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Sur la route des métiers d’art
Sur l’île de Ré, ce parcours original vous conduira au fil des ateliers, à la rencontre d’artisans toujours prêts à parler de leur métier avec passion et désireux de partager leur savoir-faire unique.
Un artisan qui envoie du bois !

Installé depuis 2011 à Sainte-Marie, Didier Courmont se passionne depuis l’adolescence pour l’ébénisterie, qu’il a découverte il y a près de quarante ans. Discret, il possède un savoir-faire hors pair.

Né à La Rochelle en 1965, Didier Courmont quitte la région très jeune pour suivre son père, employé en région parisienne dans les usines Citroën. Il voit alors souvent sa grand-mère, qui lui donne le goût de la nature et des balades en forêt. Les arbres le fascinent. La révélation a lieu alors qu’il rend visite à son grand-oncle, boulevard Voltaire à Paris. Ce quartier est le fief des ébénistes et le jeune garçon s’invite sans complexe dans leurs ateliers. «Dès l’âge de 12 ans, j’ai commencé à découvrir qu’on pouvait transformer un simple bout de bois en objet et lui donner ainsi une seconde vie. Je me suis dit : pourquoi ne pas en faire mon métier ?» Il poursuit sa scolarité jusqu’au lycée professionnel, et envisage de se présenter à l’école Boulle, le Graal des métiers d’art. «Cela m’aurait ouvert beaucoup de portes mais j’ai renoncé en raison des frais de scolarité», explique l’ébéniste. Il intègre finalement l’école des métiers d’art et de décoration de Saint-Quentin, dans l’Aisne, qui possède l’avantage de se trouver à proximité de son domicile familial. Il en sort en 1983 avec un CAP ébénisterie/décoration et d’excellentes aptitudes… A tel point qu’on lui propose d’intégrer l’école comme professeur ! «J’ai dit non car j’avais besoin de toucher la matière et de vraiment travailler le bois.» Il trouve son premier boulot en septembre de cette même année, dans un petit atelier de fabrication de meubles, à Pontoise, où il peut enfin mettre en pratique son savoir-faire. 
 
Les angles « bizarres » de l’île de Ré
Après avoir exercé ses talents pendant 18 ans chez un patron dans le Val-d’Oise, Didier décide en 2011 de voler de ses propres ailes et de rentrer «au pays». Après avoir restauré une maison à Sainte-Marie-de-Ré, il crée une extension pour son atelier et se constitue peu à peu une clientèle. Avec la mode du mobilier standardisé et industriel, à des prix défiant toute concurrence, pas évident de se faire une place… «Surtout que beaucoup de gens ont perdu la notion de temps passé au travail», explique l’artisan, qui prend l’exemple d’une cuisine faite entièrement sur-mesure, et facturée 4 000 € à un client. «J’ai utilisé du Corian pour la tablette, qui revient à 1 600 €. Sans compter le bois et la quincaillerie, sur laquelle je ne me fais aucune marge, explique le professionnel. Je préfère qu’on me paye mes heures de travail. Je suis honnête dans ma démarche et je présente toutes les factures à mes clients.» Un meuble qui aura nécessité pas moins de quinze jours de travail. Sans compter le temps passé chez le client pour «s’imprégner des lieux» et le croquis réalisé à la main. Car tout est fait sur mesure afin que le mobilier s’intègre le plus parfaitement possible à la configuration des lieux. Et sur l’île de Ré, cela n’est pas une mince affaire ! «Dans les vieilles demeures, les murs ne sont pas souvent droits et les angles un peu bizarres», ironise le professionnel. 
Et parfois, les demandes sont très spécifiques. Comme dans ce restaurant rétais où l’ébéniste a récemment réalisé un bar de 3,50 mètres de long, pour lequel il a fallu intégrer trois contraintes : la tireuse à bière, un meuble réfrigéré et une partie plus basse pour les personnes en fauteuils roulants. Idem dans ce cabinet d’esthéticienne où la responsable avait des besoins particuliers liés à son activité. Il y a aussi toute la partie «rénovation» de vieux meubles. Car si «les anciens vieillissaient avec leurs meubles», on veut aujourd’hui donner un coup de jeune à son mobilier, qu’il s’agisse de style Louis XV, Louis XVI ou Régence. Les patines colorées sont ainsi très tendance. «Par contre, il faut qu’elles soient en cohérence avec le meuble.» Là, le professionnel n’a pas le droit à l’erreur. Outre le côté sentimental pour le client, certains meubles sont cotés et même parfois signés. «Un jour, j’ai retapé une table guéridon qui appartenait à une grande famille de banquiers suisses. J’ai appris après coup que sa valeur était estimée à 1,3 million de francs ! Mon patron de l’époque ne me l’avait pas dit pour éviter que je tremble !» 
Dans son métier, il réalise tout de A à Z, qu’il s’agisse de restauration ou de création pure. Aujourd’hui, il travaille seul. Pas question pour l’instant de former des apprentis car ses expériences en la matière l’ont refroidi. «C’est très compliqué avec la nouvelle génération. Dans mon précédent boulot, ça s’est mal passé car les jeunes n’écoutent rien. Et je ne veux plus perdre mon temps à faire la police ! Par contre, si dans quelques années je rencontre un jeune qui veut vraiment se donner les moyens, je lui transmettrai mon savoir avec plaisir. Je le mettrai sur les rails. Mais c’est clair que pour faire ces métiers-là, il faut être passionné.»

Visite de l’atelier du lundi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 18h. Sur rendez-vous.
14, petite rue de l’Abbaye. Tél. 06 30 41 32 19
didier.courmont@club-internet.fr

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 64, vendu en kiosque sur l'île
 
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