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Voyage au bout de l’enfer (2/2)
Antoine Joubert, jeune couardais de 26 ans, s’est rendu fin 2014 dans le Donbass, sur la ligne de front, pour photographier les réfugiés de guerre. Suite de son voyage au c½ur du conflit, ou quand la vie ne tient qu’à un fil…
Dnietropetrovsk est certes sous contrôle ukrainien, mais Antoine n’est pas dupe de la situation. «Vu l’équipement totalement obsolète de l’armée ukrainienne, il m’apparaît alors évident que si les Russes voulaient envahir le pays, ils pourraient prendre Kiev en quinze jours.» Pour se rendre à Donetsk, impossible d’emprunter le trajet le plus court. Les chars d’assaut, en gagnant la ligne de front, ont totalement défoncé la route. Antoine et son fixeur Lubomir1 doivent remonter vers le nord, à Karkiv, pour redescendre ensuite vers la capitale du Donbass. Devant l’afflux de réfugiés qui fuient les zones de combat, la gare de Karkiv s’est transformée en immense dortoir. Dans les trains, les fouilles de l’armée sont permanentes. Pour ne pas attirer l’attention, Antoine décide de planquer son appareil photo numérique au fond du sac et de ne sortir que son argentique. «ça peut paraître un détail, mais c’était super important. Avec un argentique, on ne peut pas transférer d’informations en instantané et les soldats sont donc moins méfiants !» 
A Lougansk, Antoine et son comparse sont accueillis en grande pompe : un gradé ukrainien vient les chercher en jeep. Parade militaire pour Antoine ! Des séparatistes ont occupé la ville pendant quelques semaines, mais l’armée ukrainienne est parvenue à les déloger. Pour la première fois, Antoine découvre des rues entières rasées par les bombes. Lubomir, pour expliquer la situation, dessine sur une feuille les chars d’assaut et, au milieu, la ligne de front. Au loin, à quelques kilomètres, Antoine entend les pilonnages. Un bruit de fond permanent, qui jamais ne cessera. Pour progresser dans ce bourbier, le fixeur prend contact avec des habitants dans les différents villages traversés, qui les aident à contourner les checkpoints ou à les franchir avec «diplomatie». Lors d’un contrôle, la discussion s’envenime avec les militaires. Pour Antoine, il est hors de question de présenter son passeport, qui risquerait de lui être confisqué. «Je faisais semblant de ne pas comprendre. J’ai alors sorti mon portefeuille et j’ai vu ma carte vitale qui dépassait. Sans réfléchir, je l’ai sortie et présentée au militaire. Il l’a prise, l’a regardée de façon un peu sceptique, et m’a fait signe de passer !» Les deux hommes parviennent à Djerzik, une ville stratégique située dans la banlieue de Donestk. Connue comme la capitale de la mafia en Ukraine, cette ville est le carrefour de tous les trafics, de drogue, d’armes et de prostituées. «C’est une des veines qui alimente les séparatistes de Donetsk. Tout transite par ici, c’est une position stratégique», explique le Rétais. Les gens continuent à travailler, comme si de rien n’était, mais six ou sept fois par jour, des escarmouches viennent rappeler que le pays est en guerre. «ça pétait de temps en temps, il y avait 3 ou 4 tirs de mortier par jour. Mais ça n’était quand même pas le Débarquement !»

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 66, vendu en kiosque sur lîle.
 
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