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Histoire - Saint-Martin à bon port (1/2)
La capitale administrative de l’île, dotée d’un port marchand actif au début du xxe siècle, a connu une traversée du désert des années 1930 à 1960, avant un rebond grâce aux retombées économiques du tourisme. Récit.
 1. Le port au centre de tout
Comment évoquer l’histoire de Saint-Martin-de-Ré sans commencer par celle de son port ? Aujourd’hui, les bateaux de plaisance ont définitivement remplacé les bateaux de pêche et de commerce, symboles de cette île qui a trouvé dans le tourisme et l’économie des loisirs un nouvel eldorado. Comme en témoignent les riches façades des maisons d’armateurs, le port de Saint-Martin fut un port de commerce florissant jusqu’en 1914 : les grands voiliers acheminaient vers les pays nordiques les vins et sel de l’île de Ré, rapportant au retour du bois de construction ou du charbon, dont l’île était dépourvue. Ceux qui partaient vers le Canada, pour éviter le voyage retour à vide, étaient lestés de galets du Saint-Laurent : on les retrouve d’ailleurs dans le pavage de certaines places de la commune, notamment autour de l’église. 
Ce port de marchandises va peu à peu s’éteindre à partir des années 30 en raison de plusieurs évolutions. Déjà, le petit train de l’île de Ré, qui permet depuis 1898 le transport de passagers et de marchandises, avait réduit son tonnage. Lorsqu’il cesse de circuler en 1935, les autocars (de la Régie départementale Aunis et Saintonge) avaient déjà commencé à prendre le relais pour les passagers et les camions pour les marchandises. S’en suit un lent déclin pour le port de Saint-Martin, qui ne conserve que quelques bateaux de pêche. La plupart sont d’ailleurs construits directement sur le port par le chantier de construction naval, qui fournit du travail à de nombreux martinais . En effet, si la pêche a atteint son apogée à la fin du xixe siècle avec près de 300 navires attachés aux ports rétais (essentiellement à La Flotte et Saint-Martin), elle connaît aussi une inexorable décadence dès la Première Guerre mondiale à cause de la surpêche, du manque d’investissements et de la concurrence de La Rochelle. Si bien qu’avant 1945, Saint-Martin ne compte plus qu’une dizaine de bateaux de pêche, déclin qui entraîne avec lui celui des chantiers navals.  Certes, le port possède toujours une activité importante de transport de passagers, grâce aux trois bateaux à vapeur assurant la liaison entre le continent et la capitale de l’île : le Coligny, le Jean Guitton et l’Express. Là encore, la mise en place d’un appontement à Sablanceaux par les Allemands en 1940, où les bateaux peuvent accoster sans se soucier des marées, va peu à peu sonner le glas du port martinais. La modernisation progressive de ce nouvel appontement va porter un coup dur au trafic : l’ensemble des liaisons maritimes régulières s’y effectue à partir des années 60, reléguant le port de Saint-Martin à un bassin de plaisance. «Cette nouvelle organisation des transports maritimes à partir de la pointe sud de l’île conduit à supprimer le rôle polarisant de Saint-Martin sur les autres communes, même si cette dernière demeure, par l’ampleur de ses services, la capitale insulaire», explique Céline Barton, dans son Histoire de l’île de Ré. Sur les cartes postales des années d’après-guerre, on voit un port «fantôme» où les bateaux ont déserté, contraste saisissant avec l’activité intense des décennies précédentes. 
 
Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 75, vendu en kiosque sur l’île.
 
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