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La préfète (fait) face à la fronde
Sûre de son autorité et parfois piquante envers les élus, la préfète Béatrice Abollivier a entamé le 9 décembre, à Ars-en-Ré, le processus de concertation du Plan de prévention des risques. Devant une salle de plusieurs centaines de personnes largement hostiles, elle a tenu le cap fixé par l’Etat, malgré quelques concessions. Récit.
Une ambiance électrique ! La préfète de Charente-Maritime, même si elle s’y était préparée, a vite compris qu’elle avait mis les pieds en territoire hostile. Venue pour expliquer aux Rétais les enjeux du Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) dans le cadre du processus de concertation, il ne suffit que de quelques hésitations ou phrases malheureuses pour qu’elle ne déclenche les sifflets et autres cornes de brume. Ainsi, lorsque qu’elle déclara, en guise de présentation, que certains sujets ne seraient pas abordés, tels que les opérations à mettre en œuvre lorsqu’une submersion survient ou le post-évènement, le public se manifesta bruyamment. «Nous parlerons du quart nord-est de l’île qui comprend deux dispositifs : les mesures de protection comme le Programme d’actions de prévention contre les inondations (Papi) et la réglementation comme le Plan de prévention des risques (PPR).» Après cette introduction générale où Béatrice Abollivier expliqua les enjeux du processus de «révision du PPRL» (rappelons que l’île de Ré est déjà dotée d’un Plan de prévention des risques naturels – PPRN – depuis 2002), Jean-Manuel Nieto, responsable du risque à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), rappela que le PPRL est «un document de planification pour limiter l’urbanisation et réduire l’exposition au risque des populations et des biens», avant d’en expliquer les enjeux.
L’occasion pour la représentante de l’Etat d’entrer dans le vif du sujet, en évoquant les ouvrages de protection de l’île de Ré et leur prise en compte dans l’élaboration du PPRL : les digues sont considérées en l’état (au moment de l’élaboration du PPRL) et les ouvrages futurs, programmés dans le cadre du Papi, seront pris en considération au fur et à mesure de leur construction, confirmant ainsi l’idée d’un PPRL évolutif. D’où la publication de cartes de modélisation post-Papi (voir JdP n° 60) – décrites comme «un scénario informatif qui montre comment les cartes évolueront» – avec une première tentative pour «rassurer» les Rétais. «Les cartes seront revues au fur et à mesure que les ouvrages seront construits. L’évolution sera forcément plus favorable.» Deuxième salve de sifflets. Quant au dimensionnement des digues, sujet ô combien central, Béatrice Abollivier rappela qu’il avait été négocié dans les Commissions mixtes inondations et que l’Etat, à partir du moment où les collectivités sollicitent son aide (l’Etat finance le Papi à hauteur de 40%), a son mot à dire. «La hauteur des digues s’appuie sur deux critères : l’impératif de protection des populations existantes et la prise en compte d’un critère d’analyse coûts-bénéfices.» Autrement dit, la construction d’une digue n’est justifiée que si son coût est inférieur à la valeur des biens qu’elle défend. Devant la bordée de sifflets, la préfète haussa pour la première fois le ton. «Si vous pouvez vous les payer et que vous n’avez pas besoin de l’argent de l’Etat, vous pourrez les faire plus facilement !» On comprit très vite que la représentante de l’Etat n’est pas du style à se laisser marcher sur les pieds.

Suite dans le n° 61, vendu en kiosque sur l'île
 
 
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