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Dossier immobilier - La redistribution des cartes
Dans le flou depuis deux ans, les professionnels de l’immobilier attendent avec impatience les cartes du futur PPRL en juin afin d’y voir plus clair. Du coup, les communes réputées non submersibles ont la cote. Reportage
Une étude des notaires de Bretagne1 réalisée en mars sur toute la côte atlantique est sans équivoque : le marché immobilier est orienté à la baisse. Ce que confirme Chrystelle Longeville, responsable de Orpi Agence du Port Ile de Ré. «Le marché de la résidence secondaire est globalement à la baisse, mais cela suit ce qui se passe à Paris et sur l’ensemble du marché.» Il faut dire que rarement le marché immobilier rétais n’avait connu une telle conjonction de vents contraires : crise économique, incertitudes fiscales, changements réglementaires (nouveau plan de prévention des risques littoraux et plans locaux d’urbanisme)… Si les prix sont en légère baisse, ils restent néanmoins à des niveaux élevés, avec un panier moyen d’environ 500 000 €. Ce qui est rare reste cher, quoi qu’il arrive. Seulement, les acheteurs sont désormais en position de force et la négociation, presque incongrue durant les années fastes (2003-2008) est devenue la norme. 
Depuis la crise financière de 2008, l’immobilier est entré dans une nouvelle ère où même les professionnels, qui ont la réputation de gagner grassement leur vie, ne sont pas à l’abri et connaissent ici ou là des problèmes de trésorerie, avec des agences ayant une activité au plus bas. Plusieurs agences ont cessé leur activité ces derniers mois, victimes de la morosité du marché. Mais certains professionnels relativisent ces fermetures, les attribuant soit à des causes exogènes (raisons familiales, retraite, etc.) soit à des problèmes de gestion de la part d’agents vivant «dans un certain confort ces dernières années». Des «marchands de biens» qui auraient prospéré sur le boum de l’immobilier rétais entre 2003 et 2008, avant de subir le retour de bâton ces dernières années. «Certains ont pensé qu’il s’agissait d’années de référence alors que c’était des années exceptionnelles», explique un professionnel, qui préfère garder l’anonymat. 
Si la spéculation a existé, elle n’explique pas tout. Loin de là. Il faut aussi attribuer ces difficultés à l’implantation géographique des agences : celles travaillant sur le canton nord – le plus touché par les submersions marines – ont particulièrement payé les incertitudes quant au futur PPRL de l’île de Ré. «C’est vrai que la situation est bloquée depuis un an et que nous tournons au ralenti. Le canton nord est en difficulté, on ne peut pas le nier», confie Claire Baudrais, gérante de l’agence du Fier aux Portes.
«Les maisons sont plus difficiles à vendre dans les zones rouges identifiées, c’est sûr. Après, le risque zéro n’existe pas et j’ai personnellement plus peur d’une centrale nucléaire que d’une submersion. D’autant qu’aujourd’hui, on prend des mesures de protection et qu’on avertit les gens du risque», analyse Chrystelle Longeville, responsable d’Orpi Agence du port. Selon plusieurs sources, un tiers des maisons de l’île de Ré seraient concernées (à divers degrés) par ce risque, surtout à La Couarde, Ars, Loix et Les Portes. Pourtant, le «désir» du canton nord est toujours présent et il est rare qu’un acquéreur choisisse le canton sud par «sécurité». «Pour ma clientèle, il n’y a pas de désintérêt pour la canton nord, mais simplement une situation d’attente. Ils ne vont pas se réfugier dans le canton sud à cause du risque de submersion. Aux Portes, par exemple, les clients viennent chercher ce côté “bout du bout de l’île” qu’on ne trouve pas forcément ailleurs et ça ne les empêchera pas de réaliser leur projet à l’avenir, quand les cartes du PPRL seront sorties», analyse Claire Baudrais. 

Suite dans le n° 57, vendu en kiosque sur l'île
 
 
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