Météo
 
Histoire - Saint-Martin en état de siège
Guillaume Cudennec, responsable du patrimoine à la ville de Saint-Martin, spécialisé en architecture militaire, présente les fortifications Vauban à travers les dernières recherches en matière de stratégie défensive*. Explications.
Au début du XVIIe siècle, les îles charentaises revêtent un enjeu stratégique de premier ordre pour le pouvoir royal, confronté à la sécession protestante. La Rochelle en est la place forte et les îles de Ré et d’Oléron apparaissent comme des sites stratégiques en raison de leur position géographique. Pour encercler La Rochelle, place forte du protestantisme, le pouvoir catholique décide de fortifier les îles, véritables têtes de pont au large. Dès 1625, le fort de la Prée est construit au sud de Ré, puis la première citadelle de Saint-Martin ainsi que la citadelle du Château-d’Oléron. En 1627, la citadelle de Saint-Martin résiste à l’assaut des forces anglaises et protestantes du duc de Buckingham, grâce à la défense acharnée des troupes royales dirigées par le général Toiras. En 1629, c’est La Rochelle qui tombera, après le siège de Richelieu. Du coup, toutes les fortifications de cette époque seront détruites (y compris les murailles de La Rochelle), excepté le fort de la Prée. 
En 1681, Vauban, nommé commissaire général des fortifications du royaume, est chargé par Louis XIV de mettre en place un projet global de défense de l’île de Ré, qui reste alors une proie facile pour les assaillants. L’objectif n’est plus forcément la lutte contre les protestants, vaincus cinquante ans plus tôt, mais la protection de l’arsenal royal de Rochefort et du commerce du sel organisé depuis le port de Brouage. Comme l’explique Guillaume Cudennec, «défendre l’île de Ré, c’est protéger Rochefort et les exportations de sel». L’ingénieur du roi planifie la construction d’une immense citadelle composée de sept bastions, susceptible de tenir un siège et d’abriter l’ensemble de la population de l’île de Ré, qui compte à l’époque près de 16 000 habitants ! Alors qu’on dénombre 150 sites fortifiés par Vauban sur toutes les frontières de l’Hexagone, Saint-Martin, dont il dessine lui-même les plans, est une priorité sur la façade atlantique. 
 
Galeries secrètes
Les murs de l’ancienne citadelle sont donc remontés et Vauban fait construire une immense enceinte entourant le noyau urbain de Saint-Martin. Les remparts de la citadelle seront ainsi édifiés en quarante jours seulement ! Quant à l’enceinte de la ville, il faudra cinq ans pour en achever la construction. La citadelle est prévue pour abriter une garnison de 2 500 militaires et 3 500 miliciens insulaires, soit 6 000 hommes au total. Il imagine un plan carré «en étoile», doté de nombreux bastions pour assurer une meilleure défense. Dans la ville, l’ancien cimetière est transformé en place d’armes (actuelle place de la République) et une rue est percée dans l’axe de la porte de La Flotte, connue aujourd’hui sous le nom de porte de Toiras. La porte de La Couarde (actuelle porte des Campani) est légèrement décalée par rapport au plan initial, afin de la faire coïncider avec une rue déjà existante. «Il s’agissait d’éviter de détruire des maisons et de limiter les déplacements de populations, et sûrement de faire des économies en évitant les expropriations», explique le spécialiste en architecture militaire. 

Suite dans le n° 64, en vente en kiosques sur l'île

Illustration © région Poitou-Charentes, inventaire général du patrimoine culturel. Christian Rome, 2015 issue des Archives départementales de Charente-Maritime

* A l’occasion du 7e anniversaire de l’inscription des fortifications Vauban à l’Unesco, le musée Ernest-Cognacq proposait le 2 juillet dernier une conférence de Guillaume Cudennec sur l’histoire de l’enceinte fortifiée de Saint-Martin-de-Ré.
 
Immobilier et partenaires