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Les Portes : de l’oubli à la renommée
Ou comment le village le plus miséreux de l’île est devenu, en à peine un demi-siècle, un des lieux les plus prisés de l’Hexagone et un repère de propriétaires fortunés. Récit d’une incroyable destinée.
Conter les 60 dernières années des Portes-en-Ré, modeste village salicole du «bout du bout» de l’île de Ré, c’est retracer l’histoire d’un destin hors du commun. Qui aurait parié, après la Seconde Guerre mondiale, que le prix du m2 habitable deviendrait en quelques décennies l’un des plus chers de l’Hexagone ? Depuis le milieu du xixe siècle, où elle atteint son pic démographique (1 203 habitants en 1851), Les Portes-en-Ré connaît un déclin presque irrémédiable, tant cette commune lointaine ne disposait, en dehors de son cadre exceptionnel, que de peu d’atouts. Avec la crise du commerce du sel1 (concurrence des sels du Midi), source de revenus importants pour la commune, suivie d’épidémies de choléra, la population décroît assez fortement jusqu’à la fin du siècle. Au début du xxe siècle, le dépeuplement se poursuit, essentiellement dû à l’exode de Portingalais soucieux de trouver un emploi sur le continent. En 1911, la commune ne compte plus que 683 habitants et la Première Guerre mondiale, en provoquant une saignée dans la population masculine jeune, ne fait qu’amplifier la crise. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Les Portes-en-Ré est devenu un minuscule village de 365 habitants, même si le conflit de 1939-45 n’a eu que peu d’incidences sur cette baisse (trois Portingalais morts au combat). En un siècle, la commune s’est tout simplement vidée des trois quarts de ses habitants !
 
Village le plus pauvre de l’île
En raison de son isolement géographique, les conditions de vie y sont particulièrement difficiles et l’émigration presque inéluctable : les femmes trouvent des places de bonnes sur le continent, les hommes partent travailler en ville et ceux qui restent tentent de survivre en pratiquant la polyculture vivrière (sel, vigne et élevage de moutons, la commune possédant le plus important troupeau de l’île). «Dans les années 50, quand j’étais gamin, je me souviens de mon grand-père, un cultivateur moyen, qui avait du mal à vivre, évoque Michel Fruchard, Portingalais passionné d’histoire locale. Personne n’était riche ici et c’était, avec Loix, l’un des plus pauvres villages de l’île.» Les cultivateurs possèdent des terrains et des maisons, parfois plusieurs, mais celles-ci ne valent rien. «Elles étaient vides car personne ne voulait venir habiter ici et les gens s’en débarrassaient.» C’est pourtant l’époque où les premiers baigneurs, qui avaient pointé le bout de leur nez déjà dans les années 30, sont de plus en plus nombreux à découvrir les charmes de la presqu’île du Fier. Il s’agit surtout d’un tourisme de «proximité», composé de Charentais qui connaissent l’île de Ré et se rêvent en «Robinsons» des temps modernes, mais aussi de quelques habitants de grandes métropoles. Pour venir jusqu’ici, au bout du bout de l’île, il faut une certaine motivation : pour un Parisien, il faut compter six heures de train pour aller jusqu’à La Rochelle, prendre un bus jusqu’à la Pallice, attendre le bac… Puis, une fois la traversée effectuée, reprendre un bus qui met deux heures pour atteindre l’extrémité septentrionale de l’île. Une véritable aventure !

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 68, vendu en kiosque sur l’île.
 
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