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500 ans des thèses de Luther - Ré comme Réforme
Véritable terre protestante, l’île de Ré a connu, dans le sillage de sa voisine rochelaise, les affres des guerres de religion, même si la répression y fut moins violente qu’ailleurs dans l’Hexagone.
L’île de Ré, par son positionnement géographique, est un avant-poste stratégique pour protéger La Rochelle. «Celui qui contrôlait l’île avait l’accès au continent», rappelle Hélène Gaudin, médiatrice du patrimoine à la CdC. L’île a ainsi obtenu des administrations successives un certain nombre de privilèges, notamment commerciaux, comme contrepartie à sa loyauté envers le pouvoir royal. 
 
Une île ouverte sur les idées nouvelles…
Du xiie au xve siècle, le littoral entre la Loire et la Gironde fut en effet l’objet d’une lutte intense entre les couronnes de France et d’Angleterre, passant régulièrement de l’une à l’autre. «Ces largesses royales ne relèvent pas d’une sympathie particulière du suzerain pour l’île de Ré […] mais de la nécessité de protéger et de développer la France. Au xviiie siècle, cette île est encore considérée comme un poste avancé en butte aux ennemis de l’Etat. Elle bénéficie donc du statut de “frontière”, appartenant à une province littorale située à la périphérie du royaume», explique Pascal Rambeaud. A l’aube de la Réforme, elle est quasiment indépendante puisqu’elle possède sa propre justice et sa milice, les troupes royales étant absentes de l’île. «Il fallait aussi nourrir et loger les soldats, ce qui coûtait cher. D’où ce privilège royal de se défendre eux-mêmes», explique Hélène Gaudin. Sans compter un élément important à prendre en compte : ouverte sur l’océan, l’île commerce avec l’Europe entière, exportant notamment son sel, indispensable à la conservation des aliments. Ces échanges continus avec le nord du continent, et donc avec des populations anglo-saxonnes sensibles au protestantisme, vont favoriser la diffusion du culte réformé aussi bien sur l’île qu’à La Rochelle. Habitants d’une île frontière, les Rétais bénéficient de droits avantageux qui leur ont appris à se diriger et à se défendre seuls. Dans ces conditions, «davantage que l’ensemble des habitants, l’élite politique et marchande de cette île s’est accoutumée à penser par elle-même».
 
…mais qui débarquent de façon tardive
Le schisme dans l’Eglise catholique survient dans le contexte électrique de la vente des indulgences. Si les thèses de Luther (1517) se diffusent à partir de 1519 dans le royaume, surtout à Paris, Lyon puis dans les grandes villes de France, il n’y a aucune preuve formelle que celles-ci aient débarqué sur l’île à cette même époque. Il faut attendre 1545 pour avoir le premier écrit attestant de la présence d’un culte réformé, même si on ne peut pas écarter l’idée que celui-ci se soit développé plus tôt. Que déduire de cette arrivée plutôt tardive ? Que l’île, malgré ses liens commerciaux, reste encore un peu à l’écart des flux culturels et des idées nouvelles, qui se déploient plus rapidement en milieu urbain ? Que ces idées ont débarqué bien plus tôt qu’on ne le pense, mais qu’il en manque la preuve écrite, dans un monde où la tradition orale est encore très présente ? Ou, comme l’évoque Hélène Gaudin, «que ces idées avaient déjà commencé à faire leur chemin dans la population mais que les Rétais ont cherché à rester les plus discrets possibles pour ne pas perdre les privilèges royaux dont ils jouissaient…» ? Il faut aussi rappeler que le succès des thèses luthériennes en France doit être nuancé par le fait que les textes ne s’adressent qu’à un public de lettrés, minoritaire à cette époque. Toujours est-il que si rien n’atteste d’une adhésion massive des Rétais aux thèses de Luther, la doctrine de Jean Calvin y a connu, au milieu du XVIe siècle, «un succès fulgurant». Pascal Rambeaud évoque même une «déferlante protestante sur l’île de Ré». Au départ, le roi de France François Ier, dont la sœur fréquente un certain nombre d’humanistes à la cour, se montre plutôt tolérant avec les luthériens, jusqu’à la nuit du 17 au 18 octobre 1534 où des affiches sont placardées un peu partout en France… sur la porte même de la chambre royale ! C’en est trop pour François Ier, qui voit cet acte comme un affront et une véritable provocation, à laquelle il va répondre par la persécution des «hérétiques».

Photo : La bible du temple de Saint-Martin, tout juste restaurée par les ateliers Quillet

Retrouvez la suite de cet article dans le n° 78, vendu en kiosque sur l’île.

 
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