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PPRL : avis de tempête !
L’optimisme de l’été dernier a laissé la place à la consternation, après la publication des cartes d’aléas par l’Etat, qui a préféré retenir le principe de précaution maximal, délaissant en grande partie la contre-expertise proposée par la CdC. Une situation qui pourrait déboucher dans les prochains mois sur une bataille d’experts, dont le juge sera l’ultime arbitre. Explications.
 Le scénario «apocalyptique» retenu
 
L’optimisme de l’été dernier a laissé la place à la consternation sur l’île de Ré, après la réunion PPRL du 6 novembre dernier à la préfecture où l’Etat a porté à connaissance les cartes d’aléas de l’île de Ré…Car c’est bien le scénario jugé «apocalyptique» qui a été retenu – avec un canton nord à 80% sous l’eau – contrairement à ce que la Communauté de communes (CdC) avait annoncé le 7 juillet dernier en réunion publique (voir JdP n° 58, «Le canton nord sauvé ?»). Pour Lionel Quillet, il y aurait simplement eu «un arbitrage politique» défavorable quelques jours avant ce comité de pilotage, alors que les voyants étaient jusque-là au vert. La preuve ? L’étude de Casagec, sous forme d’un rapport de 1 250 pages, jugée «bonne, intéressante et innovante» par le ministère… «La dernière lettre de septembre était très positive, affirme le président de la CdC. Mais trois jours avant la réunion [NDLR, le comité de pilotage du 6 novembre], on a senti que la porte se refermait.» Pour la préfète, en revanche, le cabinet Casagec n’aurait pas travaillé dans le cadre de la circulaire du 27 juillet 2011, qui fixe les règles des futurs Plans de prévention des risques1. «Nous avons travaillé dans le cadre de la circulaire car nous savions très bien que si nous sortions du cadre réglementaire, ce serait refusé. Notre étude est hors doctrine, mais pas hors circulaire», rétorque Lionel Quillet. 
Ce dernier, à qui il a parfois été reproché son attitude basée sur le rapport de force et la confrontation avec l’Etat, met en avant la concertation qui existe depuis septembre 2013, rappelant qu’il a été reçu par quatre ministres de l’Environnement et leurs directeurs de cabinet. «Pour l’élu d’une commune de 700 habitants, c’est la preuve qu’il y avait une crédibilité et une reconnaissance de mon intégrité.» Il rappelle que le «très bon accueil» au ministère a permis de lancer la contre-expertise de la CdC, avec le cabinet d’études Casagec, suite à la première carte de niveaux d’eau présentée par l’Etat le 11 juin 2013. Alors pourquoi un tel désaveu ? L’île de Ré aurait pu être victime de sa réputation «d’île de riches qui payent l’ISF», qui en faisait, selon Lionel Quillet, «un territoire très difficile à défendre». Politiquement, il était sûrement compliqué pour l’Etat de créer une exception rétaise, d’autant que cela aurait pu créer une jurisprudence dans laquelle les autres territoires auraient pu s’engouffrer…
 
Deux visions différentes du «risque»
 
Les deux cabinets d’études ont travaillé sur les mêmes hypothèses d’une tempête de référence, en l’occurrence Xynthia, plus vingt centimètres au titre du réchauffement climatique. Si les cartes d’aléas sont différentes, c’est essentiellement en raison de l’analyse du comportement des digues face aux tempêtes. Artelia (cabinet d’études de l’Etat) utilise une méthode dite «forfaitaire» : en fonction de l’état de la digue, elle applique systématiquement des brèches de 50 à 100 mètres (voir page 11), soit 52 au total sur toute l’île de Ré. Ce qui, au final, transforme les digues en véritable gruyère et laisse donc entrer beaucoup d’eau. D’autant que, dans le scénario de l’Etat, les digues cèdent toutes en même temps et assez vite au moment de l’épisode tempétueux. Pour la CdC, ce n’est ni plus ni moins qu’une «carte d’aléas naturels» jugée «fausse scientifiquement» car établie sur le principe d’une île sans digues. 
Estimant cette hypothèse non crédible, la CdC avait demandé à Casagec de réaliser une contre-expertise très poussée, qui prend en compte l’état réel des digues (des relevés ont été effectués sur chacune d’entre elle) et les différents scénarios de tempête (orientation des vents, houle, etc.). «Notre travail fut de s’appuyer sur la méthodologie et de travailler sur les faits, non pas sur une doctrine. Car une doctrine où on efface les digues n’est pas basée sur le risque réel», explique Didier Rihouey, président de Casagec ingénierie. Il en ressort que les brèches seraient moins nombreuses, et surtout qu’il n’est pas possible qu’elles cèdent toutes en même temps. «Nous avons étudié très précisément comment les failles se faisaient et où elles allaient craquer», ajoute Lionel Quillet. Dans ce cas, les secteurs submersibles restent globalement les mêmes, mais les hauteurs d’eau sont moins importantes. Qui détient la vérité ? Difficile de le dire, puisqu’il s’agit de simulations à partir d’un évènement hypothétique, sachant que la nature reste souvent imprévisible. En conséquence, l’Etat, à travers sa méthode, érige le principe de précaution en priorité absolue, alors que la CdC lui oppose un principe de «réalité»… 
 
Suite dans le n° 60, vendu en kiosque sur l'île
 
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