre le Conseil Général et la Communauté de Communes, se sont avérés inefficaces.
L’adage suivant lequel l’on a souvent tort d’avoir raison avant les autres est plus que jamais d’actualité, tout particulièrement sur notre chère Ile de Ré.
 Une cérémonie des vœux, c’est généralement le moment que choisissent les élus pour faire le bilan d’une année de
travail et pour présenter leurs projets à la population. J’ai fait, au risque de vous ennuyer, volontairement exception à cette règle du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et je suis le meilleur », car j’aime trop mon pays que je sers depuis plus d’un demi-siècle, pour occulter une situation qui inquiète chacun de nous. Nous sommes tous des citoyens responsables. Comment ne pas réagir à l’aberrant projet de réforme qui nous est présenté par l’Etat et qui vise à réduire le nombre de cantons de ce département de 51 à 27, tout en portant l’assemblée de 51 à 54 Conseillers Généraux, et à rayer de la carte les chefs-lieux de cantons créés il y a 214 ans ?
En organisant aujourd’hui cette cérémonie des vœux ici, en notre capitale de St-Martin, j’ai voulu témoigner de mon attachement aux institutions qui, depuis quatre siècles, régissent la vie de Ré. Place forte militaire, centre administratif et commercial de notre île, St-Martin doit demeurer le chef-lieu de ce canton.
Depuis mon élection au Conseil Général, j’ai œuvré pour qu’il en soit ainsi lors :
- du transfert de la perception de la rue Merindot à la place de la République
- de l’agrandissement du Musée Ernest Cognacq
- de la reconstruction de l’hôpital et de la maison de retraite
- de l’acquisition symbolique de l’hospice St Honoré pour 1 € symbolique et l’installation de la Communauté de Communes
- de la construction de la piscine intercommunale
- de l’acquisition des terrains destinés à la construction d’une nouvelle gendarmerie
- de la restauration du port et des installations portuaires,
 pour ne citer que les réalisations les plus importantes.
 
Enfin, pour terminer sur une note d’optimisme, je ne désespère pas de mon pays.
Peut-être nos suivants vivront-ils des moments difficiles, mais l’homme dispose de tant de ressources imaginatives qu’il saura relever les défis qui l’attendent au cours de ce 3ème millénaire. Soyons confiants en l’avenir !
A toutes et à tous, bonne et heureuse année 2014 !
 
Léon GENDRE
 
 
 
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