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«Cinq tempêtes équivalentes à Xynthia au XXe siècle»
Xavier Bertin, chercheur en morphodynamique au sein de l’Institut du littoral (Lienss), a axé ses recherches sur la modélisation des submersions marines et sur le phénomène d’érosion. Interview.
 JdP – Quelle est la nature de vos recherches au sein de l’Institut du littoral de La Rochelle ?
Xavier Bertin – Pendant trois ans, nous avons travaillé sur le phénomène de surcote et de submersion marine. En prenant en compte toutes les données scientifiques, nous avons réussi à reproduire par informatique et au plus proche de la réalité ce qui s’est produit pendant Xynthia. Xynthia, c’est compliqué car ce n’est pas une tempête classique. Peu de gens ont réussi à reproduire sans «trifouiller». On a mis nous-mêmes beaucoup de temps : deux personnes à plein temps pendant deux ans, sans compter l’aide de chercheurs étrangers. Nous avons les travaux les plus sérieux sur Xynthia. Nos bons résultats ont beaucoup intéressé le SDIS, le Conseil général et les élus. Ensuite, nous avons travaillé sur les tempêtes passées, pour tenter de comprendre si Xynthia était unique ou non. 
 
Et, en conclusion…
Dans les tempêtes historiques du xxe siècle, nous en avons trouvé à l’échelle régionale cinq autres équivalentes à Xynthia en terme de submersion. Ce sont les tempêtes de 1924, 1940, 1941, 1957 et 1999. 
 
Quand vous dites «équivalentes», cela signifie que l’étendue de la submersion fut la même que lors de Xynthia ? 
C’est équivalent en terme de hauteur d’eau et d’étude de l’étendue de l’inondation, même si Xynthia reste un peu plus haute. Elle est un peu exceptionnelle, mais on peut dire qu’il y en a plusieurs par siècle d’équivalence presque identique. Une de nos équipes de chercheurs a aussi travaillé de façon statistique pour savoir combien de temps en moyenne un évènement comme Xynthia mettait à se reproduire. Pour une hauteur d’eau comme Xynthia, on arrive à 300 ans : on est donc loin des 10 000 ans annoncés partout après la catastrophe ! Mais attention : si on prend des chiffres légèrement inférieurs, largement suffisants pour avoir de graves submersions, c’est beaucoup plus fréquent ! Et n’oublions pas que c’est une moyenne : ça n’empêche pas que le même évènement se produise deux années de suite ! 
 
Que pensez-vous de la publication du rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de fin 2014 qui évoque une hausse du niveau des océans de 98 cm à l’horizon 2100, alors qu’on évoquait jusqu’alors une hausse de 25 cm ?
Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le réchauffement climatique et ses conséquences. Mais plus ça va, plus on se dirige vers les scénarios les plus pessimistes. Aujourd’hui, je ne vois pas par quel miracle on pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’hypothèse d’une hausse d’un mètre des océans d’ici 2100 n’appartient plus à la science-fiction, elle n’est plus farfelue. Aujourd’hui, les 25 centimètres, personne n’y croit plus ! Si on restait sur le niveau actuel, c’est-à-dire 3,2 mm de hausse par an, cela ferait déjà 32 cm sur un siècle. 
 
On a l’impression que les tempêtes sont de plus en plus fréquentes et aussi plus violentes…
La plus grosse incertitude, c’est la fréquence des tempêtes. La plupart des modèles donnent moins de tempêtes mais de plus en plus violentes. Ce qui est sûr, c’est que le changement climatique aura un impact. On observe aussi depuis quelques années une évolution des cyclones : ils ont tendance à s’écarter de la bande tropicale. Pas au point de finir leur route chez nous, mais on ne sait pas quelles seront les évolutions. Est-ce qu’ils vont finir par toucher nos latitudes ? C’est une grosse incertitude et, si c’était le cas, les conséquences seraient très graves.
L’hiver dernier fut exceptionnel. Sur les soixante dernières années, c’est l’hiver où nous avons observé les plus grosses vagues, surtout sur l’Atlantique Nord où nous possédons des données suffisamment longues, en particulier sur les Cornouailles. Pour le golfe de Gascogne, qui nous concerne en particulier, il nous faudrait des séries de données plus longues. Mais on observe une petite hausse de la hauteur des vagues ces dernières années. Je pense que c’est peut-être une des explications à l’érosion importante des plages et de la côte, que l’on a du mal à expliquer. La hauteur des vagues n’a jamais été considérée dans les modèles, à tort je pense… Car on a toujours considéré les vagues comme une donnée fixe, qui n’évolue pas.

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