Météo
 
A l’écoute des visiteurs de prison
Ils sont à la fois l’½il de la société sur l’univers carcéral, l’oreille attentive des détenus et le c½ur au service des personnes les plus en marge de notre société. A Saint-Martin, ils sont treize bénévoles à se rendre chaque semaine à la maison centrale. Découverte, grâce à deux d’entre eux, d’un engagement citoyen peu connu.
«Un assassin, un violeur d’enfant, un braqueur meurtrier multirécidiviste est-il encore un être humain ou est-il devenu un monstre auquel il est légitime de faire subir les pires châtiments ? D’aucuns pensent que tout prévenu a droit à un procès équitable, à une peine proportionnée et à des conditions de détention dignes», explique Claude Boudesseul pour expliquer son engagement en tant que membre de l’Association nationale des visiteurs de prisons (ANVP). Un engagement citoyen propre à chacun, dont les motivations restent très subjectives et difficiles à appréhender, mais «qui relèvent toujours d’une démarche altruiste et d’un désir de servir». Aussi vrai qu’on ne s’engage pas pour une cause par hasard, on ne devient pas visiteur de prison par hasard. Denise Piau, visiteuse et correspondante de l’ANVP à la maison Centrale de Saint-Martin, la plus grande de l’hexagone avec environ 400 détenus, fut chef d’établissement en zone d’éducation prioritaire et voit essentiellement dans sa décision un engagement citoyen. C’est une suite logique à sa vie professionnelle. «J’ai été en contact avec des jeunes qui faisaient parfois des séjours en prison, quand ce n’était pas leurs parents. Je me suis sentie interpellée. Et je m’étais promis qu’une fois à la retraite je m’investirais dans les prisons.» De son côté, Claude Boudesseul, ancien fonctionnaire de l’Education nationale, fut en contact direct avec l’univers carcéral en tant que responsable des formations techniques à la prison de Saint-Martin… C’est donc tout naturellement qu’il a décidé de devenir visiteur. «A l’époque, certains de mes collègues ne voulaient pas y aller car ils pensaient qu’ils n’en sortiraient pas vivant ! En fait, je me suis vite rendu compte qu’il y avait ici une certaine normalité. Nous avons affaire à des gens normaux.» Par ailleurs, les deux visiteurs insistent sur le fait que cet engagement n’est pas exclusif, mais s’inscrit dans une démarche citoyenne beaucoup plus globale. «Nous adhérons à beaucoup d’autres associations dans différents domaines», confie Denise Piau.
Dans le cadre d’un mémoire sur les intervenants en prison, Clara Grisot a «visité les visiteurs de prison» à travers une vingtaine d’entretiens, complétés par une centaine de questionnaires. Grâce à ce panel assez large, elle a pu constater certaines constantes dans les motivations des visiteurs. Elle constate en premier lieu qu’«un nombre non négligeable de personnes interrogées reviennent sur des épisodes de leur enfance où ils sont face à une prison et à l’incompréhension que cela représente», citant plusieurs visiteurs ayant grandi à proximité d’une prison : cela aurait nourri une certaine curiosité et l’envie d’aller voir ce qui se cachait derrière ces hauts murs et ces grilles massives. La sociologue évoque ensuite des motivations liées à la «charité», non dénuées de fondements religieux. «Plusieurs visiteurs ont exercé des responsabilités au sein de la communauté chrétienne ou ont des convictions religieuses prononcées. Certains ont été redirigés vers l’ANVP après avoir fait une demande auprès de l’aumônerie. Le facteur religieux est un élément fondateur de l’association et explique de fait l’engagement d’un certain nombre de visiteurs.» Bien que confessionnelle à ses origines, l’association se veut aujourd’hui laïque3. Ainsi, pour Claude Boudesseul, «s’il peut y a voir chez certains l’idée d’une rédemption» et de «justice restaurative», ce n’est pas le sens de son engagement, ni celui de Denise Piau qui placent la notion de laïcité et de sens républicain au centre de leur action. 
Pour d’autres, l’adhésion à l’association serait le résultat d’un parcours syndical soutenu, «alimenté par un profond attachement au collectif». Enfin Clara Grisot a relevé dans son analyse un certain «anticonformisme» des membres de l’ANVP, citant un visiteur qui parle de refus de «l’ordre établi» et de son souci de s’intéresser aux personnes en marge de la société, «quelle que soit la marge».

Suite dans le n° 62, vendu en kiosque sur l'île
 
Immobilier et partenaires