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Histoire - Un train pas comme les autres
Surnommé «le tortillard» en raison de sa lenteur et de ses avaries techniques, le train de l’île de Ré eut une existence courte, de 1898 à 1947, mais qui a marqué la mémoire collective.
Le «tortillard»… un surnom à la fois ironique et affectueux, qui résume le rapport des Rétais vis-à-vis de leur «p’tit train», qui grinçait, déraillait parfois et était souvent en retard ! Mais il fit partie du paysage insulaire pendant presque un demi-siècle, de 1898 à 1947, alimentant bon nombre d’anecdotes. Le projet d’un chemin de fer sur l’île de Ré est lancé en 1877 par le Conseil général de Charente-Inférieure, à une époque où le train accompagne et nourrit la Révolution industrielle : de 1827 à 1842, près de 600 kilomètres de lignes sont construites dans l’Hexagone. Ce plan national, baptisé étoile de Legrand, vise à créer un réseau à cinq branches pour relier Paris aux différentes frontières du pays. En 1878, le plan Freycinet, imaginé par le ministre des Travaux publics du même nom, vise à compléter le programme précédent par un réseau secondaire, afin de désenclaver les régions les plus isolées du territoire par un raccordement des préfectures et chefs-lieux de canton au réseau national. Dans la continuité, à partir de 1880, des lignes «secondaires» fleurissent sur l’ensemble du territoire, sur des voies plus étroites, offrant aux usagers un service publique de transports, qu’il s’agisse de métropolitains, funiculaires… et trains de bains de mer ! D’où l’apparition des «tortillards», ces trains économiques souvent confiés à des compagnies privées comme la Société commerciale des chemins de fer économiques, qui exploite à elle seule 3 500 kilomètres de voies ou la Compagnie des chemins de fer départementaux (2 300 kilomètres). «Economiques», car les normes sont plus souples que les trains nationaux, que l’on parle de l’étroitesse des voies (750 mm), de la qualité du ballast (posé à même le sable sur l’île de Ré), de la signalisation et les passages à niveaux (souvent sans barrières de sécurité), de la rusticité des «gares» ou même du confort sommaire des wagons. Concernant le tracé du train de l’île de Ré, il est approuvé en 1887 et une gare est construite à Rivedoux, sur la pointe de Sablanceaux, d’où le «tortillard» met 1h30 dans le meilleur des cas pour rallier Les Portes-en-Ré, en passant par Sainte-Marie, la Noue puis obliquant vers La Flotte, Saint-Martin, Le Bois, La Couarde, le Martray, Ars et Saint-Clément. Ce réseau «d’utilité publique» est confié à Joseph Jencard, un entrepreneur lyonnais qui fonde la Compagnie des chemins de fer économiques des Charentes, responsable de près de 900 kilomètres de voies dans la région. Sur l’île de Ré, le premier train de voyageurs s’élance en grandes pompes le 9 juillet 1898. Pour les îliens, peut-être plus marqués qu’ailleurs par l’isolement, c’est un symbole de modernité incroyable.

Retrouvez la suite dans le n° 71, vendu en kiosque sur l’île.

 
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