Météo
 
La Couarde, secrets d’histoire
Le village du centre de l’île a connu très tôt le succès touristique, mais a su garder un équilibre plutôt intéressant entre agriculture, développement urbanistique et tourisme. Le passionné d’histoire locale Michel Pelletier1 nous en dévoile des aspects peu connus.
Si les tendances en matière de tourisme sont globalement les mêmes dans tous les villages de l’île de Ré, le village de La Couarde fait figure de tête de pont. Un détail ne trompe pas : l’extension de son nom avec l’épithète «sur-Mer» afin de valoriser cette nouvelle vocation touristique est adoptée dès 1905, là où d’autres communes attendront l’après-guerre (soit une trentaine d’années) pour compléter leur nom : Le Bois ne deviendra Le Bois-Plage qu’en 1930. Avec ses cinq kilomètres de plage, la petite commune du centre de l’île avait très vite compris l’intérêt qu’elle avait à valoriser cette géographie bénie des dieux, à moins que ce ne fussent les pionniers du tourisme insulaire qui ne l’incitèrent à exploiter ce gisement. On pourra toujours s’étonner du choix de ces premiers touristes, non pour la qualité du village ni même pour celle de son littoral, mais pour les obstacles qu’on imagine immenses à y accéder par bateau puis par des chemins chaotiques et mal entretenus. Mais c’est probablement ce désir d’aventure, de solitude et de proximité avec la nature qui voit les premiers «étrangers» débarquer dès le milieu du xixe siècle. Les sources manquent pour en comprendre les raisons, mais on peut aisément imaginer que le hasard, ou quelques connaissances, ont conduit ces premiers estivants sur les plages couardaises et que le bouche-à-oreille a fait le reste. Une question presque anecdotique, tant ce tourisme pionnier ne concerne que quelques familles aisées, se comptant sur les doigts d’une main. 
 
La Couarde, précurseur du tourisme sur l’île
A la suite de ces premiers «aventuriers», les embryons d’un tourisme organisé furent aussi très précoces, et l’on peut clairement en identifier le point de départ, dès la fin du xixe siècle ! Il faudra un concours de circonstances incroyable pour que La Couarde devienne la «station balnéaire la plus en faveur de l’île», comme l’écrivent les journalistes de l’époque. L’histoire débute en août 1890. Sadi Carnot, président de la République, se rend en Charente-Inférieure à l’occasion d’une visite officielle. L’illustre visiteur arrive en gare de La Rochelle le 18 août au soir, puis inaugure le lendemain le nouveau port de La Pallice, tout juste sorti de terre. Le 20 août, il embarque pour Saint-Martin-de-Ré puis visite La Couarde et Ars-en-Ré. 
La visite de Sadi Carnot, la première d’un président de la République sur l’île de Ré, se conclut par un grand banquet à l’ombre du phare de Saint-Clément-des-Baleines. Le lien avec La Couarde me direz-vous ? A l’époque, déjà, les déplacements présidentiels sont très médiatisés et Sadi Carnot est accompagné d’une cohorte de journalistes qui découvrent l’île de Ré pour la première fois. Parmi eux, se trouve un représentant du Petit Journal, quotidien républicain libéral très en vogue et dont le directeur de la rédaction prépare le lancement d’un supplément illustré consacré aux voyages et aux lieux de villégiature. Même si le nouveau magazine n’aura pas un énorme succès, il offrit à La Couarde un coup de projecteur exceptionnel dans sa rubrique consacrée aux «Petits trous pas chers» ! Dès l’été 1891, que l’on peut considérer comme la première «saison touristique» sur l’île de Ré, 150 «baigneurs» se rendent en villégiature à La Couarde ! «Cette première saison, qui succédait à un hiver très rigoureux, bénéficia d’un grand beau temps et les premiers baigneurs en profitèrent sous le regard étonné et souvent goguenard des Couardais», explique Jean Druesne2. Elle se conclut malheureusement par une tragédie avec la première noyade enregistrée dans la nouvelle station balnéaire, le 27 août.

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 72, vendu en kiosque sur l’île.

 
Immobilier et partenaires