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Economie – Du safran made in Ré !
Evelyne Ménagé cultive depuis quelques mois la première safranière de l’île de Ré, à Sainte-Marie. Avec l’espoir de faire de «l’or rouge» une activité à plein-temps, malgré les nombreux obstacles. Récit
«J’avais envie de rendre hommage à cette épice noble, symbole du raffinement et de l’excellence.» Sa passion pour le crocus sativus, elle pourrait en parler pendant des heures. Une variété unique, qui, outre la beauté de ses pétales, ne fait rien comme les autres fleurs. «Elle fleurit à l’automne, au moment où les autres espèces dépérissent», ajoute Evelyne Ménagé, pionnière dans la culture du safran sur l’île. Quand les premiers crocus commencent à fleurir, elle n’a alors que trois semaines devant elle, car l’or rouge ne se fait pas attendre. Les fleurs fanent très vite, et il faut les récolter au jour le jour. Une période extrêmement intense, qui commence par la cueillette dès le lever du jour, à 5h30 du matin. «Quand j’arrive le matin, c’est toujours la surprise, car je ne sais jamais ce que je vais trouver. Et quand on voit que des fleurs ont éclos pendant la nuit, c’est chaque fois une immense joie.» Après ce travail de plusieurs heures dans les champs, vient l’étape la plus méticuleuse : l’émondage, qui consiste à prélever le pistil de chaque fleur, composé de trois filaments extrêmement fragiles. «C’est ce qui fait aussi la cherté du produit, car rien n’est mécanisé, tout est manuel et prend beaucoup de temps.» Vient ensuite ce qui s’apparente à la torréfaction du café : le séchage, considéré comme l’étape la plus délicate. «J’ai investi dans un déshydrateur électrique. Je laisse les filaments une quinzaine de minutes, à 55 °C, pas plus», confie Evelyne Ménagé.
Originaire du Mans, Evelyne arrive dans la région en 1998, et trouve un poste de secrétaire dans un lycée horticole près de Niort. C’est un gagne-pain, mais Evelyne a depuis toujours une idée en tête : travailler dans l’univers des fleurs. En parcourant le web, elle découvre le renouveau de la culture du safran, qui était pourtant répandue dans l’agriculture entre le xve et le xviiie siècle, avant d’être quasiment abandonnée. «On en produisait jusqu’à cinq tonnes. Le safran occupe une place importante dans notre patrimoine régional», explique Evelyne. Hivers rigoureux (gel des bulbes), exode rural et arrivée de nouvelles cultures plus rentables marqueront le déclin de cette épice originale, qu’une trentaine de picto-charentais tentent de relancer depuis quelques années. A l’approche de la cinquantaine, Evelyne s’est dit que c’était le moment ou jamais de se lancer. «En 2009, je me suis renseignée pour savoir s’il était possible de louer des terres agricoles dans la région niortaise. Après de longues recherches, j’ai rencontré un agriculteur à la retraite qui a accepté de me louer une de ses friches.»

Suite dans le n° 56, vendu en kiosque sur l'île

 
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