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Voyage au bout de l’enfer (1/2)
Antoine Joubert, jeune couardais de 26 ans, s’est rendu fin 2014 dans le Donbass, sur la ligne de front, pour photographier les réfugiés de guerre. Récit d’un incroyable périple, réalisé au péril de sa vie.
C’est le type d’aventure qui marque une vie. Une sorte de «montagne russe» mentale où les pires moments de désespoir succèdent à de trop brefs instants d’adrénaline. Pendant ces minutes qui paraissent des heures, alors que les balles des snipers fusent au-dessus des têtes, le temps est comme suspendu. Et la vie ne tient qu’à un fil. Non, Antoine Joubert, jeune couardais de 26 ans n’est pas reporter de guerre. Ni même une «tête brûlée». Un jeune rétais comme un autre, conducteur de travaux sur les chantiers, et surtout passionné de photographie argentique. Certes, il a toujours aimé vadrouiller dans des pays où le Club Med n’aurait pas même idée de s’implanter : Tchad, Moldavie, Roumanie, pays de l’ex-Yougoslavie et Pologne. Ah la Pologne, le pays où la grand-mère a vu le jour et dont Antoine est littéralement tombé amoureux ! «Les gens sont tellement accueillants. Parfois ils n’ont rien et sont prêts à tout vous donner. On retrouve cette atmosphère dans tous les pays de l’Est», confie Antoine. 
Un beau jour d’août 2014, lorsqu’il annonce à sa mère qu’il souhaite faire une randonnée dans la région de Cracovie, cette dernière n’est pas surprise. Le secret de sa destination finale – le Donbass – il le partage uniquement avec sa fiancée d’alors, Paola, et son pote d’enfance Stef. Il a convenu d’envoyer au moins un SMS par jour pour dire où il se trouve et avec qui, et a donné quelques numéros de téléphone à Paola en cas de situation d’urgence. Le contexte ukrainien est alors explosif. Six mois plus tôt, des manifestants pro-occidentaux ont occupé la place Maïdan à Kiev, demandant le départ du président pro-russe Ianoukovitch. La réponse de l’armée est terrible, et la répression tourne au bain de sang : des dizaines de morts et plusieurs centaines de blessés. Suite au carnage, et soumis à la pression populaire, Ianoukovitch, destitué par le Parlement dans la nuit du 21 au 22 février 2014, quitte le pouvoir et trouve refuge en Russie. C’est au moment des évènements de la place Maïdan qu’Antoine commence à s’intéresser à l’Ukraine. Il suit au jour le jour les évènements, par les journaux et internet. Un soulèvement populaire aux portes de l’Europe, d’un pays dont les habitants souhaitent le rattachement avec l’Europe occidentale ? Antoine a alors du mal à comprendre les tenants et les aboutissants du conflit. Il note de nombreuses incohérences dans la manière dont sont relatés les faits dans les médias. Pour comprendre le point de vue russe, il lit Sputnik, un site d’information soutenu par le Kremlin et souvent présenté comme un outil de propagande. Antoine a juste le «défaut» d’être trop curieux. «C’est là que j’ai décidé d’aller sur place, sur le terrain, pour tenter de comprendre ce qui se passait réellement et me faire ma propre opinion !» Entre temps, les régions russophones de l’est du pays, situées tout autour de la région minière du Donbass, ont fait sécession, soutenus discrètement par la Russie, créant un conflit larvé entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes. La ligne de front est à proximité de Donetsk. C’est dans cette ville qu’Antoine souhaite se rendre…

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