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Dossier - Ile de Ré (1945-2015) : la saga d’un succès
Dans les dix prochains numéros du journal, nous vous proposerons une histoire de l’évolution de l’île de Ré et de ses villages depuis l’après-guerre. Premier épisode de cette série : l’évolution globale du territoire.
1– Une modernisation tardive de l’agriculture
 
L’île de Ré est un territoire rural, qui, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, reste très ancré dans ses traditions et n’a finalement pas connu d’évolutions majeures depuis plusieurs décennies. Comme l’explique Jacques Boucard dans un ouvrage à paraître en février1, l’île de Ré va connaître une modernisation décalée par rapport à d’autres régions rurales «continentales», du fait principalement de son isolement. Son développement et son ouverture à la modernité seraient ainsi davantage à comparer avec ceux des régions montagneuses, également peu accessibles, que des campagnes picto-charentaises voisines. «Ré s’inscrirait donc parmi ces territoires tenus un peu à l’écart des grands axes et des grandes tendances qui ont résisté plus longtemps aux changements inéluctables qui frappaient le monde rural.» 
Au sortir de la guerre, le paysage de l’île est donc peu ou prou le même qu’un siècle plus tôt : beaucoup de vignes et des terres très morcelées et partagées entre de multiples propriétaires, qui pratiquent la plupart du temps une polyculture vivrière. Un morcellement qui est le «fruit d’une société profondément égalitaire qui ne connaît pas le droit d’aînesse»… Lors des successions, les terrains sont en effet divisés entre tous les enfants, entraînant un véritable puzzle agricole. Le premier remembrement2 sur l’île a lieu à Sainte-Marie en 1947 et mettra une dizaine d’années à aboutir, tant les parcelles sont nombreuses. Au final : une réduction de 90% des 42 300 parcelles recensées sur la commune. Il en reste malgré tout environ 4 000 à l’issue de cette première phase, qui sera suivie d’une seconde phase sur les parcelles sableuses de la commune en 1964. 
En 1974, le remembrement a été effectué sur six communes de l’île et il est encore en cours à Loix. Seules exceptions : La Flotte et Rivedoux, communes assez peu viticoles donc peu concernées, et La Couarde qui, au contraire, possède le vignoble le plus dense. La raison ? L’opposition d’un important groupe d’agriculteurs âgés bloquant l’opération, montrant les difficultés propres à un remembrement en pays viticole. «Quoi qu’il en soit, il faudra près de trois décennies pour restructurer complètement le paysage agraire rétais et permettre l’arrivée de la mécanisation», explique Jacques Boucard. Peu à peu, le cheval de trait laisse la place au tracteur, qui s’impose définitivement à la fin des années 80.
Bien que tardive par rapport au reste de l’Hexagone, cette modernisation entraîne logiquement, parallèlement à la diminution du nombre des parcelles, une baisse des effectifs agricoles. Entre 1963 et 1970, le nombre de propriétaires passe de 1 044 à 559 ! Entre 1970 et 2000, la surface agricole utile passe de 2 644 hectares à 1 595 hectares, alors que la superficie du vignoble est réduite de moitié, de 1 146 hectares à 645 hectares. Quant au nombre global d’exploitations, il passe de 570 à 171, suivant la même pente que le nombre d’actifs, de 559 à 220…
On remarque que la taille du vignoble diminue de manière significative, malgré les progrès de la mécanisation et l’usage intensif des engrais chimiques, qui remplacent le varech, utilisé traditionnellement sur l’île de Ré et qui donnait un goût iodé propre au vin local. Après avoir atteint plus de 5 000 hectares à la fin du xixe siècle, avant la crise du phylloxéra, la viticulture ne représente en 2005 que 600 hectares cultivés, soit 40 000 à 50 000 hectolitres par an sur 71 exploitations. La création de la coopérative à Sainte-Marie, en 1951, va néanmoins permettre aux viticulteurs de mutualiser leurs moyens, d’améliorer la qualité de leur vin et d’en assurer la promotion et la commercialisation.

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 66, vendu en kiosque sur lîle.
 
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