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Dossier PPRL : l’heure du reflux ?
La Communauté de communes (CdC) et son cabinet d’experts ont réussi à valider leur méthode de défense contre la mer auprès de l’Etat, qui accepte de prendre en compte les travaux et les études techniques réalisés sur les digues, ce qui réduirait d’environ 50% les niveaux d’eau par rapport aux cartes préparatoires de 2013. Du coup, la crainte d’un canton nord largement inconstructible s’éloigne.
«J’ai une très bonne nouvelle. J’ai une carte !» Si Lionel Quillet a gardé le suspense jusqu’à la fin de la réunion du 7 juillet dernier afin de présenter la nouvelle carte des niveaux d’eau réalisée par Casagec-Van der Meer1, le président de la CdC a d’entrée annoncé la couleur. Après un an de batailles politique et technique, les élus locaux, tous présents lors de cette réunion publique du Bois-Plage qui a réuni 800 personnes, ont réussi à faire admettre la spécificité du territoire : une île sans possibilité de repli pour les populations et qui a investi sur ses digues plus que n’importe quel autre territoire dans l’Hexagone. Les études techniques extrêmement poussées (voir encadré p. 6) de son cabinet d’études ont permis de réduire très largement aussi bien les zones submersibles que les niveaux d’eau. Pour convaincre l’Etat du bien-fondé de sa méthode, la CdC a développé une argumentation en trois actes. 
 
Des travaux sans précédent
 
Les efforts réalisés sur l’île de Ré en matière de défense de côtes, depuis la tempête Xynthia de 2010, ont pesé très lourd dans la balance. Rappelons qu’à partir de 1965, les programmes de grands travaux sur les digues furent presque totalement abandonnés : 5 millions d’euros seulement auraient été dépensés entre 1965 et 2010 sur les 60 kilomètres de digues. Un montant très insuffisant pour assurer la pérennité d’ouvrages sans cesse soumis à la houle, voire aux vimers comme Xynthia. «Du coup, pas étonnant qu’à la première rafale l’eau soit entrée», explique Lionel Quillet, évoquant la tempête Xynthia. D’autant que le retour d’expérience de l’évènement avait bien montré que les digues non entretenues avaient été les plus touchées par la tempête du 28 février 2010.
Du coup, quand la CdC a présenté au ministère de l’Environnement les sommes considérables investies sur l’île depuis Xynthia, il était évident que les acteurs politiques locaux avaient pris la pleine mesure du risque et tout fait pour en limiter l’impact à l’avenir : 20 millions d’euros de travaux de 2010 à 2013, 10 millions d’euros en cours de réalisation sur la digue du Boutillon, soit un total de 30 millions d’euros de digues neuves investis sur l’île de Ré. «C’est un niveau de protection largement supérieur à ce que nous avions avant Xynthia», s’est fendu Lionel Quillet. Ce n’est pas tout, puisque le programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) de l’île de Ré, qui fut un des premiers à être labellisé en France, prévoit pour 2015 la somme de 16 millions d’euros supplémentaires pour protéger tous les secteurs concernés en 2011 par les fameuses «zones de solidarité» ou les zones «jaunes» : Loix et Les Portes dans le premier cas, Saint-Clément-des-Baleines (les Doreaux) dans le second. Si on ajoute les 2 millions d’enrochements réalisés en début d’année dans le cadre des «mesures d’urgence», on atteint la somme rondelette de 50 millions d’euros de travaux d’ici la fin 2016 ! «Quand vous arrivez au ministère et que vous expliquez que, malgré tout ça, nous baignons dans un mètre d’eau, ils finissent par admettre qu’il y a un problème», explique le président de la CdC, qui estime que l’île de Ré est aujourd’hui «le territoire le mieux défendu de France». La démonstration ne s’arrête pas là : une deuxième phase de travaux, le PAPI 2, est programmée dans chacun des sept autres villages de l’île, dans des secteurs particulièrement vulnérables, pour une somme de 19 millions d’euros. Si l’on ajoute les 30 millions de travaux programmées à l’avenir, mais non validés, on atteint un total de 100 millions d’euros à l’horizon 2020, rien que pour les digues de l’île de Ré !

Suite dans le n° 58, vendu en kiosque sur l'île
 
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