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Histoire - Saint-Martin à bon port (2/2)
La capitale administrative de l’île, dotée d’un port marchand actif au début du XXe siècle, a connu une traversée du désert des années 1930 à 1960, avant un rebond grâce aux retombées économiques du tourisme. Récit.
 Malgré ces efforts pour attirer les touristes, les premiers «baigneurs» se tournent assez rapidement, dès l’entre-deux-guerres, vers la côte sauvage qui bénéficie, grâce à ses grandes étendues de sable (de Sainte-Marie à La Couarde) de conditions plus propices à la baignade. La capitale de l’île est davantage un lieu que l’on visite pour ses monuments historiques (à l’image de Saint-Clément et son phare) qu’une station touristique où l’on reste. Dans les guides touristiques de l’avant-guerre, il est d’ailleurs conseillé aux promeneurs de partir tôt le matin de La Rochelle «afin de visiter Saint-Martin, Ars et le phare des Baleines en une seule journée, et de rentrer dîner le soir sur le continent». On parle alors d’un tourisme «d’excursionnistes». Les syndicats d’initiative proposent des circuits de découverte intitulés les «trains du plaisir», qui consistent à présenter les incontournables de l’île aux visiteurs, soit à la journée, soit sur plusieurs jours avec des arrêts dans les hôtels situés sur le parcours. 
Pourtant, contrairement aux «vraies» stations balnéaires de l’île, Saint-Martin dispose de loin des meilleures capacités d’hébergement, dès le début du xxe siècle, grâce à l’activité foisonnante de son port : hôtel du Bateau à Vapeur (un des premiers), du Pacha, de France, du Commerce, de la Gare ou hôtel Continental. Certains établissements, comme le café des Voyageurs ou le café des Familles, louent également quelques chambres à l’étage des maisons bourgeoises, typiques du port de Saint-Martin. «Pour l’île, c’était plutôt de grands hôtels puisqu’ils disposaient chacun d’une dizaine de chambres», rappelle André Diédrich. Marins au long cours, représentants de commerce, négociants, membres de l’administration ou excursionnistes font tourner ces hôtels, qui, entre les années 40 et 60, sont victimes à leur tour de la baisse d’activité portuaire. 
Si le tourisme d’avant-guerre reste élitiste, il faudra attendre les années 50 pour voir la naissance d’une véritable industrie touristique. Ainsi, l’apparition des congés payés sous le Front populaire (1936) ne produira des effets que vingt ans plus tard. En 1957, la DDE affirme dans un rapport que «depuis cinq ans environ, l’afflux des estivants du 1er juillet au 15 septembre ne cesse d’augmenter. Il semble que l’île doive trouver là sa nouvelle orientation économique». Le premier rapport d’urbanisme de l’île, à la fin des années 50, estime la fréquentation à 40 900 estivants, Le Bois et La Flotte arrivant en première position avec respectivement 10 000 et 9 000 touristes, devant La Couarde (6 500) et Les Portes (5 000). Saint-Martin reste davantage un lieu de passage, «une étape», qu’un lieu de villégiature, mais bénéficie néanmoins de cet afflux touristique de la fin des années 60. Les amateurs de culture, de vieilles pierres et d’histoire – les prémices d’un tourisme «culturel» – s’intéressent à Saint-Martin et le commerce local reprend des couleurs. Comme un symbole de ce renouveau, l’installation du Doux Zéphyr au milieu du port, le bateau-crêpes : dès les années 60, les touristes affluent sur cet ancien thonier de Noirmoutier, reconverti en lieu de dégustation de douceurs. «Il avait à l’époque autant d’importance que les glaces de la Martinière d’aujourd’hui», se remémore André Diédrich. L’établissement fermera ses portes dans les années 80 suite au passage d’une commission de sécurité, qui révéla un état de délabrement avancé. De même, Le Bastion, célèbre boîte de nuit, ouvre ses portes en 1963 (succédant au Palais de la bière) pour offrir du divertissement aux touristes, même s’il ne s’agit à l’époque que d’un «bowling-dancing». A partir des années 90, la période des baigneurs en espadrilles laisse la place à une clientèle plus huppée. On assiste à la création de plusieurs chambres d’hôtes de luxe comme La Baronnie ou La Maison douce. Le luxueux hôtel 5 étoiles de Toiras, installé dans une ancienne maison au coin du port, a ouvert ses portes en 2008, comme un symbole de cette montée en gamme. Le Clos Saint-Martin, autre établissement 4 étoiles, voit le jour quelques années plus tard. Aujourd’hui, Saint-Martin concentre l’essentiel de l’offre hôtelière de l’île avec une dizaine d’hôtels intra-muros, surtout situés autour du port (comme les nombreux restaurants), «la» carte postale rétaise par excellence… Depuis le 7 juillet 2008, Saint-Martin, avec onze autres ouvrages de Vauban, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Il s’agit sans aucun doute de la date la plus importante de l’histoire récente de la commune et un atout touristique indéniable.

Retrouvez la suite de ce dossier dans le n° 76, vendu en kiosque sur l’île.
 
 
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